vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1811722 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | PICQUET |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 10 mars 2020, le tribunal a, sur requête de Mme A B, assistée de Mme C H en qualité de curatrice de cette dernière, et représentée par Me Picquet, enregistrée sous le n°1811722 et tendant, d'une part, à condamner la commune de Boulogne-Billancourt à lui verser une indemnité d'un montant de 209 000 euros en réparation du préjudice qu'elle aurait subi du fait de l'illégalité du certificat d'urbanisme informatif délivré par la commune le 3 juillet 2017 pour le logement qu'elle s'apprêtait à acquérir, situé 1, sente des Badauds sur le territoire de la commune et, d'autre part, à mettre à la charge de la commune de Boulogne-Billancourt la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance, ordonné avant dire droit une expertise en vue de déterminer le montant du préjudice financier résultant de la perte de la valeur vénale de cet immeuble, frappé d'insalubrité.
Le rapport d'expertise, établi par M. I D, a été déposé au greffe du tribunal le 16 juin 2023.
Par un courrier du 31 juillet 2023, les parties ont été invitées à produire des observations sur ce rapport.
Par un mémoire, enregistré le 17 octobre 2023, MM. G et E F, ayants droits de Mme B, représentés par Me Huon, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Boulogne-Billancourt à leur verser les sommes de :
- 70 000 euros au titre du préjudice de perte de la valeur vénale du bien ;
- 14 042,82 euros au titre des travaux entrepris pour permettre la levée de l'arrêté d'insalubrité ;
- 15 000 euros au titre des frais de copropriété au cours des cinq dernières années ;
- 11 160 euros au titre des frais de logement de M. G F ;
2°) de condamner la commune de Boulogne-Billancourt aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Boulogne-Billancourt la somme 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que l'appartement litigieux avait été totalement rénové avant l'achat par Mme B, de sorte qu'il n'était pas possible de s'apercevoir de son insalubrité et qu'au surplus, Mme B faisait l'objet d'une mesure de protection.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, la commune de Boulogne-Billancourt, représentée par Me Sagalovitsch, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- Mme B avait connaissance de l'état général de l'appartement lors de son acquisition ;
- les consorts F n'ont subi aucun préjudice dès lors que l'appartement n'a pas été surpayé lors de son acquisition en 2017 ;
- l'arrêté d'insalubrité frappait moins de la moitié de la surface de l'appartement litigieux ;
- le préjudice immobilier des consorts F a été compensé par une plus-value de 21 000 euros réalisée lors de sa revente en 2022 ainsi que par l'économie de loyers réalisée pendant plusieurs mois par l'un des fils de Mme B, qui a occupé l'appartement à compter du décès de cette dernière ;
- les préjudices invoqués relatifs aux charges de copropriété et au frais de logement de M. G F ne sont pas établis et ne présentent pas de lien de causalité avec la faute retenue.
Par ordonnance du 1er février 2024, la clôture de l'instruction est intervenue le même jour.
Les parties ont été informées, le 8 février 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des préjudices nouveaux invoqués au titre des travaux engagés pour faire lever l'arrêté d'insalubrité, au titre des charges de copropriété et au titre des frais de logement de M. G F, en application de l'avis du Conseil d'Etat du 19 février 2021, n°439366.
Les requérants ont produit des observations, enregistrées le 12 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Garona, première conseillère,
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;
- les observations de Me Biacabe substituant Me Huon, pour MM. F ;
- et les observations de Me Schvartz, pour la commune de Boulogne-Billancourt.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, placée sous curatelle aménagée, a acquis par un acte du 16 octobre 2017 un appartement sis 93 rue Marcel Dassault et 1, sente des Badauds à Boulogne-Billancourt. Dans le cadre de cette vente, la commune de Boulogne-Billancourt a délivré un certificat d'urbanisme informatif le 3 juillet 2017, indiquant notamment que l'immeuble n'était ni insalubre, ni inhabitable. Ayant découvert après la vente qu'une partie de l'appartement acquis était interdite d'habitation depuis un arrêté préfectoral du 24 juin 1970 compte tenu de son insalubrité, Mme B a demandé au tribunal de condamner la commune à lui payer des dommages-intérêts s'élevant à 209 000 euros en réparation du préjudice matériel qu'elle a subi du fait de la délivrance du certificat d'urbanisme erroné. La requérante étant décédée le 17 novembre 2018, soit après l'introduction de son recours, ses enfants et héritiers, M. G F et M. E F, ont déclaré reprendre l'instance et ont demandé au tribunal administratif de condamner la commune de Boulogne-Billancourt à leur verser, d'une part, en leur qualité d'ayant droits de leur mère, des dommages-intérêts s'élevant désormais à 69 000 euros et, d'autre part, en leur nom propre, une indemnité s'élevant à 1 000 euros par mois depuis le décès de Mme B et jusqu'à la vente à intervenir de l'appartement. Par un jugement du 10 mars 2020, après avoir retenu la responsabilité pour faute de la commune de Boulogne-Billancourt en raison de la délivrance à Mme B d'un certificat d'urbanisme erroné, le tribunal a prescrit avant-dire droit une expertise en vue de déterminer le montant du préjudice résultant de la perte de valeur vénale de son bien, du fait de l'existence de cet arrêté d'insalubrité, présentant un lien direct et certain avec l'information erronée contenu dans le certificat d'urbanisme, en réservant jusqu'en fin d'instance les frais d'expertise et tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'a pas été expressément statué. Dans le dernier état de leurs écritures, M. G F et M. E F demandent au tribunal de condamner la commune de Boulogne-Billancourt à leur verser la somme globale de 110 202,82 euros, en réparation des préjudices subis.
Sur la recevabilité de la demande de réparation de nouveaux dommages :
2. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. En conséquence, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En outre, si, une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable, sauf dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation.
3. Il résulte de l'instruction que les nouveaux préjudices invoqués par M. G F et M. E F relatifs aux travaux engagés pour faire lever l'arrêté d'insalubrité, aux charges de copropriété et aux frais de logement de M. G F, s'ils sont nés postérieurement à la décision administrative de rejet de la réclamation préalable, n'ont toutefois pas été causés par le même fait générateur, résultant du défaut d'information de Mme B quant à l'existence de l'arrêté d'insalubrité touchant l'appartement qu'elle s'apprêtait à acquérir, mais sont directement liés à l'existence même de l'arrêté préfectoral d'insalubrité du 24 juin 1970. Par suite, la demande de réparation de ces nouveaux chefs est tardive et n'est pas, par suite, pas recevable.
Sur la responsabilité :
4. Comme il a été dit au point 1, il a été définitivement jugé que la commune de Boulogne-Billancourt a engagé sa responsabilité pour faute en délivrant à Mme B le 3 juillet 2017 un certificat d'urbanisme contenant un renseignement erroné selon lequel le logement qu'elle s'apprêtait à acquérir, sis à Boulogne-Billancourt, n'avait pas fait l'objet d'un arrêté d'insalubrité et a retenu l'existence du préjudice tiré de la perte de la valeur vénale du bien acquis. Dans ces conditions, les ayants-droits de Mme B, M. G F et M. E F, ont droit à la réparation des préjudices présentant un lien direct et certain avec l'information erronée.
Sur le préjudice résultant de la perte de la valeur vénale du bien acquis :
5. Il résulte de l'instruction que la moitié, environ, de la surface de l'appartement en cause est concernée par l'arrêté d'insalubrité de 1970. En outre, il résulte du rapport d'expertise, dont les conclusions ne sont pas contredites sur ce point, que la perte de la valeur vénale du bien acquis par Mme B, au prix de 209 000 euros, se situe entre 10 et 15 %. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant la commune de Boulogne-Billancourt à verser à M. G F et M. E F une indemnité de 15 000 euros.
Sur les dépens :
6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge définitive de la commune de Boulogne-Billancourt les frais d'expertise, confiée à M. D, expert.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Boulogne-Billancourt une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. G F et M. E F, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à la commune de Boulogne-Billancourt une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E
Article 1 : La commune de Boulogne-Billancourt est condamnée à verser à M. G F et M. E F, ayants-droits de Mme B, la somme de 15 000 euros, en réparation du préjudice subi.
Article 2 : Les dépens, qui comprennent les frais et honoraires de l'expertise ordonnée par jugement avant-dire droit du 10 mars 2020 sont mis à la charge de la commune de Boulogne-Billancourt.
Article 3 : La commune de Boulogne-Billancourt versera à M. G F et M. E F une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, à M. E F et à la commune de Boulogne-Billancourt.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président,
Mme Garona, première conseillère,
M. Ausseil, conseiller,
Assistés par Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 mars 2024.
La rapporteure,
signé
E. Garona
Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026