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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2309639

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2309639

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2309639
TypeDécision
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCOHEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de M. A contestant plusieurs décisions de retrait de points de son permis de conduire. Le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait, jugeant que cette notification n'affecte pas la légalité des retraits mais seulement leur opposabilité. Concernant le défaut d'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le tribunal a rappelé que l'administration doit prouver la délivrance de ces informations, constituant une garantie essentielle pour le conducteur. La solution finale n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le tribunal a statué sur les moyens soulevés en application du code de la route et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 août 2023 et 30 mai 2024, M. B A, représenté par Me Cohen, demande au tribunal, dans le dernier état des écritures :

1°) d'annuler les décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des 29 juin 2022, 11 août 2022, 6 août 2022, 31 décembre 2021, 26 décembre 2021, 23 décembre 2021, 15 décembre 2021, 27 septembre 2021, 22 septembre 2021, 24 juillet 2021 et 4 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points ;

- la réalité des infractions n'est pas établie ;

- le non-lieu à statuer sur les conclusions relatives à la 48SI est sans incidence sur les décisions de retrait de points rendues opposables par la notification de la décision 48SI ;

- les décisions portant retrait de points ne lui ont pas été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les mentions de l'infraction du 7 août 2022 et de la décision 48SI du 8 mars 2023 ont été supprimées du relevé d'information intégral ;

- les moyens soulevés par le requérant contre les autres décisions portant retrait de points ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Syndique a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le dernier état de ses écritures, après retrait de la décision référencée 48SI du 8 mars 2023 et de la décision relative à l'infraction du 7 août 2022, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 29 juin 2022, 11 août 2022, 6 août 2022, 31 décembre 2021, 26 décembre 2021, 23 décembre 2021, 15 décembre 2021, 27 septembre 2021, 22 septembre 2021, 24 juillet 2021 et 4 février 2020.

Sur le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " () Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique () ". Les conditions de la notification au conducteur des décisions de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des décisions successives de retrait de points est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

En ce qui concerne les infractions des 29 juin 2022, 11 août 2022, 6 août 2022, 31 décembre 2021, 26 décembre 2021, 23 décembre 2021, 15 décembre 2021, 27 septembre 2021, 22 septembre 2021 et 4 février 2020 :

5. Il résulte du relevé d'information intégral que les infractions relevées par radar automatique les 29 juin 2022, 11 août 2022, 6 août 2022, 31 décembre 2021, 26 décembre 2021, 23 décembre 2021, 15 décembre 2021, 27 septembre 2021, 22 septembre 2021 et 4 février 2020 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucune copie d'un document attestant du paiement spontané de ces amendes ou copie des avis de contravention adressés à l'intéressé, de nature à établir que M. A aurait nécessairement reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité les décisions en cause dès lors qu'en l'espèce, il a privé l'intéressé de la garantie d'information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification de l'infraction constatée, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que les décisions de retrait correspondant aux infractions commises les 29 juin 2022, 11 août 2022, 6 août 2022, 31 décembre 2021, 26 décembre 2021, 23 décembre 2021, 15 décembre 2021, 27 septembre 2021, 22 septembre 2021 et 4 février 2020 doivent être regardées comme étant intervenues au terme de procédures irrégulières.

En ce qui concerne l'infraction du 24 juillet 2021 :

6. Il résulte de l'instruction que l'avis d'amende forfaitaire majorée relatif à l'infraction du 24 juillet 2021, comportant l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, a été expédié par l'administration le 13 janvier 2022 par lettre recommandée n° 2D 045 446 6612 8 à une adresse dont il n'est pas contesté qu'elle était à cette date celle de l'intéressé. Le pli retourné à l'administration et produit par le ministre de l'intérieur porte la mention " Pli avisé et non réclamé " ainsi que la date de présentation. Ces éléments sont suffisants pour établir qu'un avis de passage a été laissé au domicile du requérant et, par suite, que l'avis d'amende forfaitaire majorée relatif à cette infraction a été notifié à la date de présentation, alors même que, contrairement à ce qu'exige pourtant l'instruction postale du 6 septembre 1990, le préposé de La Poste n'a pas reporté sur l'enveloppe contenant le pli recommandé l'adresse du bureau de poste où ce pli pouvait être retiré. Il suit de là que la décision de retrait de points correspondant à l'infraction commise le 24 juillet 2021 doit être regardée comme étant intervenue au terme d'une procédure régulière.

Sur le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

7. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". Il résulte de ces disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur qu'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 24 juillet 2021 a été émis, sans que M. A n'établisse qu'il aurait déposé une réclamation en ayant entraîné l'annulation. Par suite, la réalité de cette infraction est établie.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation des décisions portant chacune retrait d'un point intervenues à la suite des infractions commises les 29 juin 2022, 11 août 2022, 6 août 2022, 31 décembre 2021, 26 décembre 2021, 23 décembre 2021, 15 décembre 2021, 27 septembre 2021, 22 septembre 2021 et 4 février 2020.

Sur l'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à M. A le bénéfice des points restant affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer, à la date des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 29 juin 2022, 11 août 2022, 6 août 2022, 31 décembre 2021, 26 décembre 2021, 23 décembre 2021, 15 décembre 2021, 27 septembre 2021, 22 septembre 2021 et 4 février 2020, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des dix points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l'intéressé.

Sur les frais de l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du ministre de l'intérieur portant au total retrait de dix points affectés au permis de conduire de M. A à la suite des infractions des 29 juin 2022, 11 août 2022, 6 août 2022, 31 décembre 2021, 26 décembre 2021, 23 décembre 2021, 15 décembre 2021, 27 septembre 2021, 22 septembre 2021 et 4 février 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des dix points visés à l'article 1er, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

La magistrate désignée,

N. Syndique

Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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