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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2400869

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2400869

mercredi 19 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2400869
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné les requêtes de Mme B... contestant deux décisions de la CAF de la Seine-Saint-Denis lui notifiant des indus d’aide exceptionnelle de fin d’année pour 2021 et 2022, d’un montant total de 304,90 euros. La requérante invoquait notamment un défaut de motivation, une méconnaissance des droits de la défense et une erreur d’appréciation. Le tribunal a rejeté l’ensemble de ses demandes, jugeant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés et que la demande de remise de dette était irrecevable faute de demande préalable auprès de la caisse. La décision s’appuie sur les dispositions du code de la sécurité sociale, du code des relations entre le public et l’administration et du code de l’action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, sous le n° 2400869, Mme C... B..., représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 16 septembre 2023 par laquelle la caisse d’allocations familiales (CAF) de la Seine-Saint-Denis lui a notifié un indu d’aide exceptionnelle de fin d’année (ING 002) au titre de l’année 2022 d’un montant de 152,45 euros et de la décharger du paiement de la somme réclamée ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise de sa dette ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d’allocations familiales de la Seine-Saint-Denis, le versement à Me Desfarges, avocat de Mme B..., de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision attaquée ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle n’est pas motivée en méconnaissance des articles R. 133-9-2 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale et L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration ;
- il n’est pas établi que l’agent de contrôle de la caisse d’allocations familiales de la Seine-Saint-Denis soit assermenté ;
- la décision de notification d’indu a été prise en méconnaissance de l’article L. 114-21 du code de la sécurité sociale à défaut d’avoir été informée de l’usage du droit de communication, de la teneur et de l’origine des informations et documents obtenus auprès de tiers ;

- le remboursement de l’indu en litige par retenues sur les prestations à échoir méconnaît les dispositions de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des droits de la défense en ce que, bien que procédant au retrait d’une décision d’attribution de l’aide exceptionnelle de fin d’année, elle n’a pas été précédée d’une procédure contradictoire telle que prévue par la combinaison des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle remplit les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active ;
- elle est de bonne foi et doit bénéficier d’une remise de sa dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2025, la caisse d’allocations familiales de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- la demande de remise de dette doit être rejetée dès lors que la requérante ne justifie pas avoir préalablement formé une telle demande devant la caisse.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2023.

II. Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, sous le n° 2400870, Mme C... B..., représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 16 septembre 2023 par laquelle la caisse d’allocations familiales (CAF) de la Seine-Saint-Denis lui a notifié un indu d’aide exceptionnelle de fin d’année (ING 002) au titre de l’année 2021 d’un montant de 152,45 euros et de la décharger du paiement de la somme réclamée ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise de sa dette ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d’allocations familiales de la Seine-Saint-Denis, le versement à Me Desfarges, avocat de Mme B..., de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B... soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2400869.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2025, la caisse d’allocations familiales de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- la demande de remise de dette doit être rejetée dès lors que la requérante ne justifie pas avoir préalablement formé une telle demande devant la caisse.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lançon, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lançon, première conseillère,
- les observations de Mme A..., représentant la caisse d’allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.

La clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Mme B... s’est vu notifier deux courriers du 16 septembre 2023 par lesquels la caisse d’allocations familiales (CAF) de la Seine-Saint-Denis lui indiquait son intention de récupérer, d’une part, la somme de 152,45 euros correspondant à un trop-perçu d’aide exceptionnelle de fin d’année versée au titre de l’année 2021, d’autre part, la somme de 152,45 euros correspondant à un trop-perçu de la même aide au titre de l’année 2022. Par les requêtes nos 2400869 et 2400870, qu’il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, Mme B... demande au tribunal, respectivement, d’annuler chacune des décisions précitées et de la décharger des sommes ainsi mises à sa charge.

Sur le cadre juridique du litige :

D’une part, lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

D’autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prestation ou d’allocation versée au titre de l’aide ou de l’action sociale ou du logement, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

Sur les conclusions à fin d’annulation et de décharge :

En ce qui concerne le contrôle mené par la caisse d’allocations familiales :

En premier lieu, il résulte de l’instruction que le contrôle de la situation de Mme B... à l’origine de la notification des deux indus d’aide exceptionnelle de fin d’année a été effectué par une agent agréée par une décision du directeur général de la Caisse nationale des allocations familiales du 2 février 2009 et ayant prêté serment le 21 mai 2008 à l’audience publique du tribunal d’instance de Bobigny. Le moyen tiré du défaut d’agrément de l’agent de contrôle doit donc être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : « Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes (…) ». L’article L. 114-21 de ce code dispose : « L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. »
Il résulte de l’instruction, notamment du document « contradictoire du 23/03/22 », rempli et signé par Mme B... le 30 mars 2023, que celle-ci a été informée des constatations de l’agent de contrôle ainsi énoncées : « absence du territoire de manière permanente et effective depuis le 01/09/19, faisant suite aux droits de communication bancaires, aériennes et ferroviaires. » Par ailleurs, les informations et documents recueillis auprès de tiers par l’agent de contrôle de la CAF de la Seine-Saint-Denis, tels qu’ils résultent du rapport d’enquête établi le 30 mars 2023, qui se rapportent aux opérations bancaires effectuées et figurant sur les relevés bancaires de l’intéressée, et à ses voyages à l’étranger via les compagnies Air France et Eurostar, contiennent des renseignements que Mme B... connaissait nécessairement. Dès lors, la requérante ne peut sérieusement soutenir qu’elle n’a pas été informée de l’exercice par la CAF de la Seine-Saint-Denis du droit de communication prévu par les dispositions des articles L. 114-19 et suivants du code de la sécurité sociale ni de la teneur et de l’origine des informations ainsi obtenues.
En troisième lieu, il résulte de l’instruction que Mme B... a pu présenter ses observations le 30 mars 2023 ainsi qu’il ressort du document « Contradictoire du 23/03/2022 » qu’elle a signé, lequel énonçait les constatations effectuées par l’agent de contrôle sur sa situation et l’invitait à transmettre tous documents à l’appui de ses observations. Mme B... s’est alors bornée à exposer qu’elle n’avait pas été informée de son obligation de résider en France sans toutefois remettre en cause les éléments relevés par l’agent de contrôle. Dans ces conditions, elle n’est pas fondée à soutenir que les droits de la défense ont été méconnus en l’absence de procédure contradictoire préalable.
En ce qui concerne le bien-fondé des indus :

D’une part, aux termes de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. (…) ». Selon l’article R. 262-5 de ce code : « Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. / (…) / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. » L’article R. 262-37 du même code dispose : « Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ».
Il résulte de ces dispositions que pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active (RSA), une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
D’autre part, il résulte de l’article 3 du décret du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite, qu’une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. De plus, aux termes de l’article 6 du même décret : « I. Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. / (…) ».
Enfin, selon l’article 3 du décret du 14 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite, une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2022 ou, à défaut, du mois de décembre 2022, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. L’article 6 du même décret dispose : « I. Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. / (…) ».
Il résulte de l’instruction, notamment du rapport d’enquête de l’agent de contrôle assermenté de la CAF de la Seine-Saint-Denis, établi le 30 mars 2023, que la consultation des trois comptes bancaires de l’intéressée et les informations obtenues auprès des compagnies Air France et Eurostar ont révélé que la presque totalité de ses opérations bancaires ont été réalisées à l’étranger (Grèce, Espagne, Angleterre) entre le mois de septembre 2020 et celui de mai 2022 et qu’elle ne disposait ni de compte bancaire ni de revenu entre le mois de septembre 2019 et celui de septembre 2020. En outre, Mme B... a séjourné à l’étranger du 21 août 2021 au 20 novembre 2021, du 30 novembre 2021 au 4 avril 2022, du 20 avril 2022 au 7 mai 2022, du 18 mai 2022 au 20 août 2022, du 2 septembre 2022 au 23 décembre 2022, du 9 janvier 2023 au 27 janvier 2023 et depuis le 30 janvier 2023. Malgré deux convocations des 8 février 2023 et 17 février 2023, Mme B... ne s’est pas présentée aux entretiens avec l’agent de contrôle. Les constatations relatives à son absence du territoire français ont été communiquées à l’intéressée le 23 mars 2022. La requérante, qui s’est bornée à faire valoir qu’elle n’avait pas été informée de ses obligations de résidence par lettre du 30 mars 2023, n’apporte aucun élément permettant d’établir qu’elle a sa résidence stable et effective en France. Aussi, eu égard à l’ensemble de ces éléments, Mme B... doit être regardée comme ne disposant pas d’une résidence stable et effective en France au sens des dispositions de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles cité au point 8. Elle ne pouvait pas, dès lors, prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active au titre des mois de novembre 2021 ou décembre 2021 et novembre 2022 ou décembre 2022 et n’est pas fondée à soutenir que la CAF de la Seine-Saint-Denis aurait commis une faute au sens de l’article 1302-3 du code civil. En conséquence, elle ne pouvait bénéficier de l’aide exceptionnelle de fin d’année au titre des années 2021 et 2022. Par suite, la CAF de la Seine-Saint-Denis était fondée à lui notifier un indu de cette aide pour un montant de 152,45 euros au titre de chacune des années 2021 et 2022. Les moyens tirés de l’erreur de droit et de l’erreur d’appréciation doivent donc être écartés.
En ce qui concerne la régularité des décisions attaquées :

En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractère lisible, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. (…) ». Aux termes de l’article L. 212-2 du même code : « Sont dispensées de la signature de leur auteur, dès lors qu’ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l’intermédiaire d’un téléservice conforme à l’article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l’ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives et ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; (…) ».
Les décisions attaquées du 16 septembre 2023 notifiant à Mme B... les indus en litige et dont cette dernière expose qu’elles ont été électroniquement signées, comportent les prénom, nom et qualité de leur auteur, directeur de la CAF de la Seine-Saint-Denis. Dès lors, le moyen tiré du défaut de signature doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) imposent des sujétions (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
La décision par laquelle l’autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l’aide exceptionnelle de fin d’année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu’une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l’autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n’est pas tenue d’indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l’indu.
Les courriers du 16 septembre 2023 par lesquels la caisse d’allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a décidé de récupérer des indus d’aide exceptionnelle de fin d’année mentionnent la nature des prestations concernées, les montants des sommes réclamées ainsi que la période sur laquelle porte la récupération. Ils précisent également le motif pour lequel ces indus sont réclamés, à savoir l’absence de droits au RSA au titre du mois de novembre ou décembre 2021 et novembre ou décembre 2022. Dans ces conditions, la requérante n’est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées sont insuffisamment motivées.
En troisième lieu, si Mme B... soutient que des retenues sur prestations sont intervenues en méconnaissance des dispositions de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles, un tel moyen est inopérant à l’encontre des décisions attaquées et ne peut, dès lors, qu’être écarté.
Sur la remise :
Pour faire valoir sa bonne foi, Mme B... se borne à exposer qu’elle n’a pas été informée de son obligation d’avoir une résidence stable et effective en France alors qu’il résulte de l’instruction qu’elle a déclaré à l’organisme servant l’aide en cause deux adresses en France sans toutefois y résider effectivement. Dès lors, ses omissions déclaratives quant à sa résidence, qui se sont poursuivies au cours de quatre années à la date des décisions en litige doivent être regardées comme délibérées et Mme B... ne peut donc être regardée comme de bonne foi. Par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner leur recevabilité, ses conclusions à fin de remise de ses dettes doivent être rejetées.
Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n° 2400869 et n° 2400870 de Mme B... ne sont pas fondées et doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :


Article 1er : Les requêtes n° 2400869 et n° 2400870 de Mme B... sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B..., à Me Desfarges et au ministre du travail et des solidarités.

Copie pour information en sera adressée à la caisse d’allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2025.


La magistrate désignée,




L.-J. Lançon

La greffière,




T. Kadima Kalondo

La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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