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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2309982

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2309982

mercredi 1 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2309982
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantBIART

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a été saisi par Mme B..., reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par la commission de médiation le 23 octobre 2020, qui n'avait pas reçu d'offre de logement. Elle demandait réparation du préjudice subi du fait de cette carence fautive de l'État. Le tribunal a jugé que l'absence de relogement de Mme B... et de ses deux enfants, hébergés chez un tiers, constituait une faute de l'État à compter du 23 avril 2021, engageant sa responsabilité sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Il a condamné l'État à verser à Mme B... une somme de 3 000 euros en réparation des troubles dans ses conditions d'existence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2023, Mme C... B..., représentée par Me Biart, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 1 000 euros par an à compter du 23 avril 2021, jusqu’au jugement à intervenir, soit une somme globale de 3 000 euros, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;
- elle est hébergée avec ses deux enfants mineurs chez sa mère ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Bobigny du 16 mai 2023.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. A... pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. A... a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 23 octobre 2020, désigné Mme B... comme prioritaire et devant être relogée en urgence. Cette décision vaut pour trois personnes. N’ayant pas reçu de proposition de logement, elle a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 7 août 2023, réceptionné le 9 août suivant. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme B... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.

Sur la responsabilité :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B... le 23 octobre 2020 au motif qu’elle est dépourvue de logement et hébergée chez un particulier, cette décision valant pour trois personnes. Il résulte de l’instruction que la requérante a été initialement hébergée par un tiers. Il résulte également de l’instruction qu’elle a la garde de ses deux enfants nés en 2017 et 2018 en vertu d’un jugement de divorce du 7 décembre 2020, et qu’elle est également mère de deux autres enfants nés le 4 décembre 2023, dont elle a la charge selon l’attestation de la caisse d’allocations familiales versée, et le 26 mars 2025. La persistance de cette situation, à compter du 23 avril 2021, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme B... des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Si la requérante a été relogée, à compter du mois de mai 2025, pour un loyer de 850 euros, ce dernier est disproportionné à ses revenus, consistant en des prestations sociales d’en moyenne 1 500 euros sur la période allant d’août 2023 à juillet 2025. En revanche, alors qu’au nombre des conditions réglementaires d’accès au logement social figure notamment celle que la personne bénéficiaire séjourne régulièrement sur le territoire français, la requérante, de nationalité haïtienne, ne démontre la régularité de son séjour que du 7 février 2022 au 6 février 2023 puis du 15 juillet 2024 au 14 juillet 2025, en vertu de titres de séjour, et enfin jusqu’au 10 octobre 2025 en vertu d’un récépissé. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi sur la période indemnisable en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 2 100 euros.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à Mme B... la somme de 2 100 euros.

Sur les frais du litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Biart, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Biart de la somme de 1 080 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme B... la somme de 2 100 euros.

Article 2 : Il est mis à la charge de l’Etat la somme de 1 080 euros à verser à Me Biart en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B..., à Me Biart et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2025.


Le magistrat désigné

L. A...
La greffière

L. Destour




La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




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