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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2603676

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2603676

mercredi 4 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2603676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantNAMIGOHAR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, a ordonné au préfet de la Seine-Saint-Denis de restituer les documents d'identité (passeport marocain et titre de séjour portugais) à un ressortissant étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le juge a estimé que la retenue prolongée de ces documents, alors que l'intéressé démontrait sa volonté de se conformer à la mesure d'éloignement en partant pour le Portugal, portait une atteinte grave et immédiate à ses droits, notamment à sa liberté de circulation. La décision s'appuie sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en rappelant que la retenue d'un passeport ne doit pas faire obstacle au droit de quitter le territoire et doit être strictement proportionnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2026, M. B... A..., représenté par Me Namigohar, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui restituer immédiatement son passeport marocain et son titre de séjour portugais et de permettre son départ volontaire vers le Portugal, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;


2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que sa demande est urgente, utile et n’est pas susceptible de faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Jimenez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.





Considérant ce qui suit :


Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative. » L'article L. 522-3 de ce code dispose que « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. »

Le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, peut prescrire, sans audience, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S’agissant de la condition d’urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l’article L. 521-3, il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre.

3. Aux termes de l’article L. 814-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ».

4. L’article L. 814-1, créé par l’ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile entrée en vigueur le 1er mai 2021, reprend à l’identique les dispositions de l’article L. 611-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile abrogé par cette ordonnance. La conformité à la Constitution de l’article L. 611-2 dont sont issues les dispositions citées au point 3 n’a été admise par la décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997 du Conseil constitutionnel que sous réserve que ce texte ait « pour seul objet de garantir que l’étranger en situation irrégulière sera en possession du document permettant d’assurer son départ effectif du territoire national » et sans qu’il puisse « être fait obstacle à l’exercice par l’étranger du droit de quitter le territoire national et de ses autres libertés et droits fondamentaux ». Il s’ensuit notamment que la retenue du passeport ou du document de voyage « ne doit être opérée que pour une durée strictement proportionnée aux besoins de l’autorité administrative, sous le contrôle du juge administratif ».

5. Il résulte de l’instruction qu’à la suite de l’arrêté du 20 octobre 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A... à quitter le territoire français, les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis ont procédé à la retenue de son passeport n° WQ3041212 valable du 1er novembre 2023 au 1er novembre 2028 et de son titre de séjour portugais n°1FF740937 valable jusqu’au 11 juillet 2027, et lui ont délivré un récépissé de remise de document d’identité le 20 octobre 2025. Il résulte également de l’instruction que M. A..., qui souhaite se conformer à la mesure d’éloignement prise à son encontre, a réservé des billets d’avion pour un vol pour Lisbonne initialement prévu le 1er décembre 2025 puis le 19 février 2026 et a multiplié les démarches auprès de la préfecture afin d’obtenir la restitution de ses documents d’identité pour pouvoir rejoindre le Portugal, pays où il est légalement admissible et où il exerce une activité professionnelle. Eu égard à la portée de la mesure de rétention d’un document d’identité, à la limitation des droits de circulation et à l’impossibilité pour l’intéressé de partir volontairement vers l’Etat membre qui l’a admis au séjour, les conditions tenant à l’urgence et à l’utilité de la mesure sollicitée doivent être regardées comme satisfaites.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de restituer à M. A... son passeport et son titre de séjour portugais, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a, en revanche, pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu’elles demandent et le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation. ». Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État, sur le fondement de ces dispositions, le versement à M. A... de la somme de 500 euros.























ORDONNE :


Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de restituer à M. A... son passeport et son titre de séjour portugais dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L’Etat versera la somme de 500 euros à M. A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis

Fait à Montreuil, le 4 mars 2026.



La juge des référés,





J. Jimenez


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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