mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2214133 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | GOEAU-BRISSONNIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Goeau-Brissonnière, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 6 281 euros en réparation de son préjudice financier ;
3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision du 27 mai 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour est illégale ; cette illégalité est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État ;
- l'exécution tardive des décisions des 30 juin 2021, 27 août 2021, 7 janvier 2022 et 28 janvier 2022 rendues par le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État ;
- cette illégalité et ce comportement fautif lui ont causé un préjudice financier résultant de la perte de revenus, un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence dont il est fondé à demander l'indemnisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 13 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal a été entendu au cours de l'audience publique ;
- et les conclusions de Mme Lunshof, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant malien né le 5 mai 2003, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, en sa qualité de mineur isolé par un jugement du juge des enfants du tribunal de grande instance de Bobigny du 24 juin 2019. À sa majorité, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 27 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande. M. C a donc saisi le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil afin qu'il prononce la suspension de l'exécution de ce refus. Par quatre ordonnances en date des 30 juin 2021, 27 août 2021, 7 janvier 2022 et 28 janvier 2022, le juge des référés a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer sa demande sous astreinte. Le 25 février 2022, la demande de titre de séjour de M. C a été enregistrée et il s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Par un courrier reçu le 7 septembre 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, M. C a adressé une demande préalable indemnitaire à laquelle celui-ci s'est abstenu de répondre, faisant naître une décision implicite de rejet. M. C demande au tribunal de condamner le préfet de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme globale de 9 281 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la responsabilité pour faute de l'État :
4. L'illégalité affectant une décision refusant d'enregistrer une demande de titre de séjour de même que le retard pris dans l'exécution d'une décision juridictionnelle sont constitutives d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration.
5. D'une part, pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il n'avait pas produit de passeport en cours de validité. Toutefois, il ne résulte ni des dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni du point 66 de l'annexe 10 à ce code que la délivrance d'un titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit subordonné à la production d'un passeport en cours de validité, à l'exception de tout autre document justifiant de l'état civil ou de la nationalité du demandeur. Il résulte de l'instruction, sans que cela ne soit contesté par le préfet de la Seine-Saint-Denis, que M. C a présenté un jugement supplétif d'acte de naissance en date du 29 avril 2019, un acte de naissance, un extrait d'acte de naissance, son passeport, lesquels constituent des documents établissant sa nationalité et son état civil. M. C est donc fondé à soutenir que la décision refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour est illégale. D'autre part, il résulte de l'instruction que le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a suspendu le refus d'enregistrement de la demande titre de séjour présentée par M. C et a enjoint, par quatre ordonnances en date 30 juin 2021, 27 août 2021, 7 janvier 2022 et 28 janvier 2022 au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans des délais compris entre quinze jours, une semaine et trois jours. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et a remis à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le 25 février 2022. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir que le délai d'exécution résulte des contraintes sanitaires liées à la crise de la Covid-19 et à la " capacité d'accueil " de ses services, il n'apporte aucun élément précis sur les moyens mis en œuvre pour remédier à ces difficultés et sur l'impossibilité pour lui d'exécuter ces décisions juridictionnelles dans les délais impartis. Il s'ensuit que l'illégalité affectant la décision refusant l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. C de même que le retard pris par le préfet de la Seine-Saint-Denis à prendre les mesures d'exécution fixées par le juge des référés dans les délais prescrits, sont constitutifs d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration.
En ce qui concerne les préjudices :
6. En premier lieu, M. C demande la réparation de son préjudice financier résultant de la perte de ses revenus durant la période de neuf mois et treize jours qui s'est écoulée entre le 12 mai 2021, date de la suspension de son contrat d'apprentissage et le 25 février 2022, date de l'enregistrement de son dossier par le préfet de la Seine-Saint-Denis et de la remise d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il évalue ce préjudice à la somme de 6 281 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que le contrat d'apprentissage dont bénéficiait M. C dans le cadre de sa formation diplômante au Campus des métiers et de l'entreprise a été interrompu, le 4 mai 2021 par son employeur au motif que son titre de séjour expirait le 13 mai 2021. Ce n'est que postérieurement à cette date, le 27 mai 2021, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler. M. C ne saurait donc prétendre à l'indemnisation d'une perte de revenus au motif que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui aurait opposé un refus d'enregistrement de sa demande.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction que par deux ordonnances des 30 juin 2021 et 27 août 2021, le juge des référés a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a convoqué M. C que le 25 novembre 2021, afin de lui permettre de déposer son dossier de titre de séjour et d'enregistrer sa demande. Le 29 novembre 2021, il a été radié des effectifs du centre de formation dans lequel il était inscrit, à défaut de pouvoir justifier d'un contrat de travail. Il s'ensuit que le retard pris par le préfet de la Seine-Saint-Denis dans l'exécution de ces ordonnances a privé M. C de la possibilité de réintégrer le centre de formation et d'obtenir un nouveau contrat d'apprentissage. Par deux ordonnances des 7 janvier 2022 et 28 janvier 2022, le juge des référés a, à nouveau, enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer la demande de titre de séjour du requérant. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à l'enregistrement de sa demande et lui a remis une autorisation provisoire de séjour le 25 février 2022, soit un mois, une semaine et quatre jours après le délai fixé. Le requérant fait valoir un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il estime à la somme de 3 000 euros. Le préjudice subi par M. C résulte également de l'anxiété générée par la persistance du comportement fautif de l'administration, des saisines successives du juge administratif afin que les mesures prescrites soient exécutées et du retard pris dans la poursuite de ses études. Dans ces conditions, il peut être fait une juste appréciation de son préjudice moral et de ses troubles dans ses conditions d'existence en l'évaluant à la somme de 1 000 euros. Il y a lieu de condamner le préfet de la Seine-Saint-Denis à verser à M. C la somme de 1 000 euros.
Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire, son avocat peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Goeau-Brissonnière, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement à Me Goeau-Brissonnière de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.
Article 2 : L'État (le préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. C la somme de 1 000 euros.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Goeau-Brissonnière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Goeau-Brissonnière, avocat de M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Goeau-Brissonnière et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Delamarre, présidente,
- M. Israël, premier conseiller,
- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
La rapporteure,
M. Caldoncelli-Vidal La présidente,
A-L. Delamarre
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026