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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2305029

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2305029

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2305029
TypeDécision
Formation11ème chambre
Avocat requérantGLEIZES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. C, ressortissant serbe, qui contestait le refus de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle en qualité de parent d'enfant français. Le tribunal a estimé que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en se fondant sur l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la présence de l'intéressé constituant une menace pour l'ordre public en raison de condamnations pénales récentes pour vol qualifié et refus d'obtempérer. Cependant, le tribunal a annulé l'arrêté préfectoral pour méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, au vu de l'atteinte disproportionnée portée à la vie privée et familiale de M. C.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril 2023 et 22 décembre 2023 M. B C, représenté par Me Gleizes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour dont le renouvellement est sollicité, dans le délai d'un mois, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision en litige :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'erreur de droit, dès lors que le renouvellement d'un titre de séjour n'entre pas dans les prévisions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à supposer que ces dispositions lui soient applicables, est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 17 octobre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2305030 du 28 avril 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Par une ordonnance du 29 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée le 13 février 2025.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias,

- les observations de Me Gleizes pour le requérant.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant serbe né le 6 août 1977, demande l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle en qualité de parent d'enfant français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". L'article L. 412-5 de ce code prévoit : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

3. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le 2 juillet 2019 à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis assortie d'une interdiction de séjour pendant deux ans, pour des faits de vol qualifié commis le 29 juin 2019, ainsi que, le 2 mai 2020, à 700 euros d'amende pour refus, par un conducteur de véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité. Ces infractions par leur nature et leur faible ancienneté à la date de la décision contestée, sont de nature à faire regarder le comportement de M. C comme constituant une menace suffisamment grave et actuelle pour l'ordre public. Par suite, en tirant motif de tels faits pour refuser à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C réside en France depuis le 23 juillet 2011, date à laquelle il a rejoint ses parents. Sa mère et ses trois frères sont en situation régulière sur le territoire français et il n'est pas contesté que l'ensemble de sa famille y est présente et qu'il n'a plus d'attaches en Serbie. Il a également rencontré en France sa compagne, de nationalité française et un fils, de nationalité française, est né le 21 juin 2016 de cette union. Si M. C est aujourd'hui séparé de celle-ci, il exerce, conjointement avec elle, conformément à une ordonnance du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Bobigny, l'autorité parentale sur son enfant et contribue à son entretien, par le versement d'une pension alimentaire mensuelle, et à son éducation, en exerçant un droit de visite et d'hébergement. Par suite, dans les circonstances de l'espèce et en dépit de la menace pour l'ordre public que représente le comportement de l'intéressé, la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en litige a porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et a ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté en litige doit être annulé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le motif de cette annulation implique qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de renouveler la carte de séjour de M. C dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis), partie perdante, la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 9 mars 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de renouveler le titre de séjour de M. C dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Israël, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

Le rapporteur,

M. Marias

Le président,

M. IsraëlLa greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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