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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213389

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213389

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213389
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP RAFFIN ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 août 2022, la commune de Villepinte, représentée par Me Vital-Durand et Me Brusq, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Martin Bravo (SBM), sur le fondement de la garantie décennale, à lui verser la somme totale de 413 824,80 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait des désordres affectant la crèche multi-accueil " Lise London " (370 741,20 euros toutes taxes comprises - TTC) et au titre des frais d'expertise exposés (43 083,60 euros TTC), dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, la société A5A Architectes ou de condamner in solidum, sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle, les sociétés Roussière et Soprema à lui verser la somme totale de 413 824,80 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait des désordres affectant la crèche multi-accueil " Lise London " et au titre des frais d'expertise exposés, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge des sociétés SBM, Roussière, Soprema et A5A Architectes une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à engager la responsabilité décennale de la SBM, dès lors qu'ainsi qu'il ressort du rapport de l'expert judiciaire les désordres en débat rendent l'ouvrage impropre à sa destination et ne peuvent pas être regardés comme apparents à la date de la réception ;

- subsidiairement, elle est fondée à rechercher la responsabilité quasi-délictuelle de la société Roussière, en sa qualité de sous-traitante de la société SBM, en raison des fautes qu'elle a commises ayant contribué à la survenance des désordres ;

- subsidiairement, elle est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société A5A Architectes en raison d'un manquement à son devoir de conseil lors des opérations de réception ;

- le montant des préjudices subis s'élève, conformément aux conclusions de l'expert, à la somme de 308 951 euros hors taxes (HT), soit 370 741,20 euros TTC, comprenant 14 194 euros HT au titre des travaux de réparation et des frais engagés en expertise et avant l'expertise pour effectuer un diagnostic des infiltrations, 272 157 euros HT au titre des travaux de réparation de la couverture et des malfaçons et non-façons, 1 750 euros HT au titre des travaux de remise en état des locaux endommagés par les infiltrations, 17 850 euros HT au titre des opérations de maîtrise d'œuvre en cours d'expertise et lors de la réalisation des travaux de réparation et 3 000 euros HT pour la nécessaire prestation de contrôle technique ;

- la somme de 413 824,80 euros devra être assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête et de la capitalisation de ces intérêts.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 août et 9 octobre 2023, la SBM, représentée par Me Le Mière et Me Yvon, conclut :

1°) au rejet de la requête et des appels en garantie formulés à son encontre ;

2°) subsidiairement, à ce que la SMABTP la garantisse des éventuelles sommes mises à sa charge ;

3°) à ce qu'une somme de 5 000 euros HT soit mise à la charge de la commune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête de la commune de Villepinte est irrecevable, faute pour elle d'établir la qualité de son maire à la représenter dans le cadre de la présente instance ;

- le rapport d'expertise dont se prévaut la commune, qui n'a pas été rendu dans des conditions permettant de garantir son caractère contradictoire, n'a aucune valeur probante ;

- la commune ne peut pas engager sa garantie décennale dès lors que les désordres étaient apparents lors des opérations de réception : les infiltrations dont la commune fait état avaient été constatées en cours de chantier et la commune a prononcé la réception sans prévoir de réserves relatives à la couverture ; les malfaçons ou non-façons imputées à son sous-traitant étaient visibles pour un maître d'œuvre diligent ;

- les désordres ne peuvent pas être regardés comme rendant l'ouvrage impropre à sa destination alors qu'il n'est pas établi qu'ils auraient conduit à une interruption de l'activité de la crèche ;

- la commune et le maître d'œuvre ont commis de nombreux manquements de nature à l'exonérer de sa responsabilité ; le maître d'œuvre n'a pas vérifié que les travaux étaient exécutés conformément au cahier des charges et la commune a réceptionné imprudemment les travaux ;

- l'appel en garantie du maître d'œuvre, ainsi que celui de la société Soprema devront être rejetés ;

- la SMABTP devra, le cas échéant, la garantir des sommes mises à sa charge.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 août et 6 octobre 2023, la société A5A Architectes, représentée par Me Malarde (Selas Larrieu et associés), conclut :

1°) au rejet de l'ensemble des conclusions formulées à son encontre ;

2°) subsidiairement, à la condamnation des sociétés SBM, Roussière, Soprema, SCMP Bâtiment et Qualiconsult à la garantir indemne des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre et à ce que le jugement soit rendu commun aux sociétés SMABTP, en qualité d'assureur de la SBM, à la société AXA Corporate Solutions, devenue XL Insurance XL Company SE, en qualité d'assureur de la société Soprema, à la société AXA France IARD, en qualité d'assureur de la société Entreprise Roussière et à la société Sagena, devenue SMA SA, en qualité d'assureur de la société SCMP Bâtiment ;

3°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge in solidum de la commune de Villepinte ou de toute autre partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête présentée par la commune de Villepinte est irrecevable, faute pour elle d'établir la qualité de son maire à la représenter dans le cadre de la présente instance ;

- les conclusions indemnitaires formulées par la commune de Villepinte, étant présentées postérieurement à l'établissement du décompte général et définitif, sont irrecevables ;

- les non-conformités, malfaçons et non-façons relevées par l'expert n'étaient pas visibles à la réception ; elle ne pouvait pas davantage identifier les causes des désordres en cours de chantier ;

- subsidiairement, si le tribunal retenait sa responsabilité, les sociétés SBM, Roussière, Soprema, SCMP Bâtiment et Qualiconsult devraient la garantir des sommes qui seraient mises à sa charge ;

- le jugement devra être rendu commun aux assureurs de ces sociétés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, la société Soprema, représentée par Me Bellon (Selarl Galdos et Bellon), conclut :

1°) à titre principal, à sa mise hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des conclusions formulées à son encontre ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés A5A Architectes, Qualiconsult, SBM et Roussière à la garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre, en principal, frais, intérêts et capitalisation de ces intérêts, dans des proportions qu'il appartiendra au tribunal de déterminer ;

4°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle devra être mise hors de cause, dès lors qu'elle n'a jamais participé aux opérations de travaux en débat, seule la société " Soprema Entreprises ", qui constitue une personne morale distincte, est intervenue en qualité de sous-traitante ;

- aucune faute ne peut lui être reprochée par le maître d'ouvrage ;

- la société A5A Architectes ne peut pas lui reprocher un manquement à un devoir de conseil, alors que cette mission lui incombait en qualité de maître d'œuvre ;

- si une condamnation était prononcée à son encontre, les sociétés A5A, Qualiconsult, SBM et Roussière devront la garantir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, la société Qualiconsult, représentée par Me Launey (SCP Raffin et Associés), conclut :

1°) au rejet des conclusions dirigées à son encontre ;

2°) subsidiairement, au rejet de toute demande de condamnation in solidum prononcée à son encontre et à la condamnation des sociétés A5A Architectes, SBM, Soprema et Roussière à la garantir des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;

3°) à ce que soient mis à la charge de la société A5A Architectes ou de toutes autres parties perdantes une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- l'expert judiciaire a exclu intégralement sa responsabilité ;

- les non-conformités affectant la toiture sont sans lien avec la mission dont elle avait la charge, la solidité de l'ouvrage n'étant pas atteinte ;

- elle a parfaitement accompli sa mission eu égard aux conditions de son intervention en phase de conception et en phase d'exécution des travaux ;

- si le tribunal devait retenir sa responsabilité, il devra écarter toute demande de condamnation in solidum et condamner les sociétés A5A Architectes, SBM, Soprema et Roussière à la garantir des sommes mises à sa charge.

Vu :

- l'ordonnance du 9 mars 2022 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boucetta, rapporteure,

- les conclusions de M. Breuille, rapporteur public,

- et les observations de Me Brusq, représentant la commune de Villepinte, de Me Yvon, représentant la SBM et de Me Wicker, représentant la société Soprema.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Villepinte a lancé, en 2010, une opération de travaux ayant pour objet la construction d'une crèche multi-accueil, dénommée " Lise London ", située rue Norbert Segard dans la commune. La maîtrise d'œuvre a été confiée, le 16 juillet 2010, à un groupement, dont la société A5A Architectes était mandataire. Par un acte d'engagement signé le 5 avril 2011, le lot n° 1 du marché public de travaux correspondant aux travaux du bâtiment a été attribué à la SBM, laquelle a sous-traité, d'une part, les travaux liés à la couverture à la société Roussière et, d'autre part, les travaux liés à l'étanchéité de la toiture et de la terrasse à la société Soprema Entreprises. Par un procès-verbal du 31 août 2012, la réception est prononcée, avec effet au même jour, sous réserve de l'exécution de travaux et prestations non réalisés et qu'il soit remédié à des malfaçons. Par un courrier du 17 décembre 2013, la commune a mis en demeure la SBM de réaliser la levée totale de l'ensemble des réserves dans un délai d'un mois et, par ailleurs, l'a informé de désordres affectant le bâtiment, liés à des infiltrations constatées par temps de pluie. À la demande de la commune présentée sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, le juge des référés du tribunal a, par une ordonnance du 18 septembre 2018, prescrit une expertise afin de déterminer la nature, l'étendue et les causes des désordres affectant la crèche. L'expert a remis son rapport le 6 avril 2021.

2. Par la requête susvisée, la commune de Villepinte demande la condamnation, à titre principal, de la SBM au titre de la garantie décennale, ou, subsidiairement, de la société A5A Architectes sur le fondement de la responsabilité contractuelle, ou des sociétés Roussière et Soprema sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle, à lui verser, la somme totale de 413 824,80 euros, soit 370 741,20 euros TTC en réparation des préjudices résultant des désordres affectant la crèche multi-accueil " Lise London " ainsi que 43 083,60 euros TTC au titre des frais d'expertise.

Sur la mise hors de cause de la société Soprema :

3. La société Soprema, enregistrée au registre du commerce et des sociétés de Nanterre sous le numéro 314 527 557 ayant pour objet la " fabrication de plaques, feuilles, tubes et profilés en matières plastiques ", soutient que les conclusions de la commune de Villepinte sont mal dirigées, dès lors qu'elle n'est pas intervenue sur le chantier. Il résulte à cet égard de l'instruction, notamment de la déclaration de sous-traitance signée le 6 février 2021, que la société SBM a sous-traité les travaux d'étanchéité du lot n° 1 qui lui a été attribué par acte d'engagement du 5 avril 2011, à la société Soprema Entreprises, enregistrée au registre du commerce et des sociétés de Nanterre sous le numéro 485 197 552 et ayant pour objet la réalisation de " travaux d'étanchéisation ". Ainsi, la société Soprema n'a pas été associée à l'exécution des travaux faisant l'objet des désordres en cause dans la présente instance et ne saurait voir sa responsabilité recherchée à raison de ces désordres. Il s'ensuit qu'elle est fondée à demander sa mise hors de cause et l'ensemble des conclusions dirigées à son encontre doivent dès lors être rejetées.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal ; () ". Aux termes de l'article L. 2132-1 du même code : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune. ". Enfin, l'article L. 2132-2 de ce code dispose que : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice. ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour représenter la commune en justice pendant la durée de son mandat.

5. Par une délibération du 10 juillet 2020, régulièrement publiée sur le site internet de la commune de Villepinte et librement accessible, le conseil municipal a donné délégation au maire pour notamment, " intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle dans les cas suivants : engager toutes instances () ". Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par les sociétés SBM et A5A Architectes doit être écartée.

Sur la régularité de l'expertise menée par M. A :

6. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative : " Les parties sont averties par le ou les experts des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ; cet avis leur est adressé quatre jours au moins à l'avance, par lettre recommandée. / Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport ".

7. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige.

8. La société SBM fait valoir que le rapport d'expertise judiciaire déposé à la suite de l'ordonnance du 18 septembre 2018 rendue par le juge des référés du tribunal, est dénué de valeur probante en ce qu'il a été rédigé en méconnaissance du principe du contradictoire.

9. Il résulte de l'ordonnance du 18 septembre 2018 que l'expertise devait avoir lieu en présence de la société SBM. À cet égard, dans son rapport d'expertise, l'expert judiciaire mentionne, parmi les parties en présence, la SBM, sans nullement souligner l'absence de cette partie lors des opérations d'expertise. En outre, alors que la SBM affirme, dans ses propres écritures, avoir été destinataire d'une invitation à présenter des observations sous la forme d'un pré-rapport d'expertise, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait fait valoir, à cette occasion, ne pas avoir pu participer aux opérations d'expertise qui s'étaient déroulées jusqu'alors. Dans ces conditions, la SBM n'est pas fondée à soutenir que les opérations d'expertise réalisées par M. A auraient été conduites sans respecter le principe du contradictoire.

Sur les conclusions dirigées contre la société SBM sur le fondement de la garantie décennale :

10. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise qu'une aile de la crèche multi-accueil " Lise London " de Villepinte souffre d'infiltrations abondantes et continues qui affectent la quasi-totalité de ses locaux, dégradant les dalles de faux-plafonds et provoquant des coulures sur le mur et les encadrements des puits de lumière des fenêtres type Velux. Il résulte également de l'instruction que ces désordres trouvent, principalement, leur origine dans le percement des feuilles de zinc de la couverture, en raison de pointes mal enfoncées, ce qui altère l'imperméabilité des surfaces en zinc, ainsi que dans la mauvaise installation des fenêtres type Velux souffrant d'une pente insuffisante, de joints inexistants, de vis manquantes ou mal enfoncées, et dans de multiples malfaçons et non-conformités du système d'évacuation des eaux pluviales tenant notamment à l'absence de trop-plein des chéneaux et à des descentes insuffisantes.

En ce qui concerne les principes de la garantie décennale :

11. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Enfin, la responsabilité décennale des constructeurs ne peut être engagée que si les désordres procèdent de vices qui n'étaient pas connus du maître d'ouvrage lors de la réception. Un désordre apparent est un désordre visible au moment des opérations de réception ou, en tout état de cause, un désordre aisément décelable que le maître d'ouvrage ne pouvait ignorer.

En ce qui concerne le caractère apparent des désordres :

12. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire et des comptes rendus de chantier, qu'en cours d'exécution des travaux, le maître d'œuvre avait déjà constaté des fuites, notamment dans le local à poussettes, ainsi que le percement de la couverture en zinc. Si, en mars 2012, des travaux consistant à réparer la couverture en zinc ont été effectués sur prescriptions du maître d'œuvre, il résulte toutefois de l'instruction que les désordres ont persisté postérieurement à ces travaux de reprise, de multiples infiltrations affectant les dalles de faux plafonds ayant été relevées lors des opérations préalables de réception les 13 et 20 août 2012, et de nombreuses traces d'humidité dégradant la peinture et les plinthes des murs, ainsi que la présence de moisissures ayant été constatées par huissier de justice le 13 novembre 2013. Alors qu'à cette date, la réception définitive de l'ouvrage n'avait pas été prononcée, la commune de Villepinte n'ayant résilié le marché de la SBM pour non-levée des réserves que le 11 février 2014, les désordres affectant l'ouvrage persistant depuis lors doivent nécessairement être regardés comme apparents à la date de la réception de l'ouvrage et la commune de Villepinte ne pouvait pas établir le décompte de résiliation qu'elle a adressé à la société SBM le 11 avril 2014 sans l'assortir de réserves liées à ces désordres.

13. Il résulte en outre de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les malfaçons et non-façons affectant la couverture en zinc, les fenêtres type Velux ainsi que les systèmes d'évacuation des eaux pluviales, qui sont à l'origine des infiltrations dont souffre l'ouvrage, étaient aisément décelables lors de la réception de l'ouvrage, un simple contrôle visuel de la toiture suffisant à les constater. Il s'ensuit que les vices affectant l'ouvrage étaient visibles par le maître d'ouvrage à la réception de l'ouvrage, et que celui-ci, qui avait pourtant constaté de multiples infiltrations, pouvait raisonnablement prévoir les désordres qui en résulteraient.

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de déterminer si ces désordres sont de nature à rendre les locaux concernés impropres à leur destination, que la commune de Villepinte n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la SBM au titre des désordres affectant la crèche multi-accueil " Lise London " sur le fondement de la garantie décennale.

Sur les conclusions dirigées contre la société A5A Architectes sur le fondement de la responsabilité contractuelle :

15. La responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée, dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont ils pouvaient avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves ; qu'il importe peu, à cet égard, que les vices en cause aient ou non présenté un caractère apparent lors de la réception des travaux, dès lors que le maître d'œuvre en avait eu connaissance en cours de chantier. Une telle action n'est possible que si le marché de maîtrise d'œuvre n'a pas lui-même donné lieu à l'établissement par le maître d'ouvrage d'un décompte général notifié aux titulaires en l'absence de toute prise en compte desdites fautes.

16. La société A5A Architectes fait valoir que la commune de Villepinte lui a notifié son décompte général, lequel est devenu définitif et ne peut dès lors plus rechercher sa responsabilité contractuelle. Elle produit au soutien de ses écritures une facture d'honoraires sous la référence n° 22B du 11 juin 2014 détaillant les sommes dues à chacun des co-traitants du groupement de maîtrise d'œuvre, et précise, sans être contestée, que cette note d'honoraires vaut décompte général et définitif et a été réglée par la commune. Ainsi, le marché de la société A5A Architectes, maître d'œuvre, doit être regardé comme ayant donné lieu à un décompte général, sans être assorti de réserves.

17. Il s'ensuit que la commune n'est pas recevable à rechercher la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre en raison d'un manquement à son devoir de conseil au moment des opérations de réception de l'ouvrage.

Sur les conclusions dirigées contre les sociétés Soprema et Roussière sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle :

18. S'il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage, il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs. Il peut, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires mais ne saurait se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles. En outre, alors même qu'il entend se placer sur le terrain quasi-délictuel, le maître d'ouvrage ne saurait rechercher la responsabilité de participants à l'opération de construction pour des désordres apparus après la réception de l'ouvrage et qui ne sont pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination.

19. En premier lieu, eu égard à la mise hors de cause de la société Soprema, et ainsi qu'il a été dit au point 3, les conclusions dirigées contre cette dernière sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle doivent être rejetées.

20. En second lieu, la commune de Villepinte affirme que la société Roussière a commis une faute quasi-délictuelle ayant contribué à la survenance des désordres. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux point 14 et 17, la circonstance que la commune de Villepinte ne peut engager ni la responsabilité décennale des constructeurs, ni la responsabilité contractuelle de son maître d'œuvre résulte de son seul fait. Ainsi, la commune ne peut faire valoir qu'elle ne pourrait utilement rechercher la responsabilité de ses cocontractants. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre la société Roussière doivent être rejetées.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la commune de Villepinte, assorties des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les dépens :

22. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. "

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge définitive de la commune de Villepinte les dépens de l'instance, constitués des honoraires de l'expertise prescrite par ordonnance du 18 septembre 2018 du tribunal, liquidés et taxés à la somme de 48 179,82 euros TTC par une ordonnance du président du tribunal administratif de Montreuil du 9 mars 2022.

24. En outre, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la commune de Villepinte a engagé des frais visant à la réalisation d'investigations sur demande de l'expert judiciaire à hauteur de 8 250 euros HT, soit 9 900 euros TTC. Ces frais qui relèvent dès lors des dépens doivent également être laissés à la charge définitive de la commune de Villepinte.

25. Il s'ensuit qu'il convient de laisser à la charge définitive de la commune de Villepinte la somme totale 58 079,82 euros TTC au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par voie de conséquence et en tout état de cause, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte formulées par la commune de Villepinte.

Sur les frais liés à l'instance :

26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Villepinte les sommes de 1 000 euros à verser, respectivement, à la SBM, à la société A5A Architectes et à la société Qualiconsult au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Villepinte la somme que la société Soprema demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Villepinte soit mise à la charge des sociétés SBM, Roussière, Soprema et A5A Architectes, qui ne sont pas les parties perdantes.

D E C I D E :

Article 1er : La société Soprema est mise hors de cause.

Article 2 : La requête de la commune de Villepinte est rejetée.

Article 3 : Les dépens s'élevant à la somme de 58 079,82 euros TTC sont laissés à la charge définitive de la commune de Villepinte.

Article 4 : La commune de Villepinte versera une somme de 1 000 euros à la SBM, une somme de 1 000 euros à la société A5A Architectes et une somme de 1 000 euros à la société Qualiconsult au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Villepinte, à la Société Martin Bravo (SBM), à la société A5A Architectes, à la société Roussière, à la société Soprema, à la société Qualiconsult, à la société SCMP Bâtiment et à la société SMABTP.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Le Garzic, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Boucetta, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

H. BOUCETTA

Le président,

P. LE GARZICLe greffier,

Y. EL MAMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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