vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2216721 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | SCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 novembre 2022, le 8 décembre 2022, le 15 janvier 2024 et le 30 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Duconseil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 16 juin 2022 pour un montant de 4 127,87 euros ensemble la décision du 19 septembre 2022 par laquelle son recours gracieux a été rejeté par le centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune d'Epinay-sur-Seine ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 4 127,87 euros mise à la charge de M. A ;
3°) condamner le CCAS de la commune d'Epinay-sur-Seine à lui verser la somme de 5 000 euros au titre du préjudice qu'il a subi ;
4°) de mettre à la charge du CCAS de la commune d'Epinay-sur-Seine une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le titre exécutoire :
- il a satisfait à son obligation de relogement dès lors qu'il a proposé trois offres de logement à son locataire et non une seule tel que prévu par les dispositions de l'article L. 521-3-1 II du code de la construction ;
- le titre exécutoire ne comporte pas toutes les mentions obligatoires ;
- les bases de liquidation ne sont pas claires ; la lettre de relance du Trésor public ne fournit pas le décompte des sommes réclamées ;
- l'arrêté du 5 novembre 2021 n'est pas opposable dès lors qu'il ne lui a pas été notifié;
- le centre communal d'action sociale d'Epinay-sur-Seine était incompétent pour procéder au relogement ;
- les sommes demandées ne sont pas justifiées ;
Sur la responsabilité du centre communal d'action sociale d'Epinay-Sur-Seine :
- l'illégalité du titre de recettes constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre communal d'action sociale d'Epinay-sur-Seine ;
- il subit un trouble dans ses conditions d'existence à raison des nuits sans sommeil qu'il vit à raison de cette affaire ;
- l'autorité compétente n'est fondée à assurer le relogement des occupants qu'en cas de défaillance du propriétaire et n'était pas fondée à assurer le relogement des occupants d'office, sans avoir constaté au préalable la défaillance du requérant ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 juillet 2023 et le 16 janvier 2024, la Commune d'Epinay-Sur-Seine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 24 janvier 2024, la clôture l'instruction a été fixée au 12 février 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Nour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Duconseil, représentant M. A, et de Me Bieder, représentant la commune d'Epinay-Sur-Seine.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A est le propriétaire d'un appartement dans un immeuble dit " E ", situé 2-4 place Oberürsel à Epinay-sur-Seine (93800), qui a fait l'objet d'un contrat de bail. Par un arrêté n° 2021-3037 du 5 novembre 2021 portant mise en sécurité de cet immeuble dans les conditions prévues par l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a notamment interdit l'habitation d'une partie, puis, à compter du 8 décembre 2021, de la totalité des logements que compte cet immeuble. Le requérant a été destinataire d'un titre de recette émis le 16 juin 2022 par le centre communal d'action sociale de la commune d'Epinay-sur-Seine mettant à sa charge la somme de 4 127,87 euros, au titre de dépenses engagées pour procéder à l'hébergement d'urgence de l'occupant du logement mentionné ci-dessus, M. B, en exécution de l'arrêté préfectoral du 5 novembre 2021. M. A demande l'annulation de ce titre de recette.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre () ". Le destinataire d'un titre de perception est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet acte, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante.
3. Aux termes de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation : En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe. / Lorsqu'aucune autre mesure ne permet d'écarter le danger, l'autorité compétente peut faire procéder à la démolition complète après y avoir été autorisée par jugement du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " () l'occupant est le titulaire d'un droit réel conférant l'usage, le locataire, le sous-locataire ou l'occupant de bonne foi des locaux à usage d'habitation et de locaux d'hébergement constituant son habitation principale. / Le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-1. () ". Aux termes de l'article L. 521-3-1 de ce code : " I.- Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter ou d'utiliser ou que les travaux prescrits le rendent temporairement inhabitable, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer aux occupants un hébergement décent correspondant à leurs besoins. / A défaut, l'hébergement est assuré dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-2. Son coût est mis à la charge du propriétaire ou de l'exploitant. () ". Aux termes de l'article L. 521-3-2 de ce code : " () Lorsque l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité mentionné à l'article L. 511-11 ou à l'article L. 511-19 comporte une interdiction définitive ou temporaire d'habiter ou que les travaux prescrits rendent temporairement le logement inhabitable, et que le propriétaire ou l'exploitant n'a pas assuré l'hébergement ou le relogement des occupants, l'autorité compétente prend les dispositions nécessaires pour les héberger ou les reloger () / VI.- La créance résultant de la substitution de la collectivité publique aux propriétaires ou exploitants qui ne se conforment pas aux obligations d'hébergement et de relogement qui leur sont faites par le présent article est recouvrée soit comme en matière de contributions directes par la personne publique créancière, soit par l'émission par le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le préfet d'un titre exécutoire au profit de l'organisme ayant assuré l'hébergement ou le relogement. () ".
4. M. A soutient que l'obligation lui incombant, en qualité de propriétaire, de reloger son locataire a été respectée. Il fait valoir qu'il a présenté trois offres de relogement à M. B, juste après le premier arrêté de mise en sécurité urgente n°2021-2977 du 29 octobre 2021 et ce, dans un délai très réduit, et qu'il a ainsi satisfait aux obligations qui lui étaient faites par les dispositions précitées.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, né en 1986, locataire de M. A, était étudiant à l'université de Paris 8, et louait une chambre dans un appartement en façade Sud de la Tour de l'Obélisque à Epinay-sur-Seine moyennant un loyer de 480 euros mensuel. Il ressort également des pièces du dossier qu'avant le 10 novembre 2021, M. A a proposé à M. B, trois offres de logement, consécutivement les 30 octobre, 31 octobre et 1er novembre 2021. La première offre du 30 octobre 2021 correspondait à un studio meublé situé 28 rue Henri Vasseur à Argenteuil d'une surface de 16 m² pour un loyer de 460 euros charges comprises et éligible aux aides au logement situé à environ deux kilomètres du logement initial de son locataire et à proximité immédiate du RER Argenteuil. La deuxième offre correspondait à une chambre meublée, située 35 route de Garges à Sarcelles pour un montant de 460 euros par mois charges comprises à une dizaine de kilomètres du logement initial. La troisième offre de M. A correspondait à une chambre meublée située au 13 rue Saint Gobain à Epinay sur Seine pour un loyer de 460 euros charges comprises située également à environ deux kilomètres du logement initial et dans la même commune avec une station de RER à proximité immédiate.
6. Il résulte de ce qui précède que si le logement situé à Sarcelles, est localisé à plus de 10 kilomètres du logement initial, les deux autres logements, à savoir un studio à Argenteuil et une chambre à Epinay-Sur-Seine présentent des caractéristiques semblables voire plus favorables que celles de la chambre que M. B occupait jusqu'alors, en termes de prix, de surface, de localisation et d'état du logement occupé par ce dernier. En outre, M. A ne s'est pas limité à une seule proposition de logement telle que prévue par les dispositions du II de l'article L. 521-3-2, mais à trois propositions. Deux des trois locations proposées par M. A présentaient ainsi des caractéristiques plus favorables pour le locataire que celles du logement occupé, de sorte qu'il tendait à assurer un hébergement correspondant aux besoins de celui-ci. Par suite, M. B n'était pas fondé à refuser ces propositions qui lui ont été adressées et dès lors, M. A était libéré de son obligation de procéder à l'hébergement de son locataire au sens des dispositions pré-citées au point 3.
7. M. A conteste également le bienfondé de la créance en ce que M. B était relogé à compter du 9 novembre 2021 à Deuil-la-Barre, qu'il démontre par la production du courriel en date du 9 novembre 2021 par lequel son locataire assure avoir trouvé à se reloger, par la production de l'attestation d'assurance pour ce logement au nom de M. B au 22 rue de l'Eglise, à Deuil-la-Barre à compter du 9 novembre 2021, et un état des lieux, de nature à remettre sérieusement en cause le relogement effectif de M. B au Samu social de Paris.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation totale du titre de perception émis à son encontre le 16 juin 2022 ainsi que la décharge de la somme de 4 127,87 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. L'illégalité d'une décision administrative est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration à l'égard de son destinataire, ou de toute autre personne, si elle leur a, directement, causé un préjudice. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration s'il résulte de l'instruction soit que cette dernière aurait pris la même décision si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie la décision entachée d'erreur de droit.
10. Pour demander la condamnation du CCAS d'Epinay-sur-Seine à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation de ses troubles dans les conditions de l'existence, M. A invoque les différentes fautes commises par le centre communal d'action sociale et notamment l'illégalité du titre de recettes émis. Toutefois, ce préjudice ne présente pas de lien direct et certain avec l'illégalité retenue. Il y a par suite lieu de l'écarter.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CCAS de la commune d'Epinay-Sur-Seine la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées au même titre par la commune d'Epinay-Sur-Seine ne peuvent quant à elles qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre exécutoire du 16 juin 2022 est annulé.
Article 2 : M. A est déchargé de l'obligation de payer la somme de 4 127, 87 euros.
Article 3 : Le centre communal d'action sociale de la commune d'Epinay-sur-Seine versera une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au CCAS de la commune d'Epinay-sur-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
La magistrate désignée,
A. D
Le greffier,
C.CHAUVEY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026