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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2401511

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2401511

jeudi 19 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2401511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantREYNOLDS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil annule la décision implicite de rejet opposée à un ressortissant algérien concernant sa demande de titre de séjour "autoentrepreneur/profession libérale". La juridiction retient le moyen tiré du défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs, en méconnaissance des articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Elle enjoint au préfet compétent de réexaminer la demande dans un délai de quatre mois et condamne l'État à verser une somme au requérant au titre des frais exposés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 février 2024, enregistrée le 2 février 2024 au greffe du tribunal, la présidente de la 3e chambre du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B....

Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal de Rouen le 22 janvier 2024, et un mémoire enregistré le 3 février 2025, M. C... B..., représentée par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur sa demande de changement de statut pour la délivrance d’un titre de séjour « autoentrepreneur/profession libérale » ;
2°) à titre principal, d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime ou tout préfet territorialement compétente de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime ou tout préfet territorialement compétente de réexaminer sa situation et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire l’autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 421-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut à son incompétence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Jaur a été entendu au cours de l’audience, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. B... est un ressortissant algérien né le 6 mars 1995. Il a été mis en possession d’un titre de séjour étudiant entre le 28 novembre 2020 et le 27 novembre 2021. Le 10 octobre 2022, il a déposé une demande de changement de statut pour la délivrance d’un titre de séjour « autoentrepreneur/profession libérale ». Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l’administration. M. B... demande au tribunal d’annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

D’une part, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois (…) ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) constituent une mesure de police ; (…) ». Aux termes de l’article L. 232-4 dudit code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. / Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu’à l’expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».

Il ressort des pièces du dossier que, par demande reçue en préfecture le 20 décembre 2023, M. B... a sollicité la communication des motifs du rejet de sa demande de titre. Il est constant que le préfet de la Seine-Saint-Denis n’a pas répondu à cette demande. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.

Il résulte de ce qui précède, alors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de M. B... ne devrait pas être examinée par le préfet de la Seine-Saint-Denis et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

L’exécution du présent jugement implique que la demande de M. B... soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d’y procéder dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l’attente, le document auquel il peut prétendre en sa qualité de demandeur de titre de séjour. En revanche, il n’y a pas lieu d’assortir cette mesure d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.





D E C I D E :


Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. B... dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l’attente, le document auquel il peut prétendre en sa qualité de demandeur de titre de séjour.

Article 3 : L’Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. B... une somme de 1 100 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., au préfet de la Seine-Saint-Denis et au préfet de la Seine-Maritime.


Délibéré après l'audience du 3 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Israël, président,
M. Marias, premier conseiller,
Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2026.


La rapporteure,



Mme Jaur
Le président,



M. Israël
La greffière,



Mme A...

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.



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