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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2507320

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2507320

mercredi 17 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2507320
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantBADJANG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a été saisi par Mme B..., reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis depuis le 28 octobre 2020. N'ayant reçu aucune proposition de logement, elle a demandé réparation des préjudices subis. Le tribunal a jugé que la carence fautive de l'État à exécuter cette décision engage sa responsabilité, sur le fondement des articles L. 300-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation. Il a ainsi condamné l'État à verser à Mme B... une indemnité pour les troubles dans ses conditions d'existence.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 6 février 2024 sous le n° 2401658, Mme C... B..., représentée par Me M’Himdi, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) d’assortir cette condamnation d’une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;
- elle est hébergée par son fils dans une pièce de 20 m² qu’elle partage avec son autre fils ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 21 mars 2023.

II. Par une requête enregistrée le 29 avril 2025 sous le n° 2507320, Mme C... B..., représentée par Me Badjang, demande au tribunal :

1°) de condamner le préfet de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme de 30 100 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 31 janvier 2025 ;

2°) de mettre à la charge du préfet de la Seine-Saint-Denis les entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a pas été relogée, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;
- elle vit chez son fils, dans un espace restreint ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 13 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. A... pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. A... a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Les requêtes n° 2401658 et n° 2507320, présentées pour Mme B..., présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Par une décision du 28 octobre 2020, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a désigné Mme B... comme prioritaire et devant être relogée en urgence. Cette décision vaut pour une personne. N’ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B... a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis de deux demandes indemnitaires préalables par des courriers datés des 3 juillet 2023 et 29 janvier 2025. Ces demandes ayant été implicitement rejetées, Mme B... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser, en dernier lieu, une somme de 30 100 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.


Sur la responsabilité :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ». L’article R. 441-2-7 de ce code dispose : « La demande de logement social a une durée de validité d'un an à compter de sa présentation initiale ou, le cas échéant, de son dernier renouvellement. »

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article
L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B... le 28 octobre 2020 au motif qu’elle était dépourvue de logement ou hébergée chez un particulier. Il résulte de l’instruction que Mme B... est toujours hébergée dans un appartement dont son fils est le locataire. La persistance de cette situation, à compter du
28 avril 2021, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, à causé à Mme B... des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Toutefois, malgré une mesure d’instruction en ce sens, la requérante ne justifie plus d’une attestation valide de renouvellement de demande de logement social à compter du 31 août 2025. Ainsi, il résulte de l’instruction qu’elle n’a pas accompli les diligences nécessaires pour se voir attribuer un logement social postérieurement à cette date. Dans ces circonstances, elle n’apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l’existence d’un lien direct et certain entre la faute invoquée et les préjudices subis à compter de cette date. La période d’indemnisation s’étend donc du 28 avril 2021 au 30 août 2025. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 1 090 euros.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à Mme B... la somme de 1 090 euros.

Sur les frais du litige:

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme au titre de frais exposés et non compris dans les dépens.

L’affaire n° 2507320 n’ayant pas donné lieu à dépens, les conclusions tendant au remboursement de dépens ne peuvent qu’être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme B... la somme de 1 090 (mille quatre-vingt-dix) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B..., à Me M’Himdi, à Me Badjang et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2025.


Le magistrat désigné
A. A...
La greffière
S. Jarrin




La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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