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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303157

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303157

vendredi 26 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303157
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantKEITA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil a été saisi par Mme D..., reconnue prioritaire et devant être logée en urgence depuis 2018, qui demandait réparation pour l'absence de relogement. La responsabilité de l'État a été engagée pour carence fautive à exécuter la décision de la commission de médiation, sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le tribunal a limité la période d'indemnisation à compter du 28 septembre 2021, date d'un précédent jugement ayant déjà condamné l'État, et a reconnu des troubles dans les conditions d'existence. La solution retient donc une condamnation de l'État à verser une somme, sans préciser le montant dans cet extrait, pour les préjudices subis entre cette date et le jugement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et par un mémoire, enregistrés les 15 mars 2023 et le 10 août 2025, Mme A... B... épouse D..., représentée par Me Keita, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a reçu aucune proposition de logement, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable ;
- l’absence de relogement lui cause des troubles dans les conditions d’existence.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas présenté de mémoire en défense.

Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C... pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme C... a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n’étaient pas présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.



Considérant ce qui suit :

La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 31 janvier 2018, désigné Mme D... comme prioritaire et devant être logée en urgence. En l’absence de proposition de logement, Mme D... a saisi le tribunal administratif de Montreuil qui a, par jugement n° 2005986 du 28 septembre 2021, condamné l’Etat à lui verser la somme de 3 500 euros en raison des préjudices subis. N’ayant pas reçu de proposition de logement, Mme D... a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier notifié le 29 juillet 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme D... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 25 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'État à toute personne qui (…) n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme D... le 31 janvier 2018 au motif qu’elle était dépourvue de logement ou hébergée chez un particulier, la décision de la commission valant pour elle et ses quatre enfants nés en 2005, 2013, 2015 et 2017. Il résulte en effet de l’instruction que la requérante a été hébergée par une association et bénéficie désormais d’une domiciliation administrative auprès du Secours Catholique. Elle n’a, à la date du présent jugement, pas bénéficié de relogement. La persistance de cette situation, à compter du 31 juillet 2018, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme D... des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Toutefois, la responsabilité de l’Etat ne saurait être engagée antérieurement au 28 septembre 2021, date de lecture du jugement mentionné au point 1 et condamnant l’Etat à lui verser la somme de 3 500 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement. En outre, il ne résulte pas de l’instruction que le fils né le 20 mai 2005, désormais majeur, vivrait au foyer depuis sa majorité au sens donné à cette notion par les dispositions de l’article L. 442-12 du code de la construction et de l’habitation, soit depuis le 20 mai 2023. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la composition du loyer au cours de la période d’indemnisation, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l’indemnisation due à la somme de 4 300 euros.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à Mme D... la somme de 4 300 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Mme D... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Keita, conseil de Mme D..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Keita de la somme de 1 100 euros.


D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme D... la somme de 4 300 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l’Etat la somme de 1 100 euros à verser à Me Keita, conseil de Mme D..., sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... épouse D..., à Me Keita et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2025.


La magistrate désignée

H. C...
La greffière

L. DESTOUR





La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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