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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2408695

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2408695

mardi 20 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2408695
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantQUIENE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil a condamné l’État à verser 4 600 euros à M. B..., reconnu prioritaire par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis le 30 mars 2022, pour n’avoir pas été relogé dans le délai de six mois. La carence fautive de l’État a causé des troubles dans les conditions d’existence à ce père de famille de sept personnes, resté sans logement. L’indemnisation a été fixée en application des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juin 2024 et le 3 janvier 2026, M. C... B..., représenté par Me Quiene, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 9 000 euros en réparation des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors que son relogement a été reconnu prioritaire par la commission de médiation ;
- la famille, composée de deux parents et de cinq enfants, est dépourvue de logement et est hébergée dans un logement précaire ;
- l’absence de relogement lui cause des troubles dans les conditions d’existence.


La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas présenté de mémoire en défense.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente du tribunal a désigné M. A... pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. A...,
- les observations de Me Quiene, représentant M. B..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

La commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 30 mars 2022, désigné M. B... comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un courrier du 9 avril 2024, M. B... a présenté au préfet de la Seine-Saint-Denis une demande indemnitaire tendant à la réparation du préjudice subi en raison de son absence de relogement. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B... demande la condamnation de l’Etat à lui verser la somme de 9 000 euros.

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'État à toute personne qui (…) n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’Etat prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

Par une décision du 30 mars 2022, valant pour cinq personnes, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de logement de M. B... au motif qu’il était dépourvu de logement. La persistance de cette situation à compter du 30 septembre 2022, date à laquelle la carence de l’Etat à exécuter cette décision a revêtu un caractère fautif, a causé au requérant des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence. Il ne résulte pas de l’instruction que le requérant, sa femme et leurs cinq enfants nés les 26 et 27 mars 2019, le 29 août 2021 et le 11 janvier 2024, auraient été relogés. La période d’indemnisation s’étend donc du 30 septembre 2022 à la date du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la composition du foyer au cours de la période d’indemnisation, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par le requérant en fixant l’indemnisation due à la somme de 4 600 euros.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’Etat à verser à M. B... la somme de 4 600 euros.

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, le versement à Me Quiene d’une somme de 1 100 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.


D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. B... la somme de 4 600 euros.

Article 2 : L’Etat versera la somme de 1 100 euros à Me Quiene en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., à Me Quiene et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2026.

Le magistrat désigné,



S. A...La greffière,



A. Jaiteh
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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