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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303066

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303066

vendredi 26 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303066
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantBERNARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a été saisi par Mme B..., reconnue prioritaire pour un logement d'urgence par la commission de médiation le 15 avril 2020, qui n'a reçu aucune proposition de relogement. Elle demandait la condamnation de l'État à lui verser 5 000 euros pour les troubles dans ses conditions d'existence. Le tribunal a jugé que la carence fautive de l'État engage sa responsabilité, mais a tenu compte de la suspension des délais due à l'état d'urgence sanitaire (ordonnance du 25 mars 2020). La solution retenue est que l'État est condamné à verser à Mme B... une somme de 1 500 euros, en application des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars 2023 et 1er septembre 2025, Mme A... D... épouse B..., représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B... soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a reçu aucune proposition de logement, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable ;
- l’absence de relogement lui cause des troubles dans les conditions d’existence.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas présenté de mémoire en défense.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C... pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme C... a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n’étaient pas présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 15 avril 2020, désigné Mme B... comme prioritaire et devant être logée en urgence. N’ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B... a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier du 23 novembre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'État à toute personne qui (…) n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

Aux termes du I de l’article 1er de l’ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : « I. ‒ Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ». Aux termes de l’article 6 : « Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ». Aux termes des deux premiers alinéas de l’article 7 : « Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ».

Le 15 avril 2020, la commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B.... Il résulte des dispositions citées au point précédent que le délai de six mois, initialement imparti au préfet de la Seine-Saint-Denis pour faire une offre de logement à la requérante, a commencé à courir le 24 juin 2020 et a donc expiré le 24 décembre 2020.

La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B... le 15 avril 2020 au motif qu’elle était en attente d’un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, la décision de la commission valant pour trois personnes.

Il résulte de l’instruction, en particulier du contrat de bail produit par la requérante, qu’elle vit avec ses deux enfants mineurs dans un logement composé de deux pièces d’une superficie de 48,51 m2 moyennant un loyer, qui s’élève à 930 euros charges comprises qui apparaît comme disproportionné par rapport à ses ressources d’environ 1 700 euros, alors qu’elle assume, en outre, la charge de ses deux enfants nés en 2006 et 2008. La persistance de cette situation, à compter du 24 décembre 2020, date à laquelle la carence de l’Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à la requérante des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 3 700 euros.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à Mme B... la somme de 3 700 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.


Sur les frais liés à l’instance :

Mme B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Bernard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Bernard de la somme de 1 100 euros.


D E C I D E :


Article 1er : L’Etat versera à Mme B... la somme de 3 700 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l’Etat la somme de 1 100 euros à verser à Me Bernard, conseil de Mme B..., sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... D... épouse B..., à Me Bernard et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2025.


La magistrate désignée

H. C...
La greffière

L. DESTOUR





La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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