jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2218318 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une protestation et des mémoires enregistrés le 23 décembre 2022, le 25 janvier 2023, et le 17 mars 2023, l'amicale C.N.L Jean Moulin, M. F B, Mme R O, Mme K Q, Mme E J, Mme N S, M. M A, M. H I et M. D P, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler les opérations électorales organisées le 15 décembre 2022 aux termes desquelles ont été proclamés élus deux candidats de la liste présentée par la Confédération nationale du logement (CNL) ainsi que, respectivement, un candidat de la liste Famille de France-Union nationale des locataires indépendants (UNLI) et un candidat de la liste de la confédération de la consommation du logement et du cadre de vie (CLCV), en qualité de représentants des locataires au conseil d'administration de l'office public de l'Habitat de Bobigny (OPHB).
Ils soutiennent que :
- l'association requérante qui est régulièrement déclarée justifie de son existence juridique et se trouve parfaitement fondée à présenter une liste ; en tout état de cause, les demandes sont formulées par des locataires eux-mêmes recevables en leur qualité d'électeur à demander l'annulation du scrutin ;
- la composition du bureau de vote méconnait les dispositions du 5° de l'article R.421-7 4° du code de la construction et de l'habitation, dès lors que le dépouillement a eu lieu en l'absence du président de l'office public ou de son représentant ; Mme G lors du dépouillement a été présentée comme étant l'administratrice, et non la représentante des locataires. Le dépouillement a été effectué, entre autres, par les personnes représentantes des listes alors que leur présence ne s'impose que pour que le dépouillement puisse être effectué par le président du bureau et l'administrateur non représentant des locataires ; il n'y avait pas de liste d'émargements comme l'a fait remarquer et noter un scrutateur sur le procès-verbal ;
- le mode de scrutin mis en œuvre pour cette élection a méconnu les articles 6 et 8 du protocole électoral local adopté par une délibération du conseil d'administration de l'OPHB le 27 octobre 2022, dès lors que le matériel de vote envoyé à chaque locataire ne correspondait à aucun des modes de vote prévus par ledit protocole ; en outre, l'enveloppe interne vierge de signe extérieur, annoncée dans l'article 6 garantissant le secret du vote, était absente et l'enveloppe ''T'' mentionnée au même article, ne comporte pas les emplacements permettant à l'électeur d'y inscrire ses nom et adresse, empêchant ainsi l'identification du votant ; enfin, le courrier du directeur général de l'OPHB, daté du 28 novembre 2022, accompagnant le matériel, réceptionné par les électeurs est en contradiction avec celui du 14 octobre 2022, ce dernier évoquant l'utilisation d'une carte ''T'' personnelle alors que celui du 28 novembre 2022 annonce l'utilisation d'une simple enveloppe ''T'' préaffranchie ; bien que ces incohérences aient été portées à la connaissance de l'OPHB et de la commission électorale convoquée le 7 décembre 2022, rien n'a été modifié et aucune décision n'a été prise si ce n'est de ne pas en prendre.
Par un mémoire en production de pièces enregistré le 9 mars 2023 et un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2023, l'office public de l'Habitat Est Ensemble Habitat, venant aux droits de l'Office public de l'Habitat de Bobigny, représenté par Me Farçat, conclut au rejet de la protestation.
Il soutient que :
- la protestation de l'Amicale Jean Moulin dont la candidature a été déclarée irrecevable, et qui n'a pas participé aux élections, prive cette association de son intérêt donnant qualité pour agir ; son représentant n'établit pas davantage sa qualité pour agir ;
- la composition du bureau de vote était régulière, le président du conseil d'administration de l'OPHB ayant donné pouvoir à Mme G pour le représenter lors du scrutin. Etaient présents et ont donc participé aux opérations de dépouillement, Mme G, M. C et deux représentants de chacune des trois listes ;
- à supposer que l'absence de liste d'émargement constitue une irrégularité, les requérants ne démontrent pas en quoi cette irrégularité aurait emporté des conséquences telles qu'elle aurait entaché la sincérité du scrutin et serait susceptible dès lors d'entrainer la nullité des élections. M. B était lui-même présent le jour du dépouillement et ne fait état d'aucune irrégularité ou anomalie dans les modalités du dépouillement des enveloppes ''T'' récupérées par plusieurs membres du bureau qui se sont rendus au bureau de poste le 15 décembre au matin ;
- les modalités retenues ont été dûment portées à la connaissance de la commission électorale. Le seul prestataire en capacité d'organiser des élections, ainsi qu'il était prévu par le protocole, a subi de nombreux dysfonctionnements de sorte qu'il n'était pas possible de le solliciter. L'ampleur des problèmes a été telle qu'elle a fait l'objet d'une communication par l'Union sociale pour l'habitat d'Ile-de-France (AORIF) à l'ensemble des bailleurs sociaux.
La pièce complémentaire présentée par les requérants, enregistrée le 17 mars 2023, n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation et notamment ses articles L. 421-9 et
R. 421-7.
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L,
- les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique,
- les observations de M. F B, pour les requérants,
- les observations de Me Enjalbert pour l'office public de l'Habitat Est Ensemble Habitat.
Considérant ce qui suit :
1. L'Amicale C.N.L Jean Moulin, M. B et autres demandent l'annulation des opérations électorales organisées le 15 décembre 2022 en vue de l'élection des représentants des locataires siégeant au conseil d'administration de l'office public de l'Habitat de Bobigny (OPHB), fusionné depuis le 1er janvier 2023 avec l'office public de l'Habitat Est Ensemble Habitat.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article L. 421-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les représentants des locataires au conseil d'administration de l'office sont élus sur des listes de candidats composées alternativement d'un candidat de chaque sexe et présentées par des associations œuvrant dans le domaine du logement. Ces associations doivent être affiliées à une organisation nationale siégeant à la Commission nationale de concertation, au Conseil national de l'habitat ou au Conseil national de la consommation et indépendantes de tout parti politique ou organisation à caractère philosophique, confessionnel, ethnique ou racial et ne pas poursuivre des intérêts collectifs qui seraient en contradiction avec les objectifs du logement social fixés par le code de la construction et de l'habitation, et notamment par les articles L. 411 et L. 441, ou du droit à la ville défini par la loi n° 91-662 du 13 juillet 1991 d'orientation pour la ville. ".
3. Il résulte de l'instruction que M. B, Mme O, Mme Q, Mme J, Mme S, M. A, M. I et M. P sont inscrits sur la liste des électeurs. Par suite, et alors même que la candidature de l'Amicale Jean Moulin a été déclarée irrecevable par la commission électorale au motif qu'elle ne remplissait pas les conditions d'affiliation à l'une des organisations nationales mentionnées au point précédent, il y a lieu d'écarter les fins de non-recevoir opposées en défense par l'office public de l'Habitat Est Ensemble Habitat, tirées de l'absence d'intérêt donnant qualité pour agir de l'Amicale C.N.L Jean Moulin, et de qualité pour agir de son représentant.
Sur la régularité des opérations électorales :
4. Aux termes du premier alinéa du 4° de l'article R. 421-7 du code de la construction et de l'habitation : " Le scrutin a lieu tous les quatre ans, selon les modalités pratiques arrêtées par le conseil d'administration de l'office, entre le 15 novembre et le 15 décembre de l'année au cours de laquelle expire les mandats des administrateurs représentant les locataires (). La Fédération des offices publics de l'habitat engage un an avant ce scrutin avec les associations nationales de locataires siégeant au sein de l'une des instances mentionnées au L. 421-9 des négociations relatives au protocole national d'organisation des élections. Ce protocole contient des recommandations aux organismes sur les modalités pratiques du scrutin et sur la prise en charge matérielle et financière des dépenses liées à l'élection. Ce protocole est signé par une ou plusieurs associations regroupant au moins 50 % des voix des locataires obtenues lors des précédentes élections nationales pour l'ensemble des organismes affiliés à la fédération des offices publics de l'habitat. ". Aux termes du 3ème alinéa : " Chaque office engage une concertation notamment avec les associations de locataires comptant des représentants élus au sein de son conseil d'administration afin d'élaborer un protocole électoral local. Le protocole est validé par le conseil d'administration de l'office. " Aux termes du 4ème alinéa : " Le vote est secret. Il a lieu par correspondance, par dépôt du bulletin dans une urne, ou, en plus de ces deux ou l'une de ces deux modalités, par voie électronique, au scrutin de liste à un tour avec représentation proportionnelle au plus fort reste, sans radiation ni panachage. () Le dépouillement du scrutin a lieu au siège de l'office. Il est effectué, en présence d'au moins un représentant de chaque liste de candidats, par un bureau comprenant le président du conseil d'administration ou son représentant et un membre du conseil d'administration ne représentant pas les locataires ou, lorsque l'élection a lieu en période d'administration provisoire de l'office, l'administrateur provisoire et une personne désignée à cette fin par le préfet du département du siège de l'office. Les résultats sont affichés immédiatement dans tous les immeubles de l'office. Un procès-verbal du résultat du scrutin est remis à chaque représentant des listes en présence ainsi qu'au préfet du département du siège de l'office. () Les réclamations contre les opérations électorales sont portées devant le tribunal administratif du lieu du siège de l'office dans les quinze jours suivant le dépouillement. Le tribunal statue dans un délai de trois mois à compter de l'enregistrement de la réclamation au greffe. La décision est notifiée dans les huit jours simultanément à toutes les parties en cause et adressée à leur domicile réel, par lettre recommandée avec accusé de réception, sans préjudice du droit des parties de faire signifier cette décision par voie d'huissier. Si le tribunal ordonne la production d'une preuve, il statue définitivement dans le mois suivant cette décision ".
5. Il résulte des dispositions de l'article 6 du protocole local de l'OPH de Bobigny, adopté par une délibération de son conseil d'administration en date du 14 octobre 2022, qu'il a été décidé d'organiser exclusivement un vote par correspondance, devant comporter, d'une part, une enveloppe externe dispensée d'affranchissement - dite " enveloppe T " - mise à la disposition des locataires, devant comporter les emplacements permettant à l'électeur d'y inscrire ses nom et adresse et, d'autre part, une enveloppe interne anonyme - dite " enveloppe bleue " - contenant le bulletin de vote. Il résulte en outre de l'article 8 du même protocole que le vote doit s'effectuer par le système du code-barres, que le matériel de vote se compose d'un " feuillet porte adresse " qui proposera une étiquette détachable à code-barres par liste et une carte de vote personnelle et que l'émargement des votants est réalisé via des codes-barres personnels désignant les électeurs, le prestataire disposant seul des fichiers informatiques permettant le recoupement.
6. Il résulte de l'instruction que pour voter par correspondance, les électeurs devaient envoyer une enveloppe T comportant l'adresse de l'OPH de Bobigny, qui ne comportait pas les emplacements permettant à l'électeur d'y inscrire ses nom et adresse empêchant ainsi l'identification du votant. En outre, alors que le matériel de vote ne comprenait pas non plus l'enveloppe interne permettant de garantir le secret du vote, il est constant qu'aucune liste d'émargement n'a été établie. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir que de telles modalités de vote par correspondance qui n'étaient pas prévues par les dispositions précitées du protocole local qui revêt, du fait de son adoption par le conseil d'administration, un caractère réglementaire, comme la violation du caractère personnel du vote, sont de nature, quel que soit l'écart de voix entre les listes en présence, à altérer la sincérité du scrutin.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs, de prononcer l'annulation de l'ensemble des opérations électorales.
D E C I D E :
Article 1er : Les opérations électorales organisées le 15 décembre 2022 en vue de l'élection des représentants des locataires siégeant au conseil d'administration de l'office public de l'habitat de Bobigny sont annulées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'amicale CNL Jean Moulin, à M. F B, à Mme R O, à Mme K Q, à Mme E J, à Mme N S, à M. M A, à M. H I, à M. D P, à la confédération de la consommation et du cadre de vie et à Famille de France, à la confédération de la consommation et du cadre de vie, à Famille de France-Union nationale des locataires indépendants et à l'office public de l'Habitat Est Ensemble Habitat.
Copie en sera délivrée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Hoffmann, président du tribunal,
M. Marias, premier conseiller,
Mme Parent, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
Le président-rapporteur, L'assesseur le plus ancien,
M. L H. Marias La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026