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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2413148

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413148

lundi 29 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2413148
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantLANSARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a condamné l'État à verser 6 000 euros à Mme D..., reconnue prioritaire pour un relogement d'urgence par la commission de médiation, en raison de l'absence de proposition de logement dans le délai légal. La carence fautive de l'État a engagé sa responsabilité pour les troubles dans les conditions d'existence subis par la requérante, hébergée avec son conjoint et leurs trois enfants dans un logement suroccupé et insalubre. Le tribunal a appliqué les articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, fixant l'indemnisation en fonction de la durée de la carence (depuis septembre 2023) et de la composition du foyer. La somme allouée inclut les intérêts au taux légal à compter du 25 janvier 2024, et l'État est condamné à verser 1 200 euros à l'avocat de Mme D. au titre de l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, Mme A... D..., représentée par Me Lansard, demande au tribunal :

1°) de condamner l’État à lui verser la somme, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er octobre 2024, de 15 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’État est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;
- elle est hébergée avec son conjoint et leur trois enfants mineurs dans un logement suroccupé, non adapté à la composition de la famille et présentant un caractère insalubre et dont le loyer est disproportionné ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.


La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 7 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Jimmy Robbe pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

M. B... a lu son rapport au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 22 mars 2023, désigné Mme D... (épouse C...) comme prioritaire et devant être relogée en urgence. Cette décision vaut pour cinq personnes. Après avoir constaté qu’aucune proposition de logement n’avait été faite à Mme D..., dans le délai imparti par cette décision, alors que persistait la situation d’urgence reconnue par la commission, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a, par une ordonnance n° 2312869 du 20 décembre 2023, enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer le logement de l’intéressée sous une astreinte destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement de 600 euros par mois de retard, courant à compter du 22 janvier 2024. Par un courrier du 25 janvier 2024, Mme D... a saisi le préfet d’une demande indemnitaire préalable. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme D... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.


Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. L’article R.822-25 du code de la construction et de l’habitation dispose que : « Le logement au titre duquel le droit à l’aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus ».

5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme D... le 22 mars 2023, cette décision valant pour cinq personnes et ayant été prise aux motifs, d’une part, que le logement est suroccupé et avec une personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou que l’intéressée est handicapée, et, d’autre part, que l’intéressée est en attente d’un logement sociale depuis un délai supérieur au délai fixé par un arrêté préfectoral. Il résulte de l’instruction que le contrat de bail signé par la requérante le 6 novembre 2018 atteste d’une superficie de 45m2, et que la requérante y habite avec son époux et ses trois enfants mineurs. Ce logement n’est donc pas suroccupé. Toutefois, il apparait que le montant du loyer apparaît disproportionné eu égard aux ressources du foyer, telles qu’elles sont mentionnées dans les avis d’impositions fournis. La période d’indemnisation s’étend donc du 22 septembre 2023 au 1er décembre 2024, date à laquelle la requérante ne justifie plus d’une attestation valide de renouvellement de sa demande de logement social. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 2 200 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à Mme D... la somme de 2 200 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.


Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Lansard, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Lansard de la somme de 1 100 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.




D E C I D E :


Article 1er : L’État est condamné à verser à Mme D... la somme de 2 200 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l’État la somme de 1 100 euros à verser à Me Lansard en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... D..., à Me Lansard, et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Une copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2025.


Le magistrat désigné,

J. B...
Le greffier,

L. Dionisi




La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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