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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2405181

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2405181

mardi 20 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2405181
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantCHILOT-RAOUL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a été saisi par Mme B... d'une demande d'indemnisation de 35 000 euros pour le préjudice subi du fait de l'absence de relogement, après avoir été reconnue prioritaire par la commission de médiation le 18 novembre 2020. Le tribunal a examiné la responsabilité de l'État sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Il a jugé que, la reconnaissance de priorité étant fondée sur le seul délai d'attente d'un logement social, le maintien dans le logement actuel ne peut ouvrir droit à réparation que si ce logement est inadapté. En l'espèce, la suroccupation alléguée doit être appréciée selon l'article R. 822-25 du même code, mais le tribunal n'a pas retenu de faute de l'État engageant sa responsabilité. La requête de Mme B... a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, Mme A... B..., représentée par Me Chilot-Raoul, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 35 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement, somme assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;
- elle est hébergée avec sa famille dans un logement suroccupé ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 2 janvier 2024.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Gauchard, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Chilot-Raoul, représentant Mme B....

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n’était pas présent, ni représenté.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du
18 novembre 2020, désigné Mme B... comme prioritaire et devant être relogée en urgence. Cette décision vaut pour six personnes. N’ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B... a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 27 janvier 2024 reçu par les services préfectoraux le 30 janvier suivant. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme B... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 35 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.


Sur la responsabilité :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B... le 18 novembre 2020 au motif qu’elle était en « attente d’un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ». Or, dans un tel cas, le maintien du demandeur dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins. Le cas échéant, une situation de suroccupation s’apprécie au regard des dispositions de l'article
R. 822-25 du code de la construction et de l’habitation, auquel renvoie le 8e alinéa de l’article R. 441-14-1 du même code, dont il résulte qu’un logement est suroccupé dès lors que sa surface est inférieure à une surface de 9m² pour une personne seule, de 16m² pour deux personnes, augmentée de 9m² par personne supplémentaire, soit, pour sept personnes, une surface de 61 m2. Mme B... soutient, sans être contredite par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit d’observations en défense, vivre, avec sa famille, dans le logement de sa mère, sis 21 boulevard de Rochechouart, dans le 9e arrondissement de Paris, d’une surface de 50 mètres carrés. Ainsi, ce logement est, compte tenu de sa surface, inadapté aux besoins de la requérante et de sa famille. La persistance de cette situation, à compter du 18 mai 2021, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme B... des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due à la somme totale de
7 000 euros.

Sur les frais du litige:

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 2 janvier 2024, fixant le taux de la contribution de l’Etat à 55%. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Chilot-Raoul, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Chilot-Raoul de la somme de 440 euros en application des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme B... la somme de 7 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l’Etat la somme de 440 euros à verser à Me Chilot-Raoul en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.


Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Chilot-Raoul, et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2026.


Le magistrat désigné

L. Gauchard
La greffière

A. Jaiteh




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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