lundi 10 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2406079 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | TRUGNAN BATTIKH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai 2024 et 19 février 2025, M. D, représenté par Me Trugnan Battikh, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est signée par une autorité qui n'est pas habilitée ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est signée par une autorité qui n'est pas habilitée ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la durée de cette interdiction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Aymard pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aymard,
- les observations de Me Trugnan Battikh, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- M. C n'étant pas présent et le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant sri lankais né en 2001, demande au tribunal d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixation du pays de renvoi, et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an que le préfet de la Seine-Saint-Denis a prises à son encontre le 9 avril 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. /L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". L'article 80 dudit décret dispose que " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à plusieurs décisions attaquées :
4. En premier lieu, par un arrêté du 22 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme B A, signataire des décisions litigieuses, en sa qualité de cheffe du bureau de l'asile, pour signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français, les décisions d'interdiction du territoire français, et les décisions fixant le pays vers lequel sera éloigné un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
5. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte, pour chaque décision qu'il renferme, les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé pour prendre chacune de ces décisions. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu tel qu'il est garanti par les principes généraux du droit de l'Union doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à l'examen de la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
9. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier qu'avant d'obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait omis de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle, notamment en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui dispose qu'une telle mesure " est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée de ce chef la mesure d'éloignement contestée doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que M. C a, le 24 août 2022, manifesté son souhait de solliciter l'asile en France et que sa demande d'asile, enregistrée le 15 juin 2023, a été rejetée le 13 décembre 2023 par l'Office de protection des réfugiés et apatrides, la Cour nationale du droit d'asile ayant rejeté le 26 février 2024 son recours. Ensuite, le requérant, qui n'établit pas le caractère habituel de sa résidence en France, ne justifie pas d'attaches privées ou familiales sur le territoire français, ni d'une insertion socio-professionnelle notable en France. Enfin, M. C ne démontre pas être dépourvu de liens privés et familiaux dans son pays d'origine. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels la mesure d'éloignement contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède aux points 4 à 12 que le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la légalité de la décision fixant le pays de renvoi.
14. En second lieu, si M. C soutient que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il risquerait d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité du risque allégué. Par suite, ce moyen doit être écarté en l'état des pièces du dossier.
15. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi qu'il conteste.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède aux points 4 à 12 que le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
17. En deuxième lieu, au regard de la situation de M. C telle qu'examinée au point 11, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an n'est pas entachée d'erreur d'appréciation, alors même que l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la durée d'un an n'apparaissant pas, en particulier, disproportionnée.
18. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an qu'il conteste.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions présentées par le requérant :
20. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, doivent être rejetées les conclusions formées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Trugnan Battikh, et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2025.
Le magistrat désigné,
F. Aymard La greffière,
C. Yen Pon
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2406079
Tribunal Administratif de Montreuil — N° TA93-2416546
Le Tribunal Administratif de Montreuil annule la décision du 10 juillet 2024 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de la Seine-Saint-Denis a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de Mme A..., hébergée avec ses deux enfants chez sa mère dans un logement surpeuplé. Le tribunal estime que cette situation entre dans les prévisions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, conférant un caractère prioritaire et urgent à la demande. Il enjoint à la commission de médiation de déclarer la demande prioritaire et urgente dans un délai de deux mois, sans astreinte.
30/01/2026
Tribunal Administratif de Montreuil — N° TA93-2416802
Le Tribunal Administratif de Montreuil annule la décision du 19 mars 2025 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de la Seine-Saint-Denis a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de M. A.... Le juge estime que M. A..., dépourvu de logement et hébergé chez un tiers, remplit les conditions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation. Il enjoint à la commission de déclarer la demande prioritaire et urgente dans un délai de deux mois.
30/01/2026
Tribunal Administratif de Montreuil — N° TA93-2417309
Refus de reconnaissance du caractère prioritaire et urgent d’une demande de logement par la commission de médiation du droit au logement opposable de la Seine-Saint-Denis. Le Tribunal administratif de Montreuil rejette le recours pour excès de pouvoir formé par M. B..., estimant que le motif du refus – absence de production des justificatifs de ressources – n’est pas matériellement inexact. La décision est fondée sur l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.
30/01/2026
Tribunal Administratif de Montreuil — N° TA93-2417355
Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. A... B... contestant le refus de la commission de médiation du droit au logement opposable de la Seine-Saint-Denis de le reconnaître comme prioritaire pour un hébergement d'urgence. Le requérant invoquait une insuffisance de motivation et l'accomplissement de démarches préalables. Le tribunal a estimé que M. A... B... ne produisait aucun élément établissant des démarches en vue d'un hébergement, conformément à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris les demandes d'injonction et de frais.
30/01/2026