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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1810107

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1810107

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1810107
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème Chambre
Avocat requérantBILLEBAULT

Texte intégral

Vu :

- l'ordonnance de taxation du 5 juin 2023,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

- et les observations de Me Billebault, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a exercé les fonctions d'infirmier diplômé d'Etat au sein du service psychiatrie fermé de l'hôpital Corentin Celton relevant de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris. Le 9 novembre 2015, l'intéressé a été victime d'un accident, reconnu imputable au service par un arrêté du 30 octobre 2017. Par un courrier du 27 avril 2018 réceptionné le 2 mai 2018, M. A a formé une demande préalable indemnitaire auprès de l'AP-HP. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande la condamnation de l'APHP à réparer l'intégralité des préjudices résultant de son accident de service.

Sur la responsabilité de l'APHP :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

2. M. A fait valoir que l'accident de service dont il a été victime est imputable à une faute de l'administration, caractérisée par un défaut d'organisation du service fermé de psychiatrie. Il fait notamment valoir que ce n'est qu'en raison du sous-effectif qu'il a apporté son aide à ses collègues aides-soignants lors de la toilette d'une patiente agitée. Toutefois, il ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Par conséquent, il n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité pour faute de l'AP-HP doit être engagée.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de l'administration :

3. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait. Toutefois, la circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions subordonnant l'obtention de la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité, fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle.

4. Il ne résulte pas de l'instruction que l'accident de service dont M. A a été victime aurait pour origine une faute de l'administration dans l'organisation ou le fonctionnement du service. En revanche, cet accident a été reconnu imputable au service par une décision du 30 octobre 2017. Le requérant est dès lors fondé à rechercher la responsabilité sans faute de l'hôpital pour les conséquences de cet accident de service, et à demander réparation des préjudices directement liés à cet accident autres que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle, tels que notamment l'existence d'un déficit fonctionnel permanent, de souffrances physiques et morales, et de troubles dans les conditions d'existence.

Sur les préjudices subis :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que l'intéressé, qui bénéficie du versement d'une pension de retraite pour invalidité, ne peut demander réparation des préjudices résultant de la perte de revenus. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à réclamer la somme de 353 898, 81 euros au titre de la perte de gains professionnels.

6. En second lieu, d'une part, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

7. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune

8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise rédigé le 23 mars 2023 par le Docteur C que M. A a eu besoin d'une aide évaluée à deux heures par semaine " en période de crise ", pour la toilette, l'habillage, les courses et le ménage jusqu'à la consolidation, fixée au 18 octobre 2018 et que son état de santé nécessite une aide de deux heures par semaine jusqu'à la fin de sa vie. Toutefois, dans le cadre de la présente instance, le requérant, qui se borne à reprendre les éléments contenus dans l'expertise, ne produit aucune pièce de nature à justifier qu'il aurait eu recours à une telle aide entre la date de son accident de service et l'introduction de sa requête. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter l'indemnisation du préjudice lié aux frais pour l'assistance de tierce personne.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise que M. A a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire totale du 31 mars 2017 au 10 avril 2017, soit durant 14 jours. Il a ensuite souffert d'un déficit fonctionnel temporaire partiel, évalué à 25%, du 9 novembre 2015 au 30 mars 2017, du 11 avril 2017 au 26 novembre 2017 et du 30 novembre 2017 au 18 octobre 2018. Par suite, eu égard à la durée de ces déficits fonctionnels temporaires occasionnés par l'accident de service, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en fixant son montant à la somme de 2775 euros.

10. En quatrième lieu, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent imputable à l'accident de service de M. A a été évalué à 17%. Compte tenu de ce taux, qui n'est pas contesté en défense, et de l'âge du requérant, né le 15 juin 1964 à la date de consolidation fixée au 18 octobre 2018, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant son montant à la somme de 20 000 euros.

11. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise précité, que les souffrances endurées par M. A ont été évaluées à deux et demi sur une échelle comportant sept degrés. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en évaluant l'indemnité due à ce titre, à la somme de 2 000 euros.

12. En sixième lieu, l'expert évalue le préjudice esthétique de M. A, caractérisé par une boiterie, à un et demi sur une échelle comportant sept degrés. Dans le cadre de la présente instance, l'intéressé n'établit pas que son apparence physique serait altérée de façon très marquée. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en évaluant l'indemnité destinée à le réparer à la somme de 1 200 euros.

13. En septième lieu, si l'expert indique dans son rapport que le requérant pratiquait le footing et la natation, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à justifier la pratique de ces activités dans le cadre de la présente instance. Il s'ensuit qu'il n'est pas fondé à réclamer une indemnité au titre d'un préjudice d'agrément.

14. En dernier lieu, M. A se prévaut de l'existence d'un préjudice sexuel, caractérisé selon l'expert, par une gêne positionnelle et une baisse de libido. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 200 euros.

Sur les frais du litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'APHP la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens :

16. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

17. Les dépens, constitués des frais d'expertise, liquidés et taxés par ordonnance du 5 juin 2023 à une somme totale de 2518,80 euros sont mis, dans les circonstances de l'espèce, à la charge définitive de l'AP-HP.

D É C I D E :

Article 1er : L'AP-HP est condamnée à verser la somme de 26 175 euros à M. A.

Article 2 : L'AP-HP versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Les dépens de l'instance, correspondant aux frais et honoraires de l'expertise taxés et liquidés à la somme globale de 2518, 80 euros TTC par ordonnance du 5 juin 2023, sont mis à la charge définitive de l'AP-HP.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°1810107

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