vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1901008 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 janvier 2019 et le 4 mai 2021, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société à responsabilité limitée (SARL) Blue eyes optical, représentée par Me Foissac et Me Boyxen, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 30 juin 2012, 30 juin 2013 et 30 juin 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que l'administration fiscale qualifie les remises commerciales qu'elle a consenties à des sociétés clientes, au titre de prestations de services administratives facturées, comme des abandons de créance et conclut à leur caractère anormal ;
- les remises commerciales qu'elle a consenties à ces sociétés ne constituent pas des abandons de créance mais s'inscrivent dans le cadre d'une gestion commerciale normale dès lors que le principe des remises est contractuellement convenu entre les parties et que leur mise en œuvre ne constitue pas le résultat de décisions qui seraient prises unilatéralement par elle, sans fondement juridique ;
- les remises commerciales consenties ne sont que des corrections du prix des prestations de servies rendues au cours des années considérées, parfaitement conformes aux conventions la liant aux sociétés clientes ;
- c'est à tort que le service vérificateur a estimé qu'elle réalisait une marge opérationnelle négative de 37,5 % au titre des prestations de service rendues aux sociétés bénéficiaires de remises commerciales dès lors qu'en dépit de ces remises, elle a réalisé une marge opérationnelle positive de 9,6 % au titre de l'exercice clos en 2012, de 10,9 % au titre de l'exercice clos 2013 et de 18,33 % au titre de l'exercice clos en 2014 ;
- le caractère anormal des remises consenties ne peut être déduit du seul fait qu'elles ont un caractère forfaitaire et systématique ;
- en dépit des remises commerciales pratiquées, les prix facturés au titre des prestations de services rendues reflètent leur valeur réelle ;
- s'agissant de remises accordées par une société exerçant la fonction de centrale d'achat, l'existence d'une contrepartie, trouvant sa source dans la nature des relations économiques entretenues, est indéniable ;
- les remises ont été consenties en raison des situations financières des sociétés clientes dès lors qu'elle avait intérêt à la poursuite de l'activité de ces entreprises afin de préserver ses débouchés commerciaux ;
- même en l'absence de difficultés financières des sociétés bénéficiaires des remises, elle avait intérêt à les consentir en vue de fidéliser ses partenaires commerciaux importants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2019, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Blue Eyes Optical (BEO), qui exerce une activité de centrale d'achat et de prestataire de services pour des commerces d'optique et de lunetterie exerçant leur activité sous l'enseigne " Les Opticiens conseil ", a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2011 au 30 juin 2014. Par des propositions de rectification des 14 décembre 2015 et 17 mai 2016, le service vérificateur a estimé que les remises commerciales consenties par la SARL BEO à des sociétés clientes, au titre de prestations de services administratives facturées, avaient le caractère d'un abandon de créance à caractère commercial, qui constitue un acte anormal de gestion dès lors qu'elles n'ont pas été accordées dans l'intérêt propre de la SARL BEO. En conséquence, l'administration fiscale a réintégré aux résultats de la société les montants correspondants aux remises commerciales consenties et lui a notifié, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 30 avril 2018. La réclamation de la SARL BEO en date du 18 mai 2018 a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 30 novembre 2018. A l'appui de sa requête, la SARL BEO demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 30 juin 2012, 30 juin 2013 et 30 juin 2014.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion commerciale normale. Les renonciations à recettes et abandons de créances consentis par une entreprise au profit d'un tiers ne relèvent pas, en règle générale, d'une gestion commerciale normale, sauf s'il apparaît qu'en consentant de tels avantages, l'entreprise a agi dans son propre intérêt. S'il appartient à l'administration d'apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour estimer que les avantages octroyés par une entreprise à un tiers constituent un acte anormal de gestion, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que cette entreprise n'est pas en mesure de justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties. Dans l'hypothèse où l'entreprise s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration d'apporter la preuve que cet avantage est, contrairement à ce que soutient l'entreprise, dépourvu de contrepartie, qu'il a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour l'entreprise ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
3. D'une part, il résulte de l'instruction qu'au titre des exercices clos les 30 juin 2012, 30 juin 2013 et 30 juin 2014, la SARL BEO a fourni des prestations de services à plusieurs sociétés formant un groupe familial informel et exerçant leur activité sous l'enseigne " Les Opticiens conseil ". Elle a conclu avec chacune de ces sociétés un contrat de prestations de services administratives, comptables, informatiques, publicitaires et d'entretien, définissant les prestations à réaliser, et précisant que les frais nécessaires à l'accomplissement de ces missions seront facturés mensuellement pour un montant de 500 euros hors taxe par magasin, sur présentation des justificatifs joints à la facture. Le 30 mai 2007, un avenant aux contrats a été signé avec chacune des sociétés, stipulant que la SARL BEO pourra en tant que de besoin, et à titre commercial, consentir une réduction relative aux prestations administratives pouvant aller jusqu'à 60 % des montants dus. Au titre des années en litige, après avoir facturé mensuellement les prestations réalisées pour les montants contractuellement prévus, elle a accordé un ou deux avoirs sur la totalité des factures de l'année de manière forfaitaire, à hauteur de 50 % du montant facturé, sans référence à des factures en particulier. Si la société requérante fait valoir que les remises commerciales ainsi consenties sous forme d'avoirs ne sont que des corrections du prix des prestations de servies rendues au cours des années considérées, il ressort toutefois des termes mêmes de l'avenant du 30 mai 2007 qu'elle produit que les remises peuvent être accordées afin de maintenir pour l'avenir ses prestations auprès des sociétés tierces, sans aucune référence à la situation financière du client. Ainsi, en accordant ces avoirs à des sociétés tierces, la SARL BEO doit être regardée comme ayant consenti des abandons de créance, alors même que le principe des remises commerciales était convenu contractuellement entre les parties et que leur mise en œuvre ne constituerait pas le résultat de décisions qui seraient prises unilatéralement par elle.
4. D'autre part, pour justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties, la SARL BEO soutient que les remises commerciales litigieuses ont été consenties en raison de la situation financière des sociétés clientes dès lors qu'elle avait intérêt à la poursuite de l'activité de ces entreprises afin de préserver ses débouchés commerciaux et que, même en l'absence de difficultés financières des sociétés bénéficiaires des remises, elle avait intérêt à les consentir en vue de fidéliser ses partenaires commerciaux importants. Toutefois, alors que la société requérante ne produit aucune pièce permettant d'établir les difficultés financières des sociétés auxquelles elle a accordé des remises commerciales, il résulte de l'instruction que ces sociétés présentaient des situations nettes positives sur l'ensemble de la période concernée. En outre, l'administration fiscale fait valoir, sans être contestée sur ce point, que la SARL BEO a été créée pour devenir la centrale d'achat et le prestataire de services à l'intérieur d'un groupe familial informel, que ses seules clientes sont les sociétés du groupe exerçant sous l'enseigne " Les Opticiens conseil " et que ce groupe informel fonctionne en circuit fermé, les sociétés clientes se fournissant exclusivement auprès d'elle. Ainsi, la société requérante ne justifie pas que les remises commerciales consenties avaient vocation à fidéliser ces sociétés et qu'elle a bénéficié en retour de contreparties, alors même qu'elle aurait réalisé une marge opérationnelle positive au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014 en dépit des remises consenties et que les prix facturés au titre des prestations de services rendues reflèteraient leur valeur réelle. Par suite, dès lors que la société requérante ne justifie d'aucune contrepartie aux abandons de créances en cause, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que ces abandons de créances étaient étrangers à une gestion commerciale normale.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL BEO n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 30 juin 2012, 30 juin 2013 et 30 juin 2014.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL BEO demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Blue Eyes Optical est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Blue Eyes Optical et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, M. Amazouz, premier conseiller, et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
S. AMAZOUZLe président,
signé
R. FERALLa greffière,
signé
N. MAGEN
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation
Le Greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026