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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214011

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214011

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214011
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantENARD-BAZIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a prolongé sa période de stage d'un mois et neuf jours ;

2°) de condamner le département de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme de 50 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 juillet 2022 ;

3°) d'enjoindre au département de la Seine-Saint-Denis de procéder à la régularisation de sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors notamment que le rapport de fin de stage du 26 décembre 2019 n'a jamais mentionné des insuffisances professionnelles ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure ;

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

S'agissant de la responsabilité pour faute :

- elle n'a pas été placée dans une situation administrative régulière depuis le 17 octobre 2019 ;

- les prescriptions du médecin de prévention ont été ignorées par le département, en méconnaissance de l'article 24 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le département a méconnu son obligation de sécurité et de protection de la santé des agents en ne prenant pas en compte les risques psychosociaux en méconnaissance de l'article 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1984 ;

- le département ne l'a pas protégée contre les attaques à l'occasion de l'exercice de ses fonctions en méconnaissance de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique ;

S'agissant de la responsabilité sans faute :

- la responsabilité sans faute du département de la Seine-Saint-Denis doit être engagée au titre de sa maladie professionnelle ;

S'agissant des préjudices :

- elle a enduré des souffrances et subi un préjudice moral ainsi que, en raison des agissements fautifs du département, une perte de chance d'être titularisée, de faire carrière et de bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité dont il sera fait une juste appréciation en fixant leur indemnisation à la somme de 50 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le département de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

7 novembre 2024

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le décret n° 2008-512 du 29 mai 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, conseillère ;

- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par le département de la Seine-Saint-Denis en qualité d'assistant socio-éducatif par des contrats à durée déterminée à compter du 2 juin 2014, régulièrement renouvelés. Après avoir été nommée stagiaire à compter du 1er janvier 2019, elle a été placée en arrêt maladie à compter du 17 octobre 2019. Par un arrêté du 22 janvier 2021, le département de la Seine-Saint-Denis a reconnu la maladie professionnelle de Mme B comme imputable au service. Par une décision du 3 mars 2022, le département de la Seine-Saint-Denis a accepté la démission de Mme B à effet du 15 juillet 2022. Par un arrêté du 28 juin 2022 du président du conseil départemental de la Seine-Saint- Denis, le stage de

Mme B a été prolongé pour une durée d'un mois et neuf jours. Par une lettre réceptionnée le 7 juillet 2022, la requérante a sollicité l'indemnisation de préjudices qu'elle a estimé avoir subis. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner le département de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 3 décembre 2021, régulièrement publié, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme C, directrice adjointe des ressources humaines, pour signer, notamment, la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision susvisée doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que la décision vise le rapport de fin de stage du

26 décembre 2019 " qui fait état d'insuffisances professionnelles de l'agent et émettant un avis défavorable à sa titularisation " est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire territorial stagiaire a droit aux congés rémunérés prévus aux 1° (premier alinéa), 2°, 3°, 4°, 5° et 9° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 précitée. / Le total des congés rémunérés accordés en sus du congé annuel ne peut être pris en compte comme temps de stage que pour un dixième de la durée globale de celui-ci.". Lorsque des congés de maladie ont été régulièrement accordés à un stagiaire en cours de stage, la date de fin de stage doit être déterminée en prenant en compte la durée de ces congés excédant le dixième de la durée du stage pour prolonger, à due concurrence, la durée d'un an initialement prévue pour le stage.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été nommée stagiaire dans le grade d'assistant socio-éducatif à compter du 1er janvier 2019 pour une durée d'un an. Elle a été placée en congé maladie du 17 octobre 2019 au 23 août 2021, puis en congé maternité du

24 août au 13 décembre 2021 puis en congé de maladie ordinaire du 14 décembre 2021 au 3 mars 2022 soit pendant une durée de soixante-quinze jours. Dans ces conditions, en prolongeant la durée du stage de la requérante d'une durée d'un mois et neuf jours en application des dispositions de l'article 7 du décret du 4 novembre 1992, le département de la Seine-Saint-Denis, qui ne s'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, le détournement de procédure allégué n'est pas établi.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui la responsabilité pour faute du département :

S'agissant de la faute tirée de l'irrégularité de la situation administrative de la requérante :

7. En se bornant à soutenir qu'elle n'a jamais été placée dans une situation régulière par le département depuis le 17 octobre 2019 alors que Mme B reconnaît elle-même qu'elle a été placée en congé maladie au titre de sa maladie professionnelle du 17 octobre 2019 au 2 avril 2021, en congé de maladie ordinaire du 3 avril 2021 au 23 août 2021, en congé maternité du 24 aout au 13 décembre 2021 puis en congé maladie du 14 décembre 2021 au 3 mars 2022 avant de prendre ses congés annuels jusqu'à la date à laquelle sa démission a pris effet le 15 juillet 2022, la requérante n'établit pas que le département aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

S'agissant de la faute tirée de l'absence de prise en compte des souffrances au travail et des risques psychosociaux :

8. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors applicable : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Aux termes de l'article 2 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique : " Dans les administrations et établissements visés à l'article 1er, les locaux doivent être aménagés, les équipements doivent être installés et tenus de manière à garantir la sécurité des agents et, le cas échéant, des usagers. Les locaux doivent être tenus dans un état constant de propreté et présenter les conditions d'hygiène et de salubrité nécessaires à la santé des personnes. ". Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " En application de l'article 108-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans les services des collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les règles applicables en matière de santé et de sécurité sont, sous réserve des dispositions du présent décret, celles définies aux livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application () ". Aux termes de l'article L. 4111-1 du code du travail : " () les dispositions de la () partie sont applicables () / () / 3° Aux établissements de santé, sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ". Enfin, aux termes de l'article L. 4121-1 de ce code : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail / 2° Des actions d'information et de formation / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ".

9. Mme B se borne à soutenir que " d'une manière générale, le département de la Seine-Saint-Denis n'a pas assuré la sécurité de ses agents sur leur lieu de travail " et n'a pas pris en compte " la souffrance au travail et les risques psycho-sociaux malgré de nombreuses alertes " sans apporter de précision suffisante de nature à établir que le département aurait commis une faute en s'abstenant de prendre des mesures de protection de la santé et de la sécurité au travail à l'égard de Mme B.

S'agissant des fautes tirées de l'absence de protection des agents :

10. Aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre. ".

11. Mme B soutient que la circonscription du service social d'Aubervilliers souffrait d'insuffisances managériales et se prévaut de l'absence de soutien du département envers ses agents. Toutefois, et alors au demeurant n'a pas sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle, elle ne démontre pas la carence fautive du département dans la protection dont elle bénéficie dans l'exercice de ses fonctions.

S'agissant de l'absence de suivi des prescriptions du médecin de prévention :

12. Si Mme B fait grief au département d'avoir ignoré les prescriptions du médecin de prévention, il résulte de l'instruction que dans son avis du 17 octobre 2019, ce dernier a prescrit un arrêt de travail immédiat pour inaptitude temporaire au poste sans aménagement spécifique du poste et que l'intéressée a immédiatement bénéficié d'un congé maladie. Les préconisations du médecin de prévention ont donc été respectées et la responsabilité du département ne saurait être engagée à ce titre.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

13. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, le II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 et les articles L. 417-8 et

L. 417-9 du code des communes, qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

14. La circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions mentionnées ci-dessus subordonnent l'obtention d'une rente ou d'une allocation temporaire d'invalidité fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle. En revanche, elle ne saurait le priver de la possibilité d'obtenir de cette collectivité la réparation de préjudices d'une autre nature, dès lors qu'ils sont directement liés à l'accident ou à la maladie.

15. Mme B sollicite l'engagement de la responsabilité sans faute du département de la Seine-Saint-Denis au titre de sa maladie professionnelle contractée le 17 octobre 2019 qui a été reconnue imputable au service par un arrêté du 22 janvier 2021. Il résulte de ce qui a été dit aux points 13 et 14, qu'elle conserve le droit d'être indemnisée par le département, en l'absence même de faute de cette dernière, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, notamment des souffrances physiques ou morales, ainsi que des préjudices esthétique ou d'agrément, et des troubles dans ses conditions d'existence pouvant résulter de son accident de service. Toutefois, en se prévalant sans plus de précision et de justification d'un préjudice moral " important ", d'un préjudice de souffrances " considérable ", elle ne démontre pas la réalité de ces préjudices. Par ailleurs, elle ne justifie pas davantage avoir subi un préjudice de perte de chance d'être titularisée, d'évolution dans sa carrière et, en tout état de cause, de bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité, alors au demeurant qu'elle a démissionné.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de

Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Seine-Saint-Denis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B réclame au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Deniel, présidente,

Mme Biscarel, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,La présidente,A.-L. FabreC. DenielLa greffière,A. Capelle

La République mande et au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente

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