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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2314830

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2314830

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2314830
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantTHISSE

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Montreuil (10ème chambre) concerne la responsabilité de l'État pour carence fautive dans le relogement d’un demandeur reconnu prioritaire par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis le 7 septembre 2016. Le tribunal rappelle que l’absence de proposition de logement dans le délai imparti engage la responsabilité de l’État pour les troubles dans les conditions d’existence subis, en application des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. La solution retenue par le tribunal est de condamner l’État à indemniser le requérant pour la période de carence, en fonction de la composition de son foyer et de la durée du préjudice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023, M. B... A..., représenté par Me Thisse, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 24 300 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de son absence de relogement, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 mai 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’il n’a pas été relogé, alors qu’il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation ;
- il vit avec son fils dans un logement suroccupé qui présente un caractère insalubre et excède ses capacités financières
- il subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Hégésippe, premier conseiller, pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Hégésippe, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 7 septembre 2016, reconnu M. A... comme prioritaire et devant être relogé en urgence. Cette décision vaut pour une personne. N’ayant pas reçu de proposition de logement, M. A... a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 16 mai 2023. Cette demande ayant été implicitement rejetée, M. A... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser la somme de 24 300 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis.

2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. Pour définir les besoins du demandeur d’un logement en application de ces dispositions du code de la construction et de l’habitation, la commission de médiation doit apprécier la composition de son foyer en tenant compte de l’ensemble des personnes visées par l’article L. 442-12 de ce code, au nombre desquelles figure toute personne majeure âgée de moins de vingt et un ans, ou de moins de vingt-cinq ans lorsqu’elle poursuit ses études, ou, quel que soit son âge, lorsqu’elle effectue son service militaire ou est atteinte d’une infirmité, dès lors qu’il est établi qu’elle vit effectivement au foyer ou, s’agissant des enfants, qu’ils font l’objet d’un droit de visite ou d’hébergement. Est à cet égard sans incidence la circonstance que, pour l’application des dispositions du code général des impôts relatives à l’imposition sur le revenu, cette personne soit ou non effectivement rattachée au foyer fiscal dont elle faisait partie jusqu’à sa vingt-et-unième ou vingt-cinquième année.

5. Aux termes de l’article R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation : « (…) Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d’urgence en application du II de l’article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d’accès au logement social qui se trouvent dans l’une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / (…) être handicapées (…) ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement (…) soit d’une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l’article R. 822-25 (…) /. ». L’article R. 822-25 dispose : « Le logement au titre duquel le droit à l’aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ».

6. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A..., le 7 septembre 2016, au motif qu’il était dépourvu de logement. La persistance de cette situation, à compter du 7 mars 2017, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. A... des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence. Cependant, il résulte de l’instruction que l’intéressé a signé, le 20 novembre 2016 soit postérieurement à cette décision, un bail de location pour un logement qu’il occupe avec son fils né le 27 avril 2000. S’il évoque la promiscuité des lieux, l’intéressé soutient que le logement représente une surface de 40m2 de sorte qu’il ne saurait être regardé, d’autant plus que son fils est âgé de vingt et un an, comme étant suroccupé au sens des dispositions énoncées aux points 4 et 5. Par ailleurs, s’il évoque l’insalubrité des lieux, l’intéressé ne justifie d’aucun élément en ce sens. Dans ces conditions, tenant à l’absence d’élément probant venant au soutien de ses allégations, M. A... n’est pas fondé à obtenir l’indemnisation des troubles allégués dans ses conditions d’existence.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre des frais d’instance.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.




Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.


Le magistrat désigné

D. HEGESIPPE
La greffière

T. MANE




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.






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