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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2405076

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2405076

mardi 27 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2405076
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantLESAGE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de M. B... contestant la décision 48SI du 24 novembre 2023 constatant l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les retraits de points consécutifs à plusieurs infractions routières. Le tribunal a constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions relatives aux infractions des 2 août 2021 et 11 juillet 2022 et à la décision 48SI, ces mentions ayant été supprimées du relevé d'information intégral. Il a également déclaré irrecevables les conclusions concernant les infractions des 27 août 2021, 21 août 2022 et 26 juin 2023, les points correspondants ayant été restitués avant l'introduction de la requête en application de l'article L. 223-6 du code de la route. Le tribunal a rejeté le surplus des conclusions de la requête, estimant que le moyen tiré du défaut de communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'était pas fondé pour les infractions restantes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2024, M. A... B..., représenté par Me Lesage, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision référencée 48SI du 24 novembre 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté l’invalidité de son permis de conduire en raison d’un solde de points nul et lui a interdit de conduire, ainsi que les décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions en date des 26 avril 2021, 2 août 2021, 21 août 2021, 27 août 2021, 11 juillet 2022, 21 août 2022, 27 novembre 2022, 23 avril 2023, 27 mai 2023 2023 et 26 juin 2023, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux afférent à ces décisions ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les points illégalement retirés ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points ;
- la réalité des infractions du 2 août 2021 et du 11 juillet 2022 n’est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.


Il soutient que :
- les mentions des infractions des 2 août 2021 et 11 juillet 2022 et de la décision 48SI ont été supprimées du relevé d’information intégral de sorte qu’il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions afférentes ;
- les points retirés à la suite des infractions commises les 27 août 2021, 21 août 2022 et 26 juin 2023 ont été restitués antérieurement à l’introduction de la requête de sorte que les conclusions afférentes sont irrecevables ;
- les moyens relatifs aux autres infractions ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné M. Le Merlus pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Le Merlus a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... demande au tribunal d’annuler la décision référencée 48SI du 24 novembre 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que l’ensemble des décisions de retrait de points y étant récapitulées, consécutives aux infractions des 26 avril 2021, 2 août 2021, 21 août 2021, 27 août 2021, 11 juillet 2022, 21 août 2022, 27 novembre 2022, 23 avril 2023, 27 mai 2023 et 26 juin 2023, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux afférent à ces décisions.


Sur l’étendue du litige :

2. D’une part, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l’introduction de la requête, les mentions relatives aux infractions des 2 août 2021 et 11 juillet 2022 et à la décision 48SI contestée ont été supprimées dans le relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de l’intéressé. Par suite, les conclusions relatives à ces infractions et à la décision 48SI, réputée retirée, sont sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.

3. D’autre part, il résulte du relevé d’information intégral produit par le ministre de l'intérieur qu’antérieurement à l’introduction de la requête, le point retiré à la suite des infractions commises les 27 août 2021, 21 août 2022 et 26 juin 2023 a été restitué en application des dispositions de l’article L. 223-6 du code de la route, à l’expiration du délai de six mois visé par ces dispositions. Dès lors, les conclusions de la requête relatives à ces infractions sont dépourvues d’objet et doivent être déclarées irrecevables.


Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

4. Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».

5. Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.

En ce qui concerne les infractions des 21 août 2021 et 27 novembre 2022 :

6. Il résulte du relevé d’information intégral que les infractions relevées par radar automatique les 21 août 2021 et 27 novembre 2022 ont donné lieu à l’émission de titres exécutoires pour le recouvrement d’une amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucune copie d’un document attestant du paiement spontané de cette amende ou copie de l’avis de contravention adressé à l’intéressé, de nature à établir que M. B... aurait nécessairement reçu l’information prévue par les dispositions de l’article L. 223-3 du code de la route. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité la décision contestée dès lors qu’en l'espèce, il a privé l’intéressé de la garantie d’information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification de l’infraction constatée, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que les décisions de retrait de point correspondant aux infractions commises les 21 août 2021 et 27 novembre 2022 doivent être regardées comme étant intervenues au terme d’une procédure irrégulière.




En ce qui concerne les infractions des 23 avril 2023 et 27 mai 2023 :

7. Il résulte du relevé d’information intégral que les infractions relevées par radar automatique les 23 avril 2023 et 27 mai 2023 ont donné lieu à l’émission de titres exécutoires pour le recouvrement d’une amende forfaitaire majorée. Si l’administration soutient que les avis correspondants ont été présentés au domicile du requérant et que les plis lui ont été retournés, la mention indiquant « destinataire inconnu à l’adresse » sur les plis produits, ne suffit pas à elle seule à rapporter la preuve de la réception de l’avis de contravention ou d’un titre exécutoire pour le recouvrement d’une amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur ne produisant aucune preuve de nature à établir que M. B... aurait nécessairement reçu l’information prévue par les dispositions de l’article L. 223-3 du code de la route pour ces deux infractions, le vice de procédure est constitué. Il est de nature à entacher d'illégalité les décisions en cause dès lors qu’en l'espèce, il a privé l’intéressé de la garantie d’information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification de l’infraction constatée, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que les décisions de retrait correspondant aux infractions commises les 23 avril 2023 et 27 mai 2023 doivent être regardées comme étant intervenues au terme de procédures irrégulières.

En ce qui concerne l’infraction du 26 avril 2021 :

8. Il résulte du relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de M. B... que l’infraction constatée le 26 avril 2021 a donné lieu à un paiement différé de l’amende forfaitaire. Ce paiement suffit à établir que l’intéressé a nécessairement reçu l’avis de paiement sur lequel figurent les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L’administration s’est ainsi acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d’information, l’intéressé ne justifiant pas avoir reçu un avis d’amende forfaitaire inexact ou incomplet. Par suite, le moyen tiré du défaut d’information préalable doit être écarté pour cette infraction.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... est seulement fondé à demander l’annulation des décisions de retrait de 4 points intervenues à la suite des infractions commises les 21 août 2021, 27 novembre 2022, 23 avril 2023 et 27 mai 2023, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.


Sur l’injonction :

10. L’exécution du présent jugement implique nécessairement que l’administration reconnaisse à M. B... le bénéfice des points restant affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au ministre de l’intérieur de restituer, à la date des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 21 août 2021, 27 novembre 2022, 23 avril 2023 et 27 mai 2023, dans le traitement automatisé mentionné à l’article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des 4 points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l’intéressé.





Sur les frais de l’instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme réclamée par M. B... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives à la décision 48SI du 24 novembre 2023 et aux décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 2 août 2021 et 11 juillet 2021.

Article 2 : Les décisions du ministre de l’intérieur portant au total retrait de 4 points affectés au permis de conduire de M. B... à la suite des infractions des 21 août 2021, 27 novembre 2022, 23 avril 2023 et 27 mai 2023, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours grâcieux sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de restituer à M. B..., dans le traitement automatisé mentionné à l’article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des 4 points visés à l’article 4, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l’intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2026.


Le magistrat désigné,





T. Le MerlusLa greffière,





A. Capelle
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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