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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2408401

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2408401

vendredi 16 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2408401
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre (J.U)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de M. A... contestant le refus implicite, puis explicite du 14 août 2024, de la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis de reconnaître sa demande de logement comme prioritaire et urgente. Le requérant invoquait l'inadaptation de son logement de 33 m² à la composition de sa famille (trois personnes), son insalubrité due à l'humidité, et un loyer disproportionné. Statuant en application des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, le tribunal a rejeté la requête, considérant que les éléments fournis ne démontraient pas que le logement était impropre à l'habitation, insalubre ou dangereux, ni que sa surface était inférieure aux minima légaux (16 m² pour un ménage sans enfant, augmentés de 9 m² par personne supplémentaire, soit 25 m² pour trois personnes).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2024, M. B... C... A..., demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ;

2°) d’enjoindre à la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis de le reconnaître prioritaire et devant être logé en urgence.

Il soutient qu’il occupe un logement d’une superficie de 33 m² qui est inadapté à la composition de sa famille qui comprend son épouse, leur enfant et lui-même, qui est insalubre en raison de la présence d’humidité et d’infiltrations d’eau, qui est situé dans un environnement menaçant la sécurité de sa famille et dont le loyer est disproportionné au regard de ses ressources.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jimenez, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Mme Jimenez a lu son rapport au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l’affaire à l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A... a saisi la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis d’un recours amiable le 17 janvier 2024 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente en application du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Par une décision du 14 août 2024, la commission de médiation a rejeté sa demande. Les conclusions de la requête de M. A..., dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis sur son recours amiable, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 14 août 2024, qui s’y est substituée, par laquelle elle a expressément rejeté cette demande.
Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir (…) ».

3. D’autre part, aux termes du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation : « La commission de médiation (…) peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est (…) logé dans des locaux impropres à l’habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. (…) Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux (…) ne présentant pas le caractère d’un logement décent, s’il a au moins un enfant mineur, s’il présente un handicap au sens de l’article L. 114 du code de l’action sociale et des familles ou s’il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. »

4. Enfin, aux termes de l’article R. 441-14-1 du même code : « La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / (…) - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; / (…) - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / »

5. La surface habitable globale minimale prévue par l’article R. 822-25 est de neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.

6. Il résulte de ces dispositions que pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

7. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par la décision attaquée, rejeté la demande de M. A... au motif qu’il ne justifie pas du caractère impropre, insalubre, dangereux ou indécent de son logement. L’intéressé, dont la demande de logement social date du 25 mars 2018, est demandeur d’un logement social depuis un délai anormalement long, et soutient également que son logement est inadapté en raison du montant du loyer qui est disproportionné à ses ressources. En effet, il ressort des pièces du dossier que M. A... perçoit environ 560 euros au titre de l’allocation de prestation d’accueil d’un jeune enfant et de logement et cumule deux salaires dont les montants peuvent varier de 96 euros à 1 600 euros, de sorte que son loyer de 857, 55 euros est trop élevé par rapport à ses ressources instables et qu’il justifie ainsi du caractère inadapté de son logement. Par suite, le requérant est fondé à demander l’annulation de la décision de la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis du 14 août 2024.

Sur les conclusions à fin d’injonction

8. Compte tenu de ce qui précède, il est enjoint à la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis, sous réserve de l’absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.







D E C I D E :


Article 1er : La décision du 14 août 2024 par laquelle la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a rejeté le recours de M. A... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A... et au ministre de la ville et du logement.
Une copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2026.



La magistrate désignée,




J. Jimenez
La greffière,




P. Demol




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




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