mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2312045 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | RIVOAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 10 octobre 2023 et 19 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Rivoal, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 9 318,90 euros avec intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet a commis une illégalité fautive en refusant de renouveler son titre de séjour, ce qui a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Montreuil du 17 mai 2021 ;
- son préjudice financier tiré du défaut de perception de l'allocation aux adultes handicapés doit être indemnisé à hauteur de 6 318,90 euros ;
- son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence doivent être indemnisés à hauteur de 3 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Israël ;
- les conclusions de Mme Lunshof, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Rivoal, représentant M. A.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 9 juillet 1991, a été victime en mars 2018 d'une tentative d'homicide. Il a obtenu un certificat de résidence algérien pour raisons de santé valable du 15 mars 2019 au 14 mars 2020. Il a présenté, le 1er juillet 2020, une demande tendant au renouvellement de ce certificat. Par un arrêté du 2 novembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par jugement du 17 mai 2021, le tribunal administratif de Montreuil a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de délivrer à M A un certificat de résidence. Estimant avoir subi différents préjudices, M. A a présenté une demande préalable indemnitaire reçue en préfecture le 13 juillet 2023. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née. M. A demande au tribunal la condamnation du préfet de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme globale de 9 318,90 euros en réparation des préjudices subis à raison de l'illégalité de l'arrêté du 2 novembre 2020.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Si toute illégalité qui entache une décision constitue en principe une faute de nature à engager la responsabilité de la collectivité au nom de laquelle cette décision a été prise, une telle faute ne peut donner lieu à la réparation du préjudice subi par le destinataire de la décision si la nature et le degré de gravité de l'illégalité empêchent de regarder le préjudice résultant de cette décision comme entretenant un lien de causalité direct avec cette illégalité, notamment si la même décision aurait pu être légalement prise dans le cadre d'une procédure régulière.
3. Par le jugement susmentionné du 17 mai 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du 2 novembre 2020 au motif que le préfet a méconnu les dispositions applicables en considérant que l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devait pas entrainer de conséquence d'une exceptionnelle gravité et que le traitement approprié existait dans le pays dont il est originaire. Eu égard à l'autorité de la chose jugée s'attachant aux motifs qui constituent le support nécessaire du dispositif de ce jugement, une telle illégalité est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, à compter du 2 novembre 2020. Par suite, M. A est fondé à obtenir l'indemnisation des préjudices en lien avec l'illégalité fautive de cet arrêté.
En ce qui concerne les préjudices :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 244-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les règles relatives à l'allocation aux adultes handicapés sont fixées par les dispositions [de l'article] () L. 821-5 () du code de la sécurité sociale ci-après reproduites : () L'allocation aux adultes handicapés est servie comme une prestation familiale. () ". Aux termes de l'article D. 512-1 du même code : " L'étranger qui demande à bénéficier de prestations familiales justifie la régularité de son séjour par la production d'un des titres de séjour ou documents suivants en cours de validité : () 7° Autorisation provisoire de séjour d'une validité supérieure à trois mois ; () ". Il en résulte que le bénéfice pour un étranger des prestations familiales est subordonné à la justification de la régularité de son séjour.
5. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu remettre le 13 avril 2021, en exécution du jugement annulant l'arrêté du 2 novembre 2020, une autorisation provisoire de séjour valable pour trois mois. En application de l'article D. 512-1 du code de la sécurité sociale, il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier des prestations familiales du mois de janvier 2021 à juillet 2020, les autorisations provisoires de séjour dont il était titulaire ne dépassant pas trois mois. Le requérant produit une attestation du directeur de la caisse d'allocation de la Seine-Saint-Denis certifiant qu'il n'a pas perçu l'allocation aux adultes handicapés pour les mois de janvier à juillet 2021. Dès lors l'illégalité de l'arrêté du 2 novembre 2020, annulé par jugement du tribunal administratif de Montreuil du 17 mai 2021 a eu pour effet de le priver par voie de conséquence du versement en application de l'article D. 512-1 du code de la sécurité sociale, de l'allocation aux adultes handicapés. Il existe donc un lien direct et certain de causalité entre l'illégalité dudit arrêté et le versement de l'allocation aux adultes handicapés pour la période de janvier à juillet 2021. Il résulte de l'instruction que le montant mensuel de cette allocation était fixé à 902,70 euros de janvier à mars 2021, puis à 903,60 euros d'avril à juillet. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi en allouant au requérant la somme de 6 322,50 euros.
6. En second lieu, M. A soutient qu'en raison de l'illégalité de l'arrêté du 2 novembre 2020, il a subi des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral liés à l'incertitude de son devenir et à la circonstance que ses proches, qui s'occupaient déjà de lui à plein temps, ont dû aussi le soutenir financièrement. Au regard de ce qui a été dit précédemment et de la gravité de la situation de M. A, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence en lui allouant une somme de 1 500 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A la somme totale de 7 822,50 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices.
Sur les intérêts :
8. M. A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 6 822,50 euros à compter du 13 juillet 2023, date de la réception de sa demande d'indemnisation par le préfet de la Seine-Saint-Denis.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis), qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme de 7 822,50 euros à M. A. Cette somme portera intérêts à compter du 13 juillet 2023.
Article 2 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. A une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
M. Israël, premier conseiller,
Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
M. Israël
La présidente,
Mme DelamarreLa greffière,
Mme B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026