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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212947

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212947

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212947
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantPARTOUCHE-KOHANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2022, M. G B, Mme D B agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs quatre enfants mineurs, H C, E, A et F B, représentés par Me Partouche-Kohana, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'État à leur verser une somme totale de 30 000 euros, avec intérêts de droit, en réparation de leurs préjudices subis ;

2°) de condamner l'État à leur verser une somme de 60 000 euros, avec intérêts de droit, en réparation des préjudices subis par leurs enfants.

Les requérants soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'ils n'ont reçu aucune proposition de logement dans le délai de six mois, alors qu'ils ont été reconnus prioritaires par la commission de médiation du droit au logement opposable le 26 février 2020 et que par ordonnance du 15 février 2021, il a été enjoint à l'Etat sous astreinte de les reloger ;

- ils subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.

M. G B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu:

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Delamarre pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme Delamarre, vice-présidente ;

- Les observations de Me Partouche, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 26 février 2020, désigné M. G B comme prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. Par ordonnance du 15 février 2021, le tribunal administratif de Montreuil a enjoint au préfet d'assurer le relogement de M. G B sous astreinte. M. G B, son épouse et leurs quatre enfants ont saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable le 2 juin 2022 réceptionnée le 7 juin suivant. Ils demandent la condamnation de l'Etat à leur verser une somme de 90 000 euros au titre des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé cette décision. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

4. Aux termes du I de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ". Aux termes de l'article 6 de la même ordonnance : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ". Aux termes de l'article 7 de cette ordonnance : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ".

5. D'une part, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée qu'à l'égard de

M. G B, seul demandeur de logement prioritaire. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme D B et celle présentées au nom de leurs enfants mineurs, H C, E, A et F B doivent être rejetées.

6. D'autre part, par une décision du 26 févier 2020, valable pour six personnes, la commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a désigné M. G B comme prioritaire et devant être relogé en urgence au motif qu'il était dépourvu de logement et/ou hébergé chez un particulier. Il résulte de l'instruction que le requérant n'a été relogé dans un logement répondant à ses besoins et capacités qu'à partir du 10 avril 2024. Jusqu'à cette date, le requérant vivait avec son épouse et leurs quatre enfants dans un logement d'une superficie 50 m2 en contrepartie d'un loyer manifestement excessif eu égard aux revenus du couple. La persistance de cette situation, à compter du 8 décembre 2020 date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, et l'inexécution de l'ordonnance du 15 février 2021, ont causé à M. G B des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. La période d'indemnisation s'étend donc du 8 décembre 2020 au 10 avril 2024, date à laquelle le requérant a été relogé. Dans les circonstances de l'espèce, le foyer du requérant étant composé de 6 personnes, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l'indemnisation due à la somme de 6 500 euros.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. G B la somme de 6 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. G B la somme de 6 500 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G B, Mme D B, Me Partouche-Kohana et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A-L. Delamarre

Le greffier,

L. DionisiLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2212947

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