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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2401251

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2401251

mercredi 15 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2401251
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation12ème Chambre(JU)
Avocat requérantDUBOIS CLAIRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a condamné l'État à verser 1 500 euros à M. A... pour le préjudice subi du fait de l'absence de relogement, malgré sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation le 9 février 2022. La responsabilité de l'État a été engagée sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, en raison de la carence fautive à exécuter la décision dans le délai imparti. Le tribunal a retenu que le logement actuel, bien que non suroccupé, était vétuste et nuisible à la santé de l'épouse du requérant, justifiant une indemnisation de 1 500 euros. En outre, 1 100 euros ont été accordés à son avocat au titre des frais de justice, sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 janvier 2024 et 29 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Dubois, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui payer la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de son absence de relogement, assortie de l’intérêt au taux légal à compter 20 novembre 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’il n’a reçu aucune proposition de logement, alors qu’il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 9 février 2022 et que l’ordonnance du tribunal administratif de Montreuil du 30 septembre 2022 n’a pas été exécutée ;
- il subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit d’observations.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2023.



Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Colera pour statuer sur ce litige visé à l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Colera a été entendu au cours de l’audience publique. Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 9 février 2022, désigné M. A... comme prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. M. A... a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable le 16 novembre 2023 réceptionnée le 17 novembre suivant.

Sur la responsabilité :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».









Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article
L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A... au motif qu’il était menacé d’expulsion, sans relogement. Bien que le requérant ne donne aucune précision quant à cette menace d’expulsion retenue par la commission, et que son logement de 42 m2 pour 4 personnes ne soit pas suroccupé au sens de l’article R. 822-25 du code de la construction, il résulte de l’instruction que celui-ci doit être regardé, eu égard à sa vétusté et à l’impact des moisissures sur la santé l’épouse du requérant, établi par des pièces médicales, comme étant inadapté aux besoins de M. A.... Dans les circonstances de l’espèce, il sera donc fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l’indemnisation due à la somme de 1 500 euros.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à M. A... la somme totale de 1 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Dubois renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Dubois de la somme de 1 100 euros.

















D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. A... la somme de la somme de 1 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'État, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de
1 100 euros au bénéfice de Me Dubois, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A..., et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2025.


Le magistrat désigné

C. Colera
La greffière

C. Saint-Cyr




La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.





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