LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213676

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213676

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213676
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantMENGUY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 septembre 2022 et 4 décembre 2023 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 21 mai 2024, la commune de Villepinte, représentée par Me Vital-Durand et Me Brusq, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum¸ sur le fondement de la garantie décennale, la société Saint-Denis Construction, la société Socotec, la société ER Architectes à lui verser la somme totale de 210 498 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait des désordres affectant le groupe scolaire Vert Galant 2 (167 414,40 euros toutes taxes comprises - TTC) et au titre des frais d'expertise exposés (43 083,60 euros TTC), dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner sur le fondement de la responsabilité contractuelle la société ER Architectes ou, de condamner in solidum sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle la société Sprite et la société Belliard, à lui verser la somme de 210 498 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait des désordres affectant le groupe scolaire Vert Galant 2 et au titre des frais d'expertise exposés, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la société Saint-Denis Construction, de la société Socotec et de la société ER Architectes une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conditions de la garantie décennale sont remplies dès lors que les désordres litigieux ne peuvent être regardés comme apparents à la date de la réception de l'ouvrage et rendent le bâtiment impropre à sa destination ;

- elle est fondée à engager la responsabilité décennale in solidum de la société Socotec, contrôleur technique, de la société Saint-Denis Construction, constructeur en charge de l'exécution des travaux et de la société ER Architectes, maître d'œuvre ;

- subsidiairement, elle est fondée à demander la condamnation in solidum, au titre de la responsabilité quasi-délictuelle, de la société Sprite et de la société Belliard, en qualité de sous-traitants ;

- subsidiairement, si le tribunal regardait les désordres comme apparents, elle est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société ER Architectes en raison d'un manquement à son devoir de conseil lors des opérations de réception ;

- son préjudice s'élève, ainsi qu'il ressort des conclusions de l'expert, à la somme totale de 139 512 euros hors taxes (HT), soit 167 414,40 euros TTC, correspondant aux travaux de réparation de la couverture végétalisée pour un montant de 53 340 euros HT (poste M1), majoré d'une somme de 23 783 euros HT correspondant aux dépenses dites générales, de la couverture hors couvertines pour un montant de 17 614 euros HT (poste M2) majoré d'une somme de 7 853 euros HT correspondant aux dépenses dites générales, des couvertines pour un montant de 18 758 euros HT (poste M3), majoré d'une somme de 8 363 euros HT correspondant aux dépenses dites générales et des locaux endommagés par les infiltrations pour un montant de 6 779 euros HT (poste M4) majoré d'une somme de 3 022 euros HT correspondant aux dépenses dites générales affectées ;

- il y a lieu de mettre à la charge de la société Saint-Denis Construction ou, subsidiairement, de la société ER Architectes, la somme de 25 393,47 euros correspondant à 58,93 % des sommes exposés dans le cadre des opérations d'expertise ;

- les sociétés seront tenues au paiement des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête et de la capitalisation de ces intérêts.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 septembre et 30 octobre 2023 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 30 mai 2024, la société Saint-Denis Construction, représentée par Me Casanova, doit être regardée comme concluant :

1°) au rejet des conclusions de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation du montant des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre à la somme de 10 406,35 euros HT, soit 12 487,62 euros TTC et à la fixation du montant des dépens qui pourraient être mis à sa charge à la somme de 3 214,04 euros ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés ER Architectes, Socotec, Sprite et Belliard à la garantir de toutes éventuelles condamnations qui devront être limitées à la somme de 10 406,35 euros HT, soit 12 487,62 euros TTC au titre des préjudices subis et à la somme de 3 214,04 euros au titre des dépens ;

4°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Villepinte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) à ce que les entiers dépens soit mis à la charge de la commune de Villepinte ou de toute autre partie perdante.

Elle fait valoir que :

- le caractère apparent des désordres lors de la réception, soit le 28 octobre 2014, exclut toute responsabilité décennale ;

- le quantum de responsabilité retenu par l'expert méconnaît la répartition des missions respectives des intervenants, en particulier, les désordres affectant les travaux liés à la charpente bois - couverture (sous-lot n° 2) et à l'étanchéité (sous-lot n° 3) sont imputables à la société Belliard, son sous-traitant, et ne lui sont imputables qu'à hauteur de 5 % ;

- la demande d'astreinte de la commune devra être rejetée et la quote-part des dépens mis à sa charge devra être limitée à hauteur de 7,46 %, soit 3 214,04 euros ;

- eu égard aux fautes qu'elles ont commises dans l'exécution de leurs missions, les sociétés Sprite et Belliard, sous-traitantes, la société ER Architectes, maître d'œuvre, et la société Socotec, en charge de la prévention des aléas techniques, devront la garantir de toutes les condamnations dont cette dernière pourrait faire l'objet en principal, intérêts, frais et accessoires au-delà de la somme de 10 406,35 euros HT majorée de sa quote-part des frais d'expertise.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet et 11 septembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société ER Architectes, représentée par Me Albert, conclut :

1°) au rejet des conclusions de la commune de Villepinte ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec, Sprite et Belliard à la garantir de toutes condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre, en limitant leur montant à la somme de 27 902 euros HT, soit 33 482 euros TTC, correspondant à 20 % du montant total des préjudices subis par la requérante ;

3°) en tout état de cause, au rejet de l'ensemble des demandes dirigées à son encontre, à la limitation du montant des frais d'expertise mis à sa charge à 20 % des frais exposés, soit 8 616,72 euros, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Villepinte et de toute autre partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de la commune ou de toute autre partie perdante.

Elle soutient que :

- à titre principal, la commune n'est pas fondée à rechercher sa responsabilité contractuelle, les désordres affectant le groupe scolaire relevant de la garantie décennale des constructeurs ; ni les désordres relatifs aux infiltrations, ni les glissements des bacs végétalisés n'étaient apparents lors de la réception définitive de l'ouvrage et ces désordres rendent désormais l'ouvrage impropre à sa destination ; si des désordres relatifs aux infiltrations ont été réservés au moment de la réception, ces réserves, après leur reprise, ont été levées le 1er octobre 2014 ; en tout état de cause, les désordres actuels se sont révélés dans leur ampleur et leur conséquence après la réception de l'ouvrage ;

- subsidiairement, les sociétés Saint-Denis Construction, Socotec, Sprite et Belliard devraient la garantir in solidum et le montant des condamnations ne pourrait pas excéder la somme de 33 482, euros TTC, correspondant à 20 % du montant total des préjudices subis par la commune ;

- subsidiairement, si le tribunal regardait les désordres comme apparents, elle n'a pas manqué à son devoir de conseil dès lors qu'elle a attiré l'attention du maître d'ouvrage sur les désordres relatifs aux infractions lors de la réception ;

- si le tribunal devait la regarder comme ayant manqué à son devoir de conseil, les sociétés Saint-Denis Construction, Socotec, Sprite et Belliard devraient la garantir in solidum et le montant des condamnations ne pourrait pas excéder la somme de 33 482 euros TTC, correspondant à 20 % du montant total des préjudices subis par la commune ;

- si le tribunal faisait droit aux conclusions de la commune de Villepinte, sa demande d'astreinte devra être rejetée et la quote-part des dépens mis à sa charge devra être limitée à hauteur de 8 %, soit 3 214,04 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 31 mai 2024, la société Socotec Construction, représentée par Me Menguy, conclut :

1°) au rejet de l'ensemble des demandes de la commune de Villepinte dirigées à son encontre ainsi que de l'ensemble des appels en garantie formulés à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Saint-Denis Construction, Sprite, ER Architectes et Belliard à la garantir de toutes condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre en limitant leur montant à la somme de 10 524,90 euros TTC correspondant à la quote-part de 5 % du montant total des préjudices retenus par l'expert ;

3°) au rejet de toute demande de condamnation solidaire ou in solidum ;

4°) à ce que soient mis à la charge de la commune de Villepinte et de toute partie perdante une somme de 8 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- la commune de Villepinte ne démontre pas que les conditions d'engagement de la responsabilité décennale sont remplies, en établissant que les désordres allégués portent atteinte à la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination ;

- les désordres étant apparents à la date de la réception, prononcée sans réserve le 28 octobre 2014 avec effet au 27 décembre 2013, la commune de Villepinte ne peut pas engager d'action en responsabilité décennale, seule la responsabilité contractuelle peut être engagée ;

- la commune ne démontre aucune imputabilité des désordres allégués au contrôleur technique, alors que la présomption d'imputabilité en matière de garantie décennale ne peut être invoquée à l'encontre du contrôleur technique que dans les limites de la loi du 4 janvier 1978 ; l'expert judiciaire qui impute une quote-part de responsabilité à hauteur de 5 % à la société Socotec ne démontre pas davantage qu'elle a manqué à ses missions ; subsidiairement, sa responsabilité ne pourra pas excéder cette quote-part de 5 % ;

- les sociétés Saint-Denis Construction, Sprite, ER Architectes et Belliard doivent la garantir des condamnations prononcées à son encontre sur le fondement de l'article 1240 du code civil ;

- les appels en garantie formulés à son encontre par la société Sprite et par la société Saint-Denis Construction doivent être rejetés ;

- en l'absence de justification de ce que les désordres lui sont imputables, les conclusions à fin de condamnation solidaire ou in solidum doivent être rejetées ; en tout état de cause, les désordres ne sont pas en lien avec ses missions définies par l'article L. 111-24 du code de la construction et de l'habitation ;

- si le tribunal entrait en voie de condamnation à son encontre, conformément aux conclusions de l'expert, le montant de la condamnation serait limité à la somme de 10 524,90 euros TTC correspondant à 5 % du montant total des préjudices allégués par la requérante ;

- les conclusions tendant à la condamnation sous astreinte ne pourront qu'être rejetées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, la société Sprite conclut :

1°) au rejet de la requête de la commune de Villepinte ;

2°) subsidiairement, à la limitation du montant des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 26 898 euros TTC, le montant des dépens mis à sa charge à hauteur de 6 919,22 euros, et à la condamnation in solidum des sociétés Saint-Denis Construction, ER Architectes, Socotec et, le cas échéant, Belliard, à la garantir des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;

3°) à ce que soient mis à la charge de la commune de Villepinte une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle était en charge, non pas de la réalisation des couvertures en bacs végétalisés, ni de la toiture terrasse, ni du système de collecte des eaux, mais de la pose des bardages de façades, de la réalisation des couvertines en zinc contre les façades en bardage par retombée des parties basses su système de bardage existant ;

- les désordres affectant l'ouvrage, ainsi que le relève le rapport d'expertise, étaient apparents lors de la réception de l'ouvrage qui a été prononcée le 28 octobre 2014 ;

- aucune condamnation in solidum ne pourra être prononcée dès lors qu'elle est étrangère aux infiltrations affectant les locaux de l'école et les bacs végétalisés ; au plus sa part de responsabilité devra être limitée à la quote-part retenue par l'expert judiciaire soit à hauteur de 26 898 euros TTC (70 % de 27 121 euros pour le désordre M3 : couvertines et 35 % de 9 801 euros pour le désordre M4 : réfection des locaux) ;

- les conclusions tendant à la condamnation sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées ;

- le montant des dépens s'élevant à 43 083,60 euros ne pourra pas être mis à sa charge in solidum, tout au plus, elle ne pourra être condamnée à supporter les frais d'expertise que dans la limite de 16,06 % soit 6 919,22 euros.

Par un courrier du 25 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions de la société Saint-Denis Construction tendant à être garantie par la société Sprite et la société Belliard, ses sous-traitants, dès lors qu'elles sont relatives à l'exécution d'obligations de droit privé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 24 février 2022 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boucetta, rapporteure,

- les conclusions de M. Breuille, rapporteur public,

- et les observations de Me Brusq, représentant la commune de Villepinte, de Me Menguy, représentant la société Socotec et de Me Keklik représentant la société ER Architectes.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Villepinte a lancé, en 2012, une opération ayant pour objet l'extension et la réhabilitation du groupe scolaire Vert Galand 2. La maîtrise d'œuvre a été confiée, le 3 juin 2013, à un groupement conjoint de maîtrise d'œuvre, dont la société Echegut et Rombaut Architectes (ER Architectes) était mandataire. Le lot n° 1 du marché public de travaux correspondant aux travaux de bâtiment, de voirie et réseaux divers et de châssis a été attribué, par un acte d'engagement du 6 août 2012, à la société Saint-Denis Construction. Cette dernière a sous-traité l'exécution des travaux de bardage à la société Sprite et de la charpente-couverture et de l'étanchéité à la société Belliard. La mission de contrôleur technique a été confiée, par acte d'engagement du 26 mars 2012, à la société Socotec Construction. Après avoir constaté des infiltrations, la commune de Villepinte a sollicité, par courrier du 3 décembre 2014, la reprise des désordres par la société Saint-Denis Construction. Cette demande étant demeurée sans réponse, la commune de Villepinte a saisi le juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'une demande tendant à la désignation d'un expert judiciaire, lequel a été désigné par une ordonnance du 1er octobre 2018. L'expert judiciaire a déposé son rapport le 3 février 2021.

2. Par la requête susvisée, la commune de Villepinte demande la condamnation, à titre principal, sur le fondement de la garantie décennale, des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec Construction et ER Architectes ou, subsidiairement, sur le fondement de la responsabilité contractuelle de la société ER Architectes ou sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle des sociétés Sprite et Belliard, à lui verser la somme totale de 210 498 euros, soit 167 414,40 euros en réparation des préjudices subis du fait des désordres affectant le groupe scolaire Vert Galand 2 et 43 083,60 euros au titre des frais d'expertise.

Sur les désistements intervenus en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement () peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. () / Le président de la formation de jugement () peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l'issue duquel, à défaut d'avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l'alinéa précédent, la partie est réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. La demande de production d'un mémoire récapitulatif informe la partie des conséquences du non-respect du délai fixé ".

4. La société Sprite et la société ER Architectes ont été, en application des dispositions de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, invitées, par un courrier du 2 mai 2024, à présenter un mémoire récapitulatif et informées qu'à défaut de cette production dans le délai d'un mois, elles seraient réputées s'être désistées d'office de leurs conclusions incidentes. Aucun mémoire récapitulatif n'ayant été produit dans ce délai, la société Sprite et la société ER Architectes sont réputées s'être désistées de leurs conclusions incidentes. Dès lors, il y a lieu de donner acte de ces désistements.

Sur les désordres affectant les bacs végétalisés :

En ce qui concerne les conclusions formulées sur le fondement de la garantie décennale :

5. La commune de Villepinte recherche la responsabilité décennale des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec et ER Architectes, en leur qualité de constructeurs, en raison d'un glissement sur les pentes des bacs végétalisés de la toiture, ces désordres rendant, selon elle, l'ouvrage impropre à sa destination.

S'agissant de l'engagement de la garantie décennale :

6. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Cette impropriété couvre aussi les cas où l'ouvrage ne peut être utilisé dans des conditions de sécurité et de confort normales.

7. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

Quant à la nature décennale des désordres :

8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 3 février 2021, que le glissement sur les pentes de la couverture des bacs végétalisés installés en toiture provient de l'absence de système anti-glissement, d'équerres de retenue en bas de pente et de closoirs ainsi que du montage à l'envers des lisses de bas de pente. L'expert judiciaire a constaté qu'il existait un risque de chute de ces bacs dans la cour de l'école, sur la terrasse ou à l'extérieur exposant les usagers de l'ouvrage ou les passants à un risque réel et sérieux pour leur sécurité. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu en défense, ce désordre qui empêche une utilisation de l'ouvrage dans des conditions normales de sécurité est de nature à le rendre impropre à sa destination.

Quant au caractère apparent des désordres :

9. Il résulte de l'instruction que la commune de Villepinte a réalisé les opérations préalables à la réception, le 27 décembre 2013, et que le 28 octobre 2014, elle a prononcé, en signant un formulaire EXE 6 " Réception des travaux - décision de réception ", la réception sans réserve de l'ouvrage, avec effet au 27 décembre 2023. Si la date d'achèvement des travaux fixée par le procès-verbal au 27 décembre 2013 constitue le point de départ du délai pendant lequel peut être mise en œuvre la garantie décennale des constructeurs, c'est à la date d'établissement du procès-verbal de réception des travaux, soit le 28 octobre 2014, que doit être appréciée l'existence de désordres apparents.

10. Si lors des opérations préalables à la réception qui se sont déroulées en décembre 2013, ni les accessoires aux bacs végétalisés, ni les closoirs n'avaient été posés, il ne résulte cependant pas de l'instruction, que ces vices à l'origine du glissement des bacs avaient déjà produit des conséquences avant la réception de l'ouvrage, ni que la commune de Villepinte pouvait raisonnablement apprécier que ces vices pourraient être à l'origine de désordres futurs et en prévoir leur ampleur. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les désordres affectant la toiture végétalisée étaient apparents à la date de la réception de l'ouvrage.

11. Par suite, la commune de Villepinte est fondée à rechercher la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale au titre des désordres affectant la toiture végétalisée.

S'agissant de l'imputabilité des désordres :

12. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

13. Ainsi qu'il a été dit au point 8, le glissement des bacs végétalisés trouve son origine dans l'absence de système anti-glissement, d'équerres de retenue en bas de pente et de closoirs ainsi que du montage à l'envers des lisses de bas de pente. A cet égard, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que ces vices trouvent, eux-mêmes, leur origine dans la méconnaissance par la société Belliard des prescriptions contractuelles au stade de la réalisation des études d'exécution et lors de l'exécution de la toiture végétalisée. Ainsi, ces désordres sont imputables à la société Saint-Denis Construction, en charge du lot n° 1 " Bâtiment / VRD / Chassis ", qui est seule responsable à l'égard du maître d'ouvrage de l'exécution du contrat tant pour les travaux qu'elle a personnellement réalisés que pour ceux qui ont été confiés à son sous-traitant, la société Belliard.

14. Il résulte de l'instruction que la société ER Architectes, à laquelle a notamment été confiées les missions de visa des plans (VISA) et de direction de l'exécution des travaux (DET), a participé à l'exécution des travaux affectés des désordres et, de ce fait, doit être regardée comme constructeur à l'opération de travaux.

15. Enfin, aux termes de l'article L. 111-24, devenu l'article L. 125-2, du code de la construction et de l'habitation : " Le contrôleur technique est soumis, dans les limites de la mission à lui confiée par le maître de l'ouvrage à la présomption de responsabilité édictée par les articles 1792, 1792-1 et 1792-2 du code civil, reproduits aux articles L. 111-13 à L. 111-15, qui se prescrit dans les conditions prévues à l'article 2270 du même code reproduit à l'article L. 111-20. / Le contrôleur technique n'est tenu vis-à-vis des constructeurs à supporter la réparation de dommages qu'à concurrence de la part de responsabilité susceptible d'être mise à sa charge dans les limites des missions définies par le contrat le liant au maître d'ouvrage ". Il résulte de ces dispositions que l'obligation de garantie décennale s'impose non seulement aux architectes et aux entrepreneurs, mais également au contrôleur technique lié par contrat au maître de l'ouvrage dans la limite de la mission qui lui a été confiée. Les dispositions du second alinéa de cet article sont relatives à la responsabilité du contrôleur technique vis-à-vis, non du maître d'ouvrage, mais des constructeurs au titre de la garantie décennale.

16. En l'espèce, aux termes de l'article 5-20 du CCTP-Généralités et de l'article 5-7 du CCTP Couverture, les plans, coups et détails d'exécution de tous les ouvrages et plans de synthèse sont diffusés pour approbation, notamment, par le contrôleur technique. Ainsi, du fait de cette seule circonstance, alors même que le contrôleur technique n'aurait commis aucune faute dans l'accomplissement de ses missions, condition non nécessaire à l'engagement de sa responsabilité décennale, la société Socotec n'est pas fondée à soutenir que les désordres provoqués, au moins pour partie par des erreurs dans les études d'exécution, ne seraient pas rattachables, même partiellement, à son domaine contractuel d'intervention et ne lui seraient en quelque manière imputables.

17. La commune de Villepinte est dès lors fondée à rechercher la responsabilité décennale des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec et ER Architectes, en leur qualité de constructeur à l'opération de travaux, au titre des désordres affectant la toiture végétalisée.

S'agissant de la condamnation in solidum des constructeurs :

18. Il résulte de ce qui précède et, contrairement à ce que fait valoir la société Socotec Construction, que la commune de Villepinte est fondée à rechercher la condamnation in solidum des sociétés ER Architectes, Saint-Denis Construction et Socotec dès lors que les désordres affectant les bacs végétalisés de la toiture leur sont, sur le fondement de la responsabilité décennale, imputables.

S'agissant de l'évaluation des préjudices subis :

19. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise dont les conclusions ne sont pas contestées sur ce point par les parties en défense, que le coût des travaux pour procéder à la réparation de la couverture végétalisée s'élève à la somme de 53 340 euros HT, auquel il convient d'ajouter 23 783 euros HT correspondant aux dépenses dites générales affectées au prorata au regard du partage des responsabilités retenu par l'expert. Ainsi, le montant du préjudice subi par la commune de Villepinte du fait des désordres affectant la toiture végétalisée s'élève à 77 123 euros HT, soit 92 547,60 euros TTC.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Villepinte est fondée à demander la condamnation in solidum des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec et ER Architectes à lui verser la somme de 92 547,60 euros TTC sur le fondement de la garantie décennale en réparation des préjudices résultant des désordres affectant la toiture végétalisée du groupe scolaire Vert Galant 2, sans qu'il soit besoin d'assortir cette condamnation d'une injonction sous astreinte.

En ce qui concerne les appels en garantie :

21. Le recours entre les constructeurs non contractuellement liés ne peut avoir qu'un fondement quasi-délictuel. Coauteurs obligés solidairement à la réparation d'un même dommage envers la victime, ces constructeurs ne sont tenus entre eux que chacun, pour sa part, déterminée à proportion du degré de gravité des fautes respectives qu'ils ont personnellement commises.

22. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que la conception des études d'exécution de la société Belliard, sous-traitante de la société Saint-Denis Construction, n'est pas conforme aux prescriptions des documents de marché, notamment en raison de l'absence de système anti-glissement des bacs végétalisés et de closoirs. Il résulte également de l'instruction que la société Belliard n'a pas procédé à la pose des bacs conformément aux prescriptions des documents techniques contractuels. Alors qu'il résulte des stipulations des cahiers des clauses techniques particulières que le maître d'œuvre et le contrôleur technique étaient en charge d'une mission de visa des études d'exécution des entrepreneurs, selon les termes non contestés du rapport d'expertise, ni la société ER Architectes, maître d'œuvre, ni la société Socotec, en qualité de contrôleur technique, n'ont émis des réserves ou avis négatifs quant aux études d'exécution de la société Belliard, ou alerté le maître d'ouvrage de la non-conformité de la réalisation des ouvrages au regard des documents contractuels. Enfin, la société Saint-Denis Construction, en sa qualité de donneur d'ordre, a manqué à ses obligations de contrôle et de surveillance de son sous-traitant, en qualité d'entrepreneur principal.

23. Compte tenu de ces éléments, ainsi que l'a estimé l'expert judiciaire, il sera fait une juste appréciation en fixant à 20 % pour la société ER Architectes, 5 % pour la société Socotec, 5 % pour la société Saint-Denis Construction et 70 % pour la société Belliard, la part respective de leur responsabilité dans l'apparition des désordres affectant les bacs végétalisés de la toiture.

S'agissant des appels en garantie formulés par la société Saint-Denis Construction :

24. D'une part, le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé. Par suite, les conclusions d'appels en garantie présentées par la société Saint-Denis Construction contre ses sous-traitants, les sociétés Sprite et Belliard, avec lesquelles elle est liée par des contrats de droit privé, relève de la compétence des juridictions judiciaires et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

25. D'autre part, eu égard à la part respective des constructeurs arrêtée au point 23, la société Saint-Denis Construction est fondée à demander la condamnation de la société ER Architectes et la société Socotec à la garantir respectivement des condamnations prononcées à son encontre sur le fondement de la garantie décennale à hauteur de 20 % et de 5 %.

S'agissant des appels en garantie formulés par la société Socotec :

26. Eu égard à la part respective des constructeurs arrêté au point 23, la société Socotec est fondée à demander la condamnation des sociétés ER Architectes, Saint-Denis Construction et Belliard à la garantir respectivement des condamnations prononcées à son encontre sur le fondement de la garantie décennale à hauteur de 20 %, de 5 % et de 70 %.

27. En revanche, en l'absence de responsabilité de la société Sprite, la société Socotec n'est pas fondée à formuler de conclusions à fin d'appel en garantie à son encontre.

Sur les désordres liés aux infiltrations :

En ce qui concerne les conclusions formulées sur le fondement de la garantie décennale :

28. La commune de Villepinte recherche la responsabilité des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec et ER Architectes, en qualité de constructeurs, en raison des désordres consistant en des infiltrations affectant de nombreux sols et murs des locaux, ces désordres rendant, selon elle, l'ouvrage impropre à sa destination.

S'agissant du caractère apparent des désordres :

29. La responsabilité décennale des constructeurs ne peut être engagée, conformément au principe énoncé aux points 6 et 7, que si les désordres n'étaient pas connus du maître d'ouvrage lors de la réception. Un désordre apparent est un désordre visible au moment des opérations de réception ou, en tout état de cause, un désordre aisément décelable que le maître d'ouvrage ne pouvait ignorer.

30. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise que, lors de la première réunion des opérations préalables à la réception qui s'est tenue en décembre 2013, ont été constatées de nombreuses infiltrations. Si les dégâts liés aux infiltrations ont été réparés, au moins pour partie, avant la réception sans réserve de l'ouvrage le 28 octobre 2014, le maître d'ouvrage, ne fait nullement valoir que ces travaux, eu égard notamment à l'ampleur des désordres qui affectaient l'ouvrage, pouvaient être regardés comme y ayant remédié irrémédiablement. En outre, il résulte du rapport d'expertise, sans d'ailleurs que cette circonstance soit sérieusement contestée par la commune, que les vices affectant la toiture et le système d'évacuation des eaux pluviales, notamment les gouttières et les descentes, que les opérations d'expertise ont révélé à l'origine des infiltrations affectant l'ouvrage, étaient existants et apparents à la date de la réception de l'ouvrage par simple contrôle visuel. Il s'ensuit que les vices affectant l'ouvrage étaient visibles par le maître d'ouvrage à la réception de l'ouvrage, et que celui-ci, qui avait d'ailleurs constaté de multiples infiltrations, pouvait prévoir la gravité des désordres qui en résulterait.

31. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de déterminer si ces désordres sont de nature à rendre les locaux concernés impropres à leur destination, la commune de Villepinte n'est pas fondée à solliciter l'engagement de la garantie décennale des constructions au titre des désordres d'infiltration en raison de leur caractère apparent lors de la réception de l'ouvrage.

En ce qui concerne les conclusions formulées sur le fondement de la responsabilité contractuelle :

S'agissant de la responsabilité contractuelle de la société ER Architectes :

32. La responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont ils pouvaient avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves. Il importe peu, à cet égard, que les vices en cause aient ou non présenté un caractère apparent lors de la réception des travaux, dès lors que le maître d'œuvre en avait eu connaissance en cours de chantier. Ce devoir de conseil implique que le maître d'œuvre signale au maître d'ouvrage toute non-conformité de l'ouvrage aux stipulations contractuelles, aux règles de l'art et aux normes qui lui sont applicables, afin que celui-ci puisse éventuellement ne pas prononcer la réception et décider des travaux nécessaires à la mise en conformité de l'ouvrage.

33. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que des infiltrations avaient été relevées dans certains locaux dès les opérations préalables à la réception intervenues en décembre 2013, que le cahier des clauses techniques particulières imposait un test de mise en eau du toit terrasse et qu'à la suite des opérations préalables à la réception, l'entrepreneur devait justifier de l'étanchéité des couvertines. Alors que le maître d'œuvre avait constaté les défauts d'étanchéité de l'ouvrage et ne pouvait pas ignorer que les tests et investigations requises n'avaient pas été réalisés, il s'est abstenu d'attirer l'attention du maître d'ouvrage sur les éventuelles conséquences d'un vice tenant à un défaut d'étanchéité de la toiture, voire sur l'éventualité qu'un tel vice pouvait être à l'origine des abondantes infiltrations qui avaient été déjà relevées dans le bâtiment. En outre, il résulte du rapport d'expertise que les malfaçons et non-façons affectant la toiture, telles que l'absence de jonction et de joints multiples entre ses différents éléments, le défaut de pente des couvertines et l'absence de trop-plein des chéneaux encaissés et de protection des relevés des couvertines, pouvaient être constatées par un simple contrôle visuel, mais n'ont " manifestement pas été relevées par le maître d'œuvre ".

34. Il résulte de ce qui précède que la commune de Villepinte est fondée à soutenir que le maître d'œuvre a manqué à son obligation de conseil, en s'abstenant d'appeler son attention sur des défauts d'exécution qui auraient justifié qu'elle ne réceptionne pas l'ouvrage ou qu'elle assortisse la réception de réserves et que ce manquement est de nature à engager la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre pour réparer les préjudices qu'elle a subis.

S'agissant de l'évaluation des préjudices subis :

35. Il résulte de l'instruction, particulièrement du rapport d'expertise, que le coût des travaux, qui n'est nullement contesté par les parties en défense, pour procéder à la réparation des vices à l'origine des infiltrations s'élève à la somme totale de 62 389 euros HT, soit 74 866,80 euros TTC.

36. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Villepinte est fondée à demander condamnation de la société ER Architectes à lui verser la somme de 74 866,80 euros TTC sur le fondement de la responsabilité contractuelle, sans qu'il soit besoin d'assortir cette condamnation d'une injonction sous astreinte.

En ce qui concerne les conclusions formulées sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle :

37. Il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage. Il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs. Il peut, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires mais ne saurait se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles. En outre, alors même qu'il entend se placer sur le terrain quasi-délictuel, le maître d'ouvrage ne saurait rechercher la responsabilité de participants à l'opération de construction pour des désordres apparus après la réception de l'ouvrage et qui ne sont pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination.

38. La commune de Villepinte sollicite la condamnation des sous-traitants de la société Saint-Denis Construction, à titre subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle, en raison des manquements aux règles de l'art et aux dispositions réglementaires.

39. Il résulte de l'instruction que la commune est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société ER Architectes, maître d'œuvre, pour manquement à son obligation de conseil au titre de ces désordres. Dans ces conditions, et conformément au principe énoncé au point 37, la commune ne peut utilement rechercher la responsabilité quasi-délictuelle de la société Sprite et de la société Belliard, sous-traitantes de la société Saint-Denis Construction.

40. Il résulte de ce qui précède que la commune de Villepinte n'est pas fondée à demander la condamnation des sociétés Sprite et Belliard, sous-traitantes de la société Saint-Denis Construction, sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle.

Sur les intérêts au taux légal et leur capitalisation :

41. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure () ".

42. La commune de Villepinte a droit au versement des intérêts au taux légal sur la somme de 92 547,60 euros TTC et la somme de 74 866,80 euros TTC à compter du 6 septembre 2022, date d'introduction de sa requête.

43. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêts si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

44. La capitalisation des intérêts a été demandée, pour la première fois, le 6 septembre 2022, date d'enregistrement de la requête. A cette date, les intérêts au taux légal dus au titre du retard de paiement n'étaient pas dus depuis au moins une année entière. Dès lors, il y a seulement lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter de la date à laquelle ces intérêts étaient dus, pour la première fois, pour une année entière, soit à compter du 6 septembre 2023, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

45. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat ".

46. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge in solidum des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec, ER Architectes les dépens de l'instance, constitués des frais et honoraires de l'expertise prescrite par ordonnance du 18 septembre 2018 du juge des référés du tribunal, liquidés et taxés à la somme de 43 083,60 euros TTC par une ordonnance du président du tribunal du 24 février 2022.

47. En revanche, la demande de la commune de Villepinte tendant au versement d'intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts sur les dépens doit être écartée, ceux-ci ne commençant à courir qu'à la date de la lecture de la décision juridictionnelle qui les met à la charge d'une partie.

Sur les conclusions formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

48. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de chacune des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec et ER Architectes le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Villepinte et non compris dans les dépens.

49. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villepinte, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les sociétés en défense demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions incidentes de la société ER Architectes et de la société Sprite.

Article 2 : Les conclusions d'appel en garantie présentées par la société Saint-Denis Construction à l'encontre des sociétés Sprite et Belliard sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 3 : Les sociétés Saint-Denis Construction, Socotec et ER Architectes verseront in solidum à la commune de Villepinte une somme de 92 547,60 euros TTC en réparation des préjudices résultant de la toiture végétalisée du groupe scolaire Vert Galand 2.

Article 4 : La société ER Architectes garantira respectivement la société Saint-Denis Construction et la société Socotec à hauteur de 20 % des condamnations mises à sa charge par l'article 3.

Article 5 : La société Socotec garantira la société Saint-Denis Construction à hauteur de 5 % des condamnations mises à sa charge par l'article 3.

Article 6 : La société Saint-Denis Construction garantira la société Socotec à hauteur de 5 % des condamnations mises à sa charge par l'article 3.

Article 7 : La société Belliard garantira la société Socotec à hauteur de 70 % des condamnations mises à sa charge par l'article 3.

Article 8 : La société ER Architectes versera à la commune de Villepinte une somme de 74 866,80 euros TTC en réparation des préjudices résultant des infiltrations affectant le groupe scolaire Vert Galand 2.

Article 9 : Les sommes mentionnées à l'article 3 et à l'article 8 porteront intérêts au taux légal à compter du 6 septembre 2022. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 6 septembre 2023, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 10 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 43 083,60 euros sont mis à la charge in solidum des sociétés Saint-Denis Construction, Socotec et ER Architectes.

Article 11 : Les sociétés Saint-Denis Construction, Socotec et ER Architectes verseront chacune la somme de 1 000 euros à la commune de Villepinte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 12 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 13 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Villepinte, à la société Saint-Denis Construction, à la société Socotec Construction, à la Société de Peinture Ravalement Isolation Thermique Extérieure, à la société Alpha MJ, à la société Belliard et à la société ER Architectes.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Le Garzic, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Boucetta, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

H. BOUCETTA

Le président,

P. LE GARZICLe greffier,

Y. EL MAMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions