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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2311036

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2311036

mardi 18 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2311036
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantABASSADE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil a été saisi par Mme A... née B..., reconnue prioritaire pour un relogement d'urgence par la commission de médiation en 2019, afin d'obtenir réparation des préjudices subis du fait de l'absence de relogement et la liquidation d'une astreinte. Le tribunal a rejeté comme irrecevables les conclusions relatives à la liquidation de l'astreinte, celles-ci relevant d'une procédure distincte. Sur le fond, le tribunal a reconnu la responsabilité de l'État pour carence fautive à exécuter la décision de la commission de médiation, engageant sa responsabilité pour les troubles dans les conditions d'existence. Il a condamné l'État à verser 3 000 euros à Mme A... en réparation de ses préjudices, en application des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2025, Mme C... A... née B..., représentée par Me Abassade, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de liquider l’astreinte de 750 euros par mois de retard prononcée par l’ordonnance du tribunal administratif de Montreuil du 27 janvier 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu’elle renonce à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;
- elle est hébergée avec son mari et ses trois enfants dans un logement exigu, dégradé et dont le loyer n’est pas adapté à ses capacités financières ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Mme A... née B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Bobigny du 3 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l’ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thomas Breton pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Breton, magistrat désigné, a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 2 octobre 2019, désigné Mme A... née B... comme prioritaire et devant être relogée en urgence. Cette décision vaut pour six personnes. Après avoir constaté qu’aucune proposition de logement n’avait été faite à Mme A... née B..., dans le délai imparti par cette décision, alors que persistait la situation d’urgence reconnue par la commission, le tribunal a, par une ordonnance n° 2006625 du 27 janvier 2021, enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer le logement de l’intéressée sous une astreinte destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement de 750 euros par mois de retard, courant à compter du 1er avril 2021. Par un courrier du 9 mai 2023, Mme A... née B... a saisi le préfet d’une demande indemnitaire préalable. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme A... née B... demande au tribunal de condamner l’Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis et de liquider l’astreinte prononcée par l’ordonnance du 27 janvier 2021 du tribunal administratif de Montreuil.

Sur les conclusions de la liquidation de l’astreinte :

Les conclusions tendant à ce que le tribunal liquide l’astreinte prononcée par l’ordonnance du 27 janvier 2021 relèvent d’un litige distinct dès lors qu’une procédure particulière est prévue à cette fin par les dispositions de l’article R. 778-8 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur la responsabilité :

D’une part, aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

D’autre part, aux termes du I de l’article 1er de l’ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : « I. ‒ Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ». Aux termes de l’article 6 de la même ordonnance : « Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ». Aux termes de l’article 7 de cette ordonnance : « Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ».

La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A... née B... le 2 octobre 2019, à titre dérogatoire. Il résulte des dispositions citées au point 4 que le délai de six mois initialement imparti au préfet pour faire une offre de logement à Mme A... née B... qui devait expirer le 2 avril 2020, a été suspendu le 12 mars 2020, avant de reprendre, pour sa durée restante, à compter du 24 juin 2020, et est donc échu le 15 juillet 2020. La requérante n’a pas été relogée et a continué d’être hébergée dans le logement qu’elle occupait avec son époux, leurs trois enfants mineurs, dont le dernier est né le 13 septembre 2022, soit postérieurement à la décision de la commission de médiation, ainsi que leurs deux ainés qui ont atteint l’âge de 21 ans respectivement les 22 avril 2022 et 7 février 2024. Par ailleurs, il résulte de l’instruction, notamment des termes de l’attestation de renouvellement de demande de logement social datée du 7 février 2025, que la requérante s’est installée avec sa famille dans un nouveau logement dont le loyer, qui s’élève à 1 350 euros charges comprises, est manifestement disproportionné par rapport à ses capacités financières. La persistance de cette situation, à compter du 15 juillet 2020, date à laquelle la carence de l’Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A... née B... des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la composition de la famille et de ce que la requérante justifie d’une attestation valide de renouvellement de demande de logement social, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi jusqu’à la date du présent jugement en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 6 800 euros.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’Etat à verser à Mme A... née B... la somme de 6 800 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais du litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Abassade, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Abassade de la somme demandée de 1 000 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme A... née B... la somme de 6 800 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L’Etat versera à Me Abassade la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... née B..., à Me Abassade et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2025.


Le magistrat désigné
T. Breton
La greffière,
A. Kouadio-Tiacoh



La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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