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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2312919

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2312919

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2312919
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Salmon, représentée par Me Evin, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'université Paris 8 à lui verser la somme de 3 801,60 euros TTC au titre de la facture n° 18-0373 du 27 septembre 2018 ainsi que les intérêts moratoires correspondants aux jours de retard ;

2°) de condamner l'université Paris 8 à lui verser la somme de 2 688,02 euros au titre des intérêts moratoires au titre de la facture n° 18-0370 du 27 septembre 2018 ;

3°) de condamner l'université Paris 8 à lui verser la somme de 182,86 euros au titre des frais du commissaire de justice mandaté pour procéder au recouvrement des sommes dues ;

4°) de condamner l'université Paris 8 à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle dispose de créances non sérieusement contestable en qualité de titulaire des lots n°1 et n°2 de l'accord cadre n° 2015AF14 de maintenance préventive et corrective des installations de sécurité incendie tenant en premier lieu aux intérêts moratoires afférents aux 1743 jours de retard de paiement de la facture n°18-0370 du 27 septembre 2018 qui n'a été réglée que le 7 juillet 2023 ; sa créance d'un montant de 3 801,60 euros TTC correspondant à un bon de travaux n°40 du 27 septembre 2018 et à une facture n°18-0373 n'a pas été réglée et cette somme doit être majorée des intérêts moratoires à hauteur de 2 208,47 euros pour 1767 jours de retard et de l'indemnité forfaitaire de 40 euros ; la facture du commissaire de justice d'un montant de 182,86 euros pour des diligences réalisées le 6 février 2023 en vue du recouvrement des sommes dues constitue également une créance non sérieusement contestable ;

- des factures postérieures pour des bons de commande émis en 2019 et 2020 ont été acquittées ; l'université n'a pas acté de désaccord écrit explicite et non équivoque.

Le 02 novembre 2023, la requête a été communiquée à l'université Paris VIII Vincennes - Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 28 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code de la commande publique ;

- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Silvy, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. L'Université Paris VIII Vincennes - Saint-Denis (" Université Paris 8 ") a lancé en 2015 une consultation pour l'attribution d'un accord-cadre de services 2015AF14 à bons de commande portant sur la " maintenance préventive et corrective des installations de sécurité incendie " selon la procédure d'appel d'offres ouvert. La société par actions simplifiée (SAS) Salmon a présenté des offres pour deux lots, le lot n° 1 " Maintenance préventive et corrective des systèmes de sécurité incendie des bâtiments A, Modulaires, B, C, D, G, L, Maison de l'Etudiant (site principal) ", et le lot n° 2 " Maintenance préventive et corrective des systèmes de sécurité incendie et des installations de désenfumage du bâtiment Bibliothèque (site principal) " qui lui ont été attribués le 17 décembre 2015. La SAS Salmon a adressé une mise en demeure de payer les sommes restant dues au titre de l'exécution de ce marché le 12 juillet 2023, reçue le 13 juillet 2023 par l'Université Paris 8. Par la présente requête, la SAS Salmon demande au juge des référés que l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis soit condamnée à lui verser à titre de provision les sommes de 3 801,60 euros TTC au titre de la facture n° 18-0373 du 27 septembre 2018 ainsi que les intérêts moratoires correspondants, de 2 688,02 euros TTC au titre des intérêts moratoires afférents à la facture n° 18-0370 du 27 septembre 2018 et de 182,86 euros au titre des frais du commissaire de justice mandaté pour procéder au recouvrement de ces sommes.

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 38 de la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 reprises à l'article L. 2192-12 du code de la commande publique : " Le retard de paiement est constitué lorsque les sommes dues au créancier, qui a rempli ses obligations légales et contractuelles, ne sont pas versées par le pouvoir adjudicateur à l'échéance prévue au marché ou à l'expiration du délai de paiement ". Aux termes de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique codifiant les dispositions de l'article 39 de la loi n° 2013-100 : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 2192-10 du même code : " Le délai de paiement prévu à l'article L. 2192-10 est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice. ". Aux termes de l'article R. 2192-12 de ce code : " Sous réserve des dispositions prévues aux articles R. 2192-13, R. 2192-17 et R. 2192-18, le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur ou, si le marché le prévoit, par le maître d'œuvre ou toute autre personne habilitée à cet effet. ". Aux termes de l'article R. 2192-31 de ce code : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage ". Aux termes des dispositions de l'article 8 du décret n° 2013-269 du 29 mars 2012 reprises à l'article R. 2192-32 de ce code : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. ". Aux termes de l'article D. 2192-35 de ce code : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros. ". Et aux termes de l'article R. 2192-36 de ce code : " Les intérêts moratoires et l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement sont payés dans un délai de quarante-cinq jours suivant la mise en paiement du principal. ".

5. En second lieu, aux termes de l'article 8.2 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché 2015AF14, relatif au paiement : " () Le délai global de paiement des sommes dues est de 30 jours. Le dépassement du délai de paiement ouvre de plein droit, et sans autre formalité, pour le titulaire du marché, le bénéfice d'intérêts moratoires à compter du jour suivant l'expiration du délai. Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement principal la plus récente effectuée avant le premier jour de calendrier du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points ".

Sur la provision sollicitée au titre de la facture n° 18-0373 du 27 septembre 2018 :

6. Il résulte de l'instruction que la SAS Salmon a émis la facture n° 18-0373 d'un montant de 3 801,60 euros le 27 septembre 2018 en réponse à un bon de travaux n° 40 portant sur la programmation des zones de détection d'alarme incendie AS1000 et AS100. Ni l'existence de ce bon de commande et de cette facture, ni la réalisation des travaux concernés ne sont contestées par l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis, laquelle n'a pas produit d'observations en défense. Il ne ressort pas des échanges entre ce pouvoir adjudicateur et sa cocontractante versés à l'instruction que cette somme aurait été ultérieurement acquittée ou qu'il aurait été procédé à un abandon de cette créance ou à sa compensation avec des sommes dues par la société requérante. La créance de 3 801,60 euros TTC relative à la facture n° 18-0373 présente, par suite, un degré suffisant de certitude en l'état de l'instruction et n'est pas sérieusement contestable dans son principe comme dans son montant. Il y a lieu, par suite, de condamner l'Université Paris 8 à verser à la société requérante, de ce chef, une somme d'un montant de 3 801,60 euros TTC à titre de provision.

Sur les provisions sollicitées au titre des intérêts moratoires sur les factures n° 18-0370 et n° 18-0373 du 27 septembre 2018 :

7. La SAS Salmon fait valoir ses créances résultant des intérêts moratoires acquis de plein droit suite aux retards ou à l'absence de paiement par l'Université Paris 8 des sommes dues au titre, d'une part, de la facture n°18-0370 du 27 septembre 2018 d'un montant de 4 690,80 euros TTC, acquittée le 7 juillet 2023, et, d'autre part, de la facture n°18-0373 précédemment évoquée. Le défaut et le retard de paiement allégués sont établis, ainsi que cela résulte de ce qui a été dit notamment au point 6, par les résultats de l'instruction. L'existence de ces créances n'est, dès lors, pas sérieusement contestable dans son principe. Toutefois, la méthode de calcul du montant de ces intérêts moratoires, qui ont couru sur plusieurs années et n'ont pas fait l'objet d'un accord entre les parties en marge de l'instance, ne résulte ni des écritures de la société requérante, ni des pièces qu'elle présente à l'appui de ces conclusions. Il n'est, par suite, pas possible au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article du R. 541-1 du code de justice administrative ni de regarder cette créance comme non sérieusement contestable dans son intégralité, ni de déterminer une fraction du montant demandé qui revêtirait un caractère de certitude suffisant. La demande de la SAS Salmon doit, par suite, être rejetée en tant qu'elle porte sur les intérêts moratoires afférents aux factures n° 18-0370 et n° 18-0373.

Sur la provision sollicitée au titre des frais afférents à la sommation de payer du 6 février 2023 :

8. La SAS Salmon se prévaut d'une facture du 6 février 2023 d'un commissaire de Justice d'un montant du 182,86 euros TTC à raison d'une sommation de payer adressée le même jour à l'Université Paris 8. Si cette facture n'est pas accompagnée de la sommation en question, il résulte de l'instruction et il n'est pas utilement contesté que ne restaient impayées à cette date que les deux factures n° 18-0370 et n° 18-0373. Le principe de la mise à la charge du débiteur de sommes d'argent des frais de recouvrement occasionnés en raison de son abstention à acquitter spontanément ses dettes en temps utiles n'est pas sérieusement contestable. Il résulte également de l'instruction que la réalité de cette dépense de la société créancière et son montant ne sont pas plus sérieusement contestable. Il y a lieu, par suite, de condamner l'Université Paris 8 à verser, de ce chef, à la SAS Salmon une somme d'un montant de 182,86 euros TTC à titre de provision.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis à verser à la SAS Salmon une provision d'un montant global de 3 984,46 euros TTC.

Sur les frais de justice :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la SAS Salmon et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Université Paris VIII Vincennes - Saint-Denis est condamné à verser à la SAS Salmon une somme globale de 3 984,46 euros TTC à titre de provision.

Article 2 : L'Université Paris VIII Vincennes - Saint-Denis versera à la SAS Salmon une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Salmon et à l'Université Paris VIII Vincennes - Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 24 mai 2024.

Le juge des référés,

J.-A. SILVY

La République mande et ordonne à la ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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