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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216668

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216668

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216668
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMALIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2022, Mme B, représentée par Me Malik, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui verser à titre de provision la somme de 38 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal capitalisés à compter de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 13 juillet 2016 ;

- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.

La requête a été communiqué au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du

13 juillet 2016, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement dans le délai prévu par cette décision, Mme B a saisi préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 25 août 2022, reçu le 29 août suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat au versement d'une provision de 38 000 euros en réparation des préjudices subis.

2. L'article R. 541-1 du code de justice administrative dispose que : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du

31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

5. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () -être handicapées, () ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement () d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25 (). ". Les surfaces mentionnées audit article R. 822-25 sont de neuf mètres carrés pour une personne seule et seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentées, le cas échéant, de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés. Il suit de là, que, pour une famille composée d'un adulte et de trois enfants est sur-occupé, au sens de l'article R. 441-14-1, un logement d'une surface inférieure à 36 mètres carrés.

6. Il résulte de l'instruction et il ressort, notamment, des termes de la requête, qu'à la date à laquelle, le 13 juillet 2016, la commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B au motif que son logement était sur-occupé et que la demandeuse a à sa charge des enfants mineurs, la famille était hébergée à Pierrefitte-sur-Seine et était composée de quatre personne : la requérante, son conjoint et deux enfants. S'il résulte de l'instruction qu'un troisième enfant est né le 6 mars 2017, il ressort des termes de la requête, d'une part, que Mme B vit désormais séparée de son conjoint et, d'autre part, qu'elle vit " depuis un an " dans un logement de 36 mètres carrés. Ainsi, Mme B et ses trois enfants occupent un logement d'une surface de 36 mètres carrés, lequel, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, n'est dès lors pas sur-occupé, au sens de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. En l'absence de précision quant à la date à partir de laquelle Mme B a vécu séparé de son conjoint et dès lors que son logement actuel n'est pas suroccupé, il n'est pas établi que la situation qui a motivé la décision de la commission perdure. Dans ces conditions, la créance dont se prévaut Mme B n'est pas non sérieusement contestable. Ses conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative doivent dès lors être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 22 juin 2023.

Le juge des référés

L. Gauchard

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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