Le Tribunal Administratif de Montreuil a condamné l'État à indemniser Mme C... pour son absence de relogement, suite à sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 11 mars 2015. La carence fautive de l'État a été retenue à compter du 11 septembre 2015, sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le tribunal a évalué le préjudice subi par Mme C..., dont le loyer (952 euros) était disproportionné par rapport à ses ressources (environ 1 692 euros mensuels), et a fixé l'indemnisation à 5 000 euros pour la période allant du 11 septembre 2015 au 22 novembre 2023.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, Mme B... C..., représentée par Me Nkoum, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de statuer sur les dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation du droit au logement opposable en date du 11 mars 2021 ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence, en ce qu’elle est contrainte d’être hébergée dans un logement exigu du parc privé à Bondy dont le montant du loyer, 952 euros, est onéreux par rapport à ses ressources.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A... pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.
Mme C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2022.
En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. A... a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du
11 mars 2015, désigné Mme C... comme prioritaire et devant être relogée en urgence. N’ayant pas reçu de proposition de logement, Mme C... a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 22 février 2023. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme C... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité :
D’une part, aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».
Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article
L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
Il résulte de l'instruction que la commission de médiation du droit au logement opposable a reconnu le 11 mars 2015 le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C... au motif qu’elle était en attente d’un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. La requérante est, dès lors, fondée à soutenir que la carence de l’État à assurer son relogement, fautive à compter du 11 septembre 2015, a entraîné des troubles dans ses conditions d’existence devant être réparés. La période d’indemnisation s’étend donc du
11 septembre 2015 au 22 novembre 2023, date à laquelle la requérante ne justifie plus de la régularité de son séjour en France, son récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour expirant à cette date. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et compte tenu du loyer de 952 euros dont la requérante s’acquitte mensuellement pour se loger dans le parc privé à Bondy, disproportionné au regard de ses ressources composées de revenus d’activité représentant environ 1 350 euros mensuels, ainsi que d’aides de la caisse d’allocations familiales d’un montant mensuel de 342 euros, et dans la mesure où son loyer représente plus de la moitié de ses revenus, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la requérante dont le foyer se compose de Mme C... et de sa fille née en 2006, en lui allouant la somme de 5 000 euros.
Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’Etat à verser à Mme C... la somme de 5 000 euros.
Sur les dépens :
La présente instance n’ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de la requérante tendant à la mise à la charge de l’Etat des dépens de l’instance ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme C... la somme de 5 000 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C..., à Me Nkoum et au ministre de la ville et du logement.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.
Le magistrat désigné
A. A...
La greffière
L. Valcy
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.