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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2413033

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413033

lundi 29 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2413033
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantCAILLET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a condamné l'État à indemniser Mme A... pour le préjudice subi du fait de l'absence de relogement, malgré sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation en 2016. La carence fautive de l'État a été constatée, engageant sa responsabilité sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le tribunal a accordé une somme de 7 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 février 2024, en réparation des troubles dans les conditions d'existence subis par la requérante et sa famille.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2024, Mme C... A..., représentée par Me Caillet, demande au tribunal :

1°) de condamner l’État à lui verser la somme, à parfaire et assortie des intérêts au taux légal, de 51 500 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’État est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;
- elle est hébergée avec sa fille majeure et enceinte et son fils mineur dans un logement non adapté à leur situation et présentant un caractère insalubre.
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.


La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 4 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Jimmy Robbe pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

M. B... a lu son rapport au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 21 septembre 2016, désigne Mme A... comme prioritaire et devant être relogée en urgence. Cette décision vaut pour six personnes. Après avoir constaté qu’aucune proposition de logement n’avait été faite à Mme A..., dans le délai imparti par cette décision, alors que persistait la situation d’urgence reconnue par la commission, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a, par un jugement n° 1702932 du 22 juin 2017, enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer le logement de l’intéressée sous une astreinte destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement de 750 euros par mois de retard, courant à compter du 1er septembre 2017. Par un courrier 3 février 2024, Mme A... a saisi le préfet d’une demande indemnitaire préalable. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme A... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 51 500 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.


Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A... le 21 septembre 2016, cette décision valant pour six personnes et ayant été prise au motif qu’elle est logée dans un logement en transition, dans un logement-foyer ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Il résulte de l’instruction que la requérante réside toujours dans ce logement et que plusieurs avenants au contrat de bail ont été signés, que plusieurs certificats médicaux attestent de la pathologie de l’intéressée qui nécessite un logement adapté à sa situation médicale, que la requérante a reçu une assignation en date du 13 décembre 2023 par laquelle son bailleur demande son expulsion, qu’un rapport de la direction générale des services techniques de la commune d’Epinay-sur-Seine atteste des désordres dans ce logement. La persistance de cette situation, à compter du 21 mars 2017, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A... des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence. La décision de la commission de médiation a reconnu le caractère urgent pour les cinq enfants de la requérant dont quatre sont aujourd’hui majeur et ne sont plus à sa charge. Elle indique par ailleurs que son petit-fils serait à sa charge mais, en tout état de cause, ne le démontre pas. La période d’indemnisation s’étend donc du 21 mars 2017 à la date du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 5 500 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à Mme A... la somme de 5 500 euros tous intérêts confondus au jour du jugement.


Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Caillet, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Caillet de la somme de 1 000 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.





D E C I D E :


Article 1er : L’État est condamné à verser à Mme A... la somme de 5 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l’État la somme de 1 000 euros à verser à Me Caillet en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A..., à Me Caillet, et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Une copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2025.


Le magistrat désigné,

J. B...
Le greffier,

L. Dionisi




La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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