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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1900256

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1900256

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1900256
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHIRMANPOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire enregistrés le 9 janvier 2019, le 24 juillet 2019, le 28 octobre 2019, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 23 avril 2024, la SARL Immo G Consulting, représentée en dernier lieu par Me Hirmanpour, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2011 et 2012 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignées au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2012 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a manqué à son obligation de loyauté dès lors, d'une part, qu'elle a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en omettant de donner copie du document sur lequel elle a fondé le rehaussement en litige malgré la demande effectuée le 11 août 2015, et, d'autre part, qu'elle a méconnu la procédure relative à l'emport des documents comptables en omettant de délivrer un reçu ;

- c'est à tort que l'administration a retenu que le dossier C lui appartenait, avant la date du 25 octobre 2012, dès lors que les associés ont refusé l'apport de ce client, qu'en tout état de cause, M. B, devait être considéré comme ayant apporté l'affaire à la SARL Immo G Consulting ;

- c'est à tort que l'administration n'a pas admis en déduction la somme de 99 000 euros versée par le gérant à un tiers intervenant au titre de ses missions ;

- l'administration aurait dû déduire la somme de 103 806 euros en lieu et place de 100 734 euros versée à M. D en qualité d'apporteur d'affaires ;

- l'administration aurait dû prendre en compte les régularisations effectuées par M. B entre 2013 et 2015 ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a considéré qu'une charge de 11 879 euros engagée pour la location des locaux des bureaux de la société ne pouvait donner lieu à déduction du résultat imposable au titre de l'exercice 2011, dès lors qu'elle a été exposée dans l'intérêt de la société et que la mise à disposition d'une partie des locaux de la société au bénéfice du gérant doit s'analyser comme un avantage en nature ;

- c'est à tort que l'administration a appliqué la majoration de 40% pour manquement délibéré en application du a de l'article 1729 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2019, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de restitution partielle des cotisations d'impôts sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée afférentes aux années 2014 et 2015 dès lors qu'elles n'ont pas été contestées dans la réclamation du 23 mai 2017 complétée par celle du 6 mars 2018.

Par un mémoire, enregistré le 13 septembre 2024, la SARL Immo G Consulting a présenté ses observations sur ce moyen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Froc, conseillère ;

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Immo G Consulting, qui exerce une activité d'expertise en évaluation immobilière, a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013, étendue au 30 avril 2014 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à la suite de laquelle, et aux termes de deux propositions de rectification du 1er décembre 2014 et du 5 juin 2015, le service lui a notifié des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2011 et 2012 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2012, assortis de la majoration prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts, pour manquement délibéré. A la suite du rejet implicite de sa réclamation, la SARL Immo G Consulting demande la décharge des suppléments d'impositions ainsi mis à sa charge.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre et, au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent.

3. Il n'est pas contesté que le service vérificateur, pour rehausser les impositions de la SARL Immo G Consulting, a utilisé son droit de communication et s'est fondé notamment sur les informations obtenues en réponse à la demande d'information adressée à Mme C le 30 janvier 2015.

4. La SARL Immo G Consulting soutient que l'administration fiscale ne lui pas communiqué la réponse de Mme C malgré sa demande en date du 11 août 2015. Toutefois, dans sa réponse aux observations du contribuable en date du 17 septembre 2015, le service a communiqué à la contribuable le courrier du 30 mars 2015, rédigé par les enfants de Mme C compte tenu de l'incapacité de cette dernière, cette incapacité étant d'ailleurs admise par la société requérante qui produit un certificat médical du 21 décembre 2013 attestant les troubles neuropsychologiques de Mme C. D'autre part, il résulte des termes mêmes de ce courrier que les enfants de A et Mme C ont répondu, par celui-ci, à la demande de l'administration du 30 janvier 2015. Est, dès lors, sans incidence sur la régularité de la procédure l'erreur de plume contenue dans la proposition de rectification du 5 juin 2015 mentionnant à tort une réponse en date du 30 mai 2015. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.

5. Par ailleurs, la SARL Immo G Consulting soutient qu'elle a communiqué des pièces comptables, en l'espèce des copies de chèques, au service sans que celui-ci ne lui délivre de reçu, toutefois, il résulte de l'instruction que la société requérante a dressé la liste précise de ces chèques dans les observations du 7 mars 2016 adressées, de sa propre initiative, à l'interlocuteur départemental, postérieurement à la vérification de comptabilité, rendant, en tout état de cause, inutile la délivrance d'un reçu.

6. Enfin, dès lors que la procédure de contrôle et de rectification a été conduite dans le respect des garanties prévues par le législateur, la requérante ne peut plus utilement se prévaloir, à l'appui de sa demande en décharge, de ce que l'administration aurait méconnu à son encontre un principe de loyauté.

Sur le bien-fondé des impositions :

7. Pour rehausser le chiffre d'affaires de la société Immo G Consulting, l'administration s'est fondée sur les réponses aux demandes d'information effectuées auprès des émetteurs des chèques encaissés sur les comptes personnels de M. B, gérant de la société Immo G Consulting ainsi que sur la copie des chèques établis à l'ordre de M. B qu'il a encaissés sur ses comptes personnels. Il résulte de l'instruction, que la SARL Immo G Consulting a adressé le 25 octobre 2012 un courrier à M. C dans lequel elle se réfère expressément " à la mission d'expertise en valeur vénale " du patrimoine immobilier de M. C et détaille précisément la nature de la prestation qu'elle a rendue. Si la SARL Immo G Consulting allègue n'avoir réalisé les prestations litigieuses qu'à compter du 24 octobre 2012, elle fait elle-même valoir dans ses écritures que ce courrier avait pour objet, selon ses propres termes d'" officialiser ex post l'intervention de la société " alors même que ses associés avaient refusé dans un premier temps le dossier de M. C. Par ailleurs, aucun élément du dossier ne fait ressortir que M. B n'aurait exercé qu'une activité individuelle d'apport d'affaires et non une activité de conseil pour le compte de la SARL Immo G Consulting. Dans ces conditions, c'est à bon droit que les recettes afférentes à cette prestation ont été réintégrées dans le résultat imposable de la société requérante.

8. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

9. L'administration a admis en déduction du résultat la somme de 100 734 euros versée à M. D au titre de ses commissions d'apporteur d'affaires. Si la SARL Immo G Consulting soutient que le service aurait dû déduire la somme de 103 806 euros, elle ne produit aucun élément de nature à justifier la prise en compte de la différence entre cette somme et celle admise par l'administration.

10. La SARL Immo G Consulting, soutient que l'administration aurait également dû admettre en déduction la somme de 99 000 euros versée par M. B à Mme E. Toutefois, alors que le service a admis en déduction plusieurs sommes facturées par Mme E au titre de son activité de sous-traitance, la SARL Immo G Consulting, en se bornant à produire les seules attestations de Mme E, ne justifie pas la déductibilité de la somme en litige en l'absence de facture correspondante et, de surcroît, de toute comptabilisation.

11. Aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts : " Les contribuables visés à l'article 53 A sont tenus de fournir, en même temps que la déclaration des résultats de chaque exercice, un état comportant l'indication de l'affectation de chacun des véhicules de tourisme au sens de l'article 1010 ayant figuré à leur actif ou dont l'entreprise a assumé les frais au cours de cet exercice. Ces mêmes contribuables doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel. " Aux termes de l'article 54 quater du même code : " Les entreprises sont tenues de fournir, à l'appui de la déclaration de leurs résultats de chaque exercice, le relevé détaillé des catégories de dépenses visées au 5 de l'article 39 (1), lorsqu'elles dépassent un certain montant fixé par arrêté du ministre chargé de l'économie et des finances, ainsi que le relevé détaillé des dépenses mentionnées au troisième alinéa de l'article 238 A et déduites pour l'établissement de leur impôt. ".

12. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les rémunérations et avantages accordés par une société à son dirigeant ont, lorsqu'elles ne sont ni inscrites en comptabilité ni sur le relevé des frais généraux, le caractère d'avantages occultes qui ne sont pas déductibles de son bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés ; que ces dispositions visent l'ensemble des avantages occultes versées par la société, que ces avantages aient ou non le caractère d'avantage en nature.

13. Il est constant que l'administration fiscale a admis en déduction du résultat un pourcentage d'utilisation professionnelle des locaux d'habitation occupés par M. B à hauteur de 33% au titre des années 2011 et 2012.

14. La SARL Immo G Consulting soutient que la totalité des charges locatives est déductible du fait de son utilisation à 65% à titre professionnel, le surplus correspondant à un avantage en nature au profit de M. B. Toutefois, d'une part, la SARL Immo G Consulting ne justifie, par aucun élément, le taux d'occupation professionnelle sollicité, d'autre part, l'avantage en nature allégué n'est pas retracé dans la comptabilité de la société requérante qui n'a, au surplus, pas fourni le relevé détaillé prévu par l'article 54 quater précité. Enfin, il n'est pas davantage démontré que M. B l'aurait déclaré. La requérante n'est donc pas fondée à sollicité une déduction supplémentaire à ce double titre.

15. Par ailleurs, les régularisations opérées par M. B en 2013, comme en 2014 et 2015, sont sans incidence sur l'imposition établie, à bon droit, au titre de l'année 2012.

Sur les pénalités pour manquement délibéré :

16. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a) 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

17. Pour justifier l'application de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée notamment sur le fait que M. B a encaissé, sur ses comptes personnels, des sommes correspondant à des prestations effectuées par la SARL Immo G Consulting, sur l'importance des rectifications par rapport au chiffre d'affaires déclaré par la SARL Immo G Consulting, soit un quart de celui-ci, et, sur la circonstance que M. B, en sa qualité de gérant de la SARL Immo G Consulting, ne pouvait ignorer les manquements constatés. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 8, la société requérante ne démontre pas que les prestations n'auraient pas été effectuées par elle, M. B n'ayant comme unique activité que celle exercée pour le compte de la SARL Immo G Consulting. Enfin, la société ne démontre ni même n'allègue sérieusement que M. B aurait spontanément entrepris des démarches pour rectifier l'ordre des chèques qui lui ont été adressés à tort, ni que celui-ci aurait entièrement et immédiatement reversé à la SARL Immo G Consulting les sommes encaissées sur ses comptes personnels. Ainsi, l'administration doit, eu égard à la persistance d'un comportement ayant pour but de tenter d'éluder l'impôt, être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe du manquement délibéré du contribuable à ses obligations fiscales en application des dispositions précitées du a de l'article 1729 du code général des impôts.

18 Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Immo G Consulting doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société à responsabilité limitée Immo G Consulting est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Immo G Consulting et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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