Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mars et 24 octobre 2023 sous le n° 2302699, la société Banque française commerciale océan indien, représentée par la SAS Delcade, demande au tribunal :
1°) la réduction, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour les périodes du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 et du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016, à concurrence respectivement de 265 975 euros et 228 495 euros en droits, assortie des intérêts moratoires ;
2°) la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, assortie des intérêts moratoires ;
3°) et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les commissions de paiement et retrait hors zone euro relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 11° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions interbancaires de paiement, en tant que la prestation principale servie est la garantie de paiement, relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions facturées aux clients commerçants, en tant que la prestation principale servie est la garantie de paiement, relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions rémunérant la faculté offerte aux clients d’utiliser un découvert bancaire relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- elle est en droit d’opter pour l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée en application de l’article 260 B du code général des impôts pour les commissions précitées dès lors que le caractère global de cette option, prévue par ces dispositions, est contraire aux articles 135 et 137 de la directive n° 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, dont elles assurent la transposition.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 août et 18 décembre 2023, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l’instruction a été fixée au 25 août 2025.
En application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de soulever d’office l’irrecevabilité des conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires, faute de litige né et actuel avec le comptable public.
La société Banque française commerciale océan indien a présenté des observations le 13 novembre 2025, qui ont été communiquées.
II. Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023 sous le n° 2315155, la société anonyme Banque française commerciale océan indien, représentée par la SAS Delcade, demande au tribunal :
1°) la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020, assortie des intérêts moratoires ;
2°) et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les commissions de paiement et retrait hors zone euro relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 11° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions interbancaires de paiement, en tant que la prestation principale servie est la garantie de paiement, relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions facturées aux clients commerçants, en tant que la prestation principale servie est la garantie de paiement, relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions rémunérant la faculté offerte aux clients d’utiliser un découvert bancaire relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- elle est en droit d’opter pour l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée en application de l’article 260 B du code général des impôts pour les commissions précitées dès lors que le caractère global de cette option, prévue par ces dispositions, est contraire aux articles 135 et 137 de la directive n° 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, dont elles assurent la transposition.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant au paiement d’intérêts moratoires sont irrecevables ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l’instruction a été fixée au 29 octobre 2025.
III. Par une réclamation en date du 13 avril 2023, soumise d’office au tribunal le 18 décembre 2023 par le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales, enregistrée le même jour sous le n° 2315162 et valant requête en application des articles R. 199-1 et R. 200-3 du livre des procédures fiscales, ainsi qu’un mémoire enregistré le 8 avril 2024, la société anonyme Banque française commerciale océan indien demande au tribunal :
1°) la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020, assortie des intérêts moratoires ;
2°) et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les commissions de paiement et retrait hors zone euro relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 11° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions interbancaires de paiement, en tant que la prestation principale servie est la garantie de paiement, relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions facturées aux clients commerçants, en tant que la prestation principale servie est la garantie de paiement, relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- les commissions rémunérant la faculté offerte aux clients d’utiliser un découvert bancaire relèvent de l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le 5° de l’article 260 C du code général des impôts ;
- elle est en droit d’opter pour l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée en application de l’article 260 B du code général des impôts pour les commissions précitées dès lors que le caractère global de cette option, prévue par ces dispositions, est contraire aux articles 135 et 137 de la directive n° 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, dont elles assurent la transposition.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 décembre 2023 et le 5 décembre 2024, le second mémoire n’ayant pas été communiqué, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant au paiement d’intérêts moratoires sont irrecevables ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l’instruction a été fixée au 8 juillet 2025.
Vu :
- l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme n° 36677/97 du 16 avril 2002,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Ghazi Fakhr, première conseillère ;
et les conclusions de M. Aymard, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
La société anonyme (SA) Banque française commerciale océan indien a opté, au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2020 et en application de l’article 260 B du code général des impôts, pour l’assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée des opérations qui se rattachent aux activités bancaires et financières. Elle a toutefois estimé que certaines des opérations réalisées n’étaient pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée en application de l’exonération prévue par l’article 260 C du même code, nonobstant l’option exercée, et n’a dès lors pas collecté la taxe afférente à ces opérations. Au terme de vérifications de comptabilité, l’administration a notamment mis à la charge de la société Banque française commerciale océan indien des rappels de taxe sur la valeur ajoutée afférents à ces opérations. Par ses requêtes, la société Banque française commerciale océan indien sollicite la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mises à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2020 en ce qu’ils se rapportent à ces commissions.
Les requêtes susvisées présentent à juger des questions semblables, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
Aux termes de l’article 261 C du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : « Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / 1° Les opérations bancaires et financières suivantes : / c. Les opérations, y compris la négociation, concernant les dépôts de fonds, comptes courants, paiements, virements, créances, chèques et autres effets de commerce, à l'exception du recouvrement de créances ; (…) d. Les opérations, y compris la négociation, portant sur les devises, les billets de banque et les monnaies qui sont des moyens de paiement légaux à l'exception des monnaies et billets de collection (…) ». Aux termes de l’article 260 B du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : « Les opérations qui se rattachent aux activités bancaires, financières et, d'une manière générale, au commerce des valeurs et de l'argent, telles que ces activités sont définies par décret, peuvent, lorsqu'elles sont exonérées de taxe sur la valeur ajoutée, être soumises sur option à cette taxe. / L'option s'applique à l'ensemble de ces opérations. (…) ». Enfin, l’article 260 C du même code prévoit que, nonobstant l’option exercée, certaines opérations demeurent exonérées de taxe sur la valeur ajoutée : « L'option mentionnée à l'article 260 B ne s'applique pas : / (…) 4° Aux intérêts, agios, rémunérations de prêts de titres effectués dans les conditions prévues aux articles L. 211-22 à L. 211-26 du code monétaire et financier, aux profits tirés des pensions réalisées dans les conditions prévues par les articles L. 211-27 à L. 211-34 du même code ; / 5° Aux rémunérations assimilables à des intérêts ou agios dont la liste est établie par arrêté du ministre chargé des finances ; / (…) 11° Aux opérations visées aux d et g du 1° de l'article 261 C ; (…) ».
Aux termes de l’article 135 de la directive du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée : « 1. Les États membres exonèrent les opérations suivantes : / (…) d) les opérations, y compris la négociation, concernant les dépôts de fonds, comptes courants, paiements, virements, créances, chèques et autres effets de commerce, à l'exception du recouvrement de créances ; / e) les opérations, y compris la négociation, portant sur les devises, les billets de banque et les monnaies qui sont des moyens de paiement légaux, à l'exception des monnaies et billets de collection, à savoir les pièces en or, en argent ou en autre métal, ainsi que les billets, qui ne sont pas normalement utilisés dans leur fonction comme moyen de paiement légal ou qui présentent un intérêt numismatique ; / (…) Les États membres peuvent prévoir des exclusions supplémentaires au champ d’application de l’exonération prévue au paragraphe 1, point l). ». Aux termes de l’article 137 de la même directive : « 1. Les États membres peuvent accorder à leurs assujettis le droit d’opter pour la taxation des opérations suivantes : /
a) les opérations financières visées à l'article 135, paragraphe 1, points b) à g); / (…) 2. Les États membres déterminent les modalités de l’exercice du droit d’option prévu au paragraphe 1. / Les États membres peuvent restreindre la portée de ce droit. »
Il résulte de ces dispositions éclairées par la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que, dans la mesure où les dispositions de l’article 137 de la directive ne précisent pas à quelles conditions et selon quelles modalités la portée du droit d’opter pour la taxation des opérations bancaires peut être restreinte, il appartient à chaque État membre de préciser, dans son droit national, la portée du droit d’option et d’édicter les règles en vertu desquelles certains assujettis peuvent bénéficier de ce droit. Toutefois, ces dispositions ne confèrent pas aux États membres la faculté de subordonner à des conditions ou de restreindre de quelque manière que ce soit les exonérations prévues par le 1 de l’article 135, mais leur réserve simplement la faculté d’ouvrir, dans une mesure plus ou moins large, aux bénéficiaires de ces exonérations, la possibilité d’opter eux-mêmes pour la taxation, s’ils estiment que tel est leur intérêt. Ce faisant, l’article 260 B du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur pour les années en litige, est contraire au droit de l’Union européenne en tant qu’il prévoit que l'option d’assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée s'applique à l'ensemble des opérations et ne permet pas de distinguer opération par opération l’option exercée.
La société Banque française commerciale océan indien sollicite le droit de différencier l’option qu’elle a exercée initialement en excluant les commissions objet des rappels en litige de l’option d’assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée. Il résulte de l’instruction que la société requérante n’a pas collecté la taxe sur la valeur ajoutée sur les opérations objet des rappels en litige, qui toutes relèvent du champ d’application de l’article de l’article 261 C du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable, et qu’il n’existe dès lors aucun risque de perte de recettes fiscales. Ce faisant, afin d’assurer l’effet utile du droit de l’Union européenne et alors qu’elle n’a pu exclure les opérations en cause de l’option pour l’assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée en raison des dispositions de l’article 260 B du code général des impôts dans sa rédaction alors en vigueur qui lui imposaient d’exercer l’option de manière globale, la société Banque française commerciale océan indien est fondée à soutenir qu’elle est en droit de bénéficier d’une exonération de cette taxe s’agissant de ces mêmes opérations, en application de l’article 261 C du code général des impôts.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens des requêtes, que la société Banque française commerciale océan indien est fondée à solliciter la décharge et la réduction, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2020 à raison des opérations en litige.
Sur les conclusions tendant au paiement d’intérêts moratoires :
Aux termes du premier alinéa de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : « Quand l'État est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Ces intérêts sont également dus lorsque l'administration prononce un dégrèvement pour corriger une erreur qu'elle a commise dans l'établissement de l'assiette ou le calcul des impositions. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés. » Aux termes de l'article R. 208-1 du même livre : « (…) Ces intérêts sont calculés sur la totalité des sommes remboursées au contribuable au titre de l'impôt objet du règlement. / Ils sont payés d'office en même temps que les sommes remboursées par le comptable chargé du recouvrement des impôts. ».
En l’absence de litige né et actuel opposant la société requérante au comptable public chargé du remboursement des sommes en litige concernant le versement des intérêts moratoires, les conclusions tendant au versement par l’administration de ces intérêts ne peuvent qu’être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Il y a lieu, en l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante dans les présentes instances, le versement à la requérante d’une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La SA Banque française commerciale océan indien est déchargée, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, à concurrence de 295 975 euros en droits et 29 257 euros en pénalités au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 et à concurrence de 228 495 euros en droits et 14 167 euros en pén
alités au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016.
Article 2 : La SA Banque française commerciale océan indien est déchargée, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020.
Article 3 : L’Etat versera à la SA Banque française commerciale océan indien une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Banque française commerciale océan indien et au directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales.
Délibéré après l’audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Marchand, président,
- Mme Ghazi Fakhr, première conseillère.,
- Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
La rapporteure,
Le président,
Signé
Signé
A. Ghazi Fakhr
A. Marchand
La greffière,
Signé
C. Yen Pon
La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.