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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2312502

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2312502

mardi 18 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2312502
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantDJEUMAIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de Mme B... qui demandait 15 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'absence de relogement par l'État, malgré sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation en octobre 2021. La juridiction a estimé que la responsabilité pour faute de l'État n'était pas engagée, faute pour la requérante de justifier de troubles dans ses conditions d'existence liés à un logement inadapté. Le tribunal s'est fondé sur les articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que sur la jurisprudence relative à la carence fautive de l'État. En l'absence de preuve suffisante de la sur-occupation ou de l'insalubrité du logement, la demande indemnitaire a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2023, Mme A... B..., représentée par Me Djeumain, demande au tribunal de condamner l’Etat à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;
- elle est hébergée avec son époux et ses trois enfants dans un logement inadapté à leur situation et présentant un caractère insalubre ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.


La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Anne-Laure Fabre pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Fabre, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 20 octobre 2021, désigné Mme B... comme prioritaire et devant être relogée en urgence. Cette décision vaut pour quatre personnes. Après avoir constaté qu’aucune proposition de logement n’avait été faite à Mme B..., dans le délai imparti par cette décision, alors que persistait la situation d’urgence reconnue par la commission, le tribunal a, par une ordonnance du 15 juin 2022, enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer le logement de l’intéressée sous une astreinte destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement de 600 euros par mois de retard, courant à compter du 1er septembre 2022. Par un courrier du 22 octobre 2023, Mme B... a saisi le préfet d’une demande indemnitaire préalable. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme B... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et
L. 441-2-3-1 ».

3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article
L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B... le 20 octobre 2021 au motif que son logement était sur-occupé avec enfant mineur à charge. Mme B... soutient vivre depuis le 1er janvier 2022 dans un logement de 31 mètres carrés composé de deux pièces pour un loyer de 550 euros par mois. Toutefois, le contrat de location meublée produit à l’instance ne mentionne pas la surface habitable dudit logement. En l’absence d’autres éléments probants sur le caractère inadapté du logement à ses besoins et capacités, la requérante ne justifie pas de l’existence d’un préjudice du fait d’une sur-occupation de son logement. Ainsi, il ne résulte pas de l’instruction que le maintien de la requérante dans ce logement aurait entraîné des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B... épouse C... doivent être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... épouse C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... épouse C... et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2025.


La magistrate désignée,

A.-L. Fabre
La greffière,

A. Kouadio-Tiacoh




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




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