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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2406706

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2406706

jeudi 4 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2406706
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantTOMAS

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Montreuil (2ème Chambre) concerne un recours en plein contentieux de M. A... contre l'État pour manquement à une obligation de relogement. Le tribunal a jugé que la carence fautive de l'État à exécuter la décision de la commission de médiation du 7 juin 2023 engage sa responsabilité sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. La solution retenue est une condamnation de l'État à verser à M. A... la somme de 300 euros, tous intérêts confondus, en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis du 19 juillet 2023 au 20 février 2024.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. C... A..., représenté par Me Thomas, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 16 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable d’indemnisation, à parfaire, en réparation du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d’existence subis du fait du manquement à une obligation de relogement prononcée par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’il a été reconnu prioritaire et devant être accueilli dans une structure d’hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par la commission de médiation ;
- la carence de l’Etat lui cause un préjudice moral et des troubles dans les conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme B... pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

La commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 7 juin 2023, désigné M. A... comme prioritaire et devant être accueilli dans une structure d’hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. N’ayant pas reçu de proposition d’hébergement, celui-ci a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier du 25 mars 2024. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A... demande la condamnation de l’Etat à lui verser la somme totale de 16 000 euros.

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d’hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l’Etat court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code imparti au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l’accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d’existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d’hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat.

La commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 7 juin 2023, désigné M. A... comme prioritaire et devant être accueilli dans une structure d’hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Il ne résulte pas de l’instruction qu’un hébergement aurait été proposé à M. A.... La persistance de cette situation, à compter du 19 juillet 2023, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. A... des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Toutefois, M. A... ne justifie pas de la persistance de cette situation postérieurement au 20 février 2024, date à laquelle a été rédigée une note sociale en sa faveur. Par suite, la période d’indemnisation dont M. A... est fondé à se prévaloir dans le cadre de la présente instance s’étend du 19 juillet 2023 au 20 février 2024. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 300 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’Etat à verser à M. A... la somme de 300 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. A... de la somme de 1 100 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.























D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. A... la somme de 300 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L’Etat versera la somme de 1 100 euros à M. A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2025.


La magistrate désignée,

C. B...
Le greffier,

L. Dionisi



La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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