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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1901168

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1901168

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1901168
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantRIVAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 janvier 2019, enregistrée le 29 janvier suivant au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, sur le fondement des articles R. 312-1 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme C et M. A.

Par cette requête, enregistrée le 27 décembre 2018 au greffe du tribunal administratif de Paris, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 17 juin 2020, 16 juin 2021, 2 décembre 2021, et 26 octobre 2022, Mme C et M. A, représentés par Me Rivault, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2005 à 2008, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 511 802 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les rappels litigieux sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que l'administration fiscale ne pouvait qualifier l'activité de Mme C d'occulte et faire application d'un délai de reprise de six ans, ni avoir recours à la procédure d'évaluation d'office et leur appliquer ainsi la majoration de 80 % ;

- l'activité de Mme C ne peut être qualifiée d'occulte, dès lors qu'elle l'a déclarée auprès des autorités fiscales britanniques, qu'elle a déclaré ses revenus mondiaux et payé des impôts en Grande-Bretagne, qu'elle n'a pas eu l'intention de frauder et de se soustraire à ses obligations fiscales et qu'elle ignorait qu'elle était soumise aux règles fiscales françaises ;

- en maintenant la qualification d'activité occulte, l'administration fiscale a méconnu la doctrine fiscale BOI-CF-PGR-10-70 n°30, 12-09-2012, le principe d'égalité devant l'impôt et créé une différence de traitement entre les établissements principaux établis en France et les établissements principaux établis en Europe, et méconnu ses droits de la défense au cours du contrôle, tels qu'ils sont garantis par le livre des procédures fiscales et dans la charte du contribuable ;

- l'administration fiscale a également méconnu l'article 6 du Traité sur l'Union européenne et de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la procédure dont a fait l'objet Mme C méconnaît ses droits fondamentaux garantis par la Charte de l'Union européenne ;

- elle a été discriminée en raison de sa nationalité britannique, en méconnaissance de l'article 18 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- l'administration fiscale a méconnu les règles de territorialité de l'imposition tels qu'exposés dans le code général des impôts et la convention fiscale franco-britannique en considérant qu'elle exerçait son activité exclusivement en France, et qu'elle devait être imposée en France sur la totalité des bénéfices résultant de cette activité professionnelle ; elle exerce son activité depuis son établissement stable situé en Grande-Bretagne ; le bureau ouvert à Paris ne constitue qu'un bureau secondaire et ne peut être qualité d'établissement stable au sens de l'article 6 de la convention franco-britannique ; elle exerce son activité en Grande-Bretagne et, en tout état de cause, seule est imposable en France la fraction du résultat de l'activité professionnelle se rattachant à un éventuel établissement stable en France ;

- la méthode de reconstitution de ses bases imposables est erronée et radicalement viciée ; à ce titre, les recettes issues de son activité ne relèvent pas de la catégorie des bénéfices non commerciaux mais des bénéfices industriels et commerciaux ; en outre, elle justifie du caractère exagéré des bases d'imposition retenues par le service vérificateur, qui aboutit à une double imposition ; par ailleurs, l'administration fiscale n'a tenu compte que des seules dépenses exposées en France, et détaillées dans les déclarations n°2031 déposées lors du contrôle ;

- la pénalité de 80% prise en application de l'article 1728 du code général des impôts n'est pas motivée et est injustifiée dès lors qu'elle a démontré sa bonne foi ; elle a, en effet, commis une erreur justifiant qu'elle ne se soit pas acquittée de ses obligations déclaratives ;

- la décision d'admission partielle n'est pas suffisamment motivée en raison de l'incohérence des montants figurant dans les tableaux établis par l'administration, l'un relatif aux montants des rehaussements mis à la charge des contribuables avant et après la décision d'admission partielle de la réclamation, et l'autre détaillant les nouvelles bases imposables en France pour chaque année redressée ; ainsi, ces montants ne permettent pas de reconstituer le calcul du supplément d'imposition effectué par le service ; à défaut de fournir les informations relatives au détail de son calcul, il sera jugé qu'ils n'ont pas disposé des informations suffisantes pour contester utilement le redressement mis à leur charge, en violation des droits de la défense ;

- pour déterminer les bases imposables, l'administration fiscale s'est fondée, dans sa décision d'admission partielle du 7 janvier 2019, sur les résultats de la procédure amiable initiée par la requérante en application de l'article 26 de la convention franco-britannique du 22 mai 1968 ; or, cette référence à la procédure amiable n'est pas pertinente pour justifier des montants retenus en ce qu'il s'agit d'une procédure diplomatique qui ne lie pas les juridictions françaises, n'aborde pas les aspects conventionnels du litige, que les chiffres repris dans les tableaux ont été fixés unilatéralement par l'administration française lors du recours avec le médiateur, pour être proposés à titre de transaction à la contribuable, une fois conclu l'accord de principe avec les services britanniques et que les montants retenus pas le service sont ceux déjà présentés devant le médiateur des finances publiques et refusés alors par la contribuable ;

- la méthode de reconstitution des bases imposables en France n'est pas conforme aux dispositions du code général des impôts et de la convention fiscale franco-britannique du 22 mai 1968, en particulier son article 6 ; ainsi, selon cet article et la doctrine fiscale BOI-INT-DG-20-20-10 n° 120, seules les activités effectives de l'établissement stable doivent être prises en compte ; en outre, les résultats d'exploitation de l'établissement stable sont déterminés en procédant comme si cet établissement était une entreprise indépendante, traitant avec le siège dans des conditions de pleine concurrence ; par ailleurs, conformément à l'article 4 du code général des impôts, le bénéfice taxable en France d'un établissement stable ou d'une installation fixe d'affaire doit être calculé en affectant à chaque entité les bénéfices qui lui sont imputables ; en vertu des principes de calcul du résultat imposable, il convient donc d'attribuer à chaque entité les recettes et les charges qui lui sont afférentes comme s'il s'agissait d'entités indépendantes ; or, en l'espèce, la méthode utilisée par l'administration contrevient à ces principes en ce qu'elle ne procède pas à une telle ventilation ; afin d'éviter une double imposition, il appartenait au service de procéder à une ventilation des recettes et des charges entre chacune des entités, que ce soit en fait ou par l'application d'un pourcentage en fonction du chiffre d'affaires, voire par le recours à la méthode par comparaison ;

- s'agissant du " montant déjà imposé en Grande-Bretagne ", il convient de tenir compte de l'année fiscale britannique, qui court à compter du 1er avril, et ne correspond pas à l'année civile comme en France, de sorte que les revenus se rapportant aux exercices ne sont donc pas les mêmes ; en outre, le bénéfice imposable déclaré au Royaume-Uni a été déterminé selon les règles comptables et fiscales en vigueur en Grande Bretagne ; ainsi, les règles de déductibilité des charges britanniques diffèrent des règles de déductibilité françaises, ce dont n'a pas tenu compte l'administration ; de plus, le " montant déjà imposé au Royaume-Uni " correspond aux recettes déclarées en Grande Bretagne dont ont été déduites l'ensemble des charges générées par l'activité, sans opérer de ventilation entre les établissements français et anglais, et en respectant les règles de déductibilité fiscale des charges britanniques ; en revanche, le " bénéfice mondial reconstitué " correspond à la totalité des recettes réalisées par les deux établissements, sous déduction de la totalité des charges cumulées des deux établissements mais dont la déductibilité est envisagée suivant le droit fiscal français ; ainsi, en retenant comme revenu imposable en France, la différence entre le bénéfice mondial reconstitué et le bénéfice déjà imposé au Royaume Uni sans opérer, au préalable, de ventilation des revenus et des charges selon les établissements, et sans employer les mêmes règles de déductibilité des charges, le service soustrait deux termes sans rapport et obtient nécessairement un résultat majoré au profit de la France ; par cette méthode, les charges communes n'ont pas été retraitées et les charges de l'établissement français ont donc été minorées, de sorte le service détermine un revenu majoré ; ainsi, la méthode utilisée, qui ne présente pas une répartition des recettes et des charges entre les deux entités justifiant des rehaussements en litige, ne prend pas en compte l'activité effective de chacune des entités ;

- Mme C a déclaré auprès de l'administration fiscale anglaise, sur l'ensemble de la période vérifiée, la somme de 581 413 livres sterling, soit 815 011 euros, au titre de ses revenus mondiaux et la somme de 591 879 euros au titre de ses charges déductibles, alors que le service a retenu au titre des " charges déclarées au Royaume-Uni " un montant de 273 553 euros sur les quatre exercices ; ainsi, les charges déclarées auprès des autorités fiscales anglaises dépassent les seules dépenses intervenues en Grande-Bretagne ;

- la part de recettes taxables en France ne peut donc excéder la somme de 503 570 euros, tandis que les charges déclarées rattachables à l'établissement français, qui ont été admises par le service, s'élèvent à 376 784 euros ;

- l'administration ne conteste d'ailleurs pas le contenu des déclarations 2031 souscrites, dans lesquelles elle présente pour chaque année un chiffre d'affaires taxable en France, appuyé sur des pièces comptables justificatives (factures et relevés bancaires) et calculé en appliquant les règles du code général des impôts et du droit comptable français.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 novembre 2019, le 17 novembre 2021 et le 1er décembre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C et M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre la France et le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord tendant à éviter les doubles impositions et à prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôts sur le revenu, signée le 22 mai 1968, modifiée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, première conseillère,

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public ;

- et les observations de Me Rivault, représentant Mme C et M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, de nationalité britannique, exerce une activité de courtier en marchandises consistant en la mise en relation de fournisseurs français et de commerçants britanniques et internationaux dans le milieu de la mode et du prêt-à-porter. Mme C, qui a débuté son activité en 1986 à Londres, a conclu le 2 juin 2004 un contrat de location pour un appartement situé 16 rue Etienne Marcel à Paris, elle-même étant alors domiciliée à Neuilly-sur-Seine. Son entreprise individuelle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 2 décembre 2009 au 26 février 2010 pour la période du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2008. A l'issue de ce contrôle, des rappels correspondant aux bénéfices non commerciaux reconstitués selon la procédure d'évaluation d'office ainsi qu'à l'impôt sur le revenu calculé sur la base des bénéfices non commerciaux tirés de son activité d'intermédiaire lui ont été notifiés au titre des années 2005 à 2008 par une proposition de rectification du 20 décembre 2010. Ainsi, par cet acte, les bénéfices tirés de l'activité de Mme C, considérée comme ayant été exercée de façon occulte dans le local situé à Paris, ont été arrêtés par le service à 490 628 euros en 2005, 559 510 euros en 2006, à 395 308 euros en 2007 et à 205 499 euros en 2008. Par un courrier du 25 juillet 2011, suite à recours hiérarchique, le service a confirmé les rehaussements notifiés. Saisi du différend persistant, l'interlocuteur départemental a confirmé les rehaussements par courrier du 15 décembre 2011 en l'absence de précisions apportées par l'intéressée permettant de préciser le montant de son bénéfice professionnel imposable en France, notamment la comptabilité se rapportant aux déclarations de résultat souscrites en Grande-Bretagne. En conséquence, les droits correspondants ont été mis en recouvrement le 31 mars 2012 avec ceux résultant de l'examen de la situation fiscale personnelle de M. A et de Mme C pour un montant de 486 733 euros au titre de l'année 2005, de 553 449 euros au titre de l'année 2006, de 379 793 euros au titre de l'année 2007 et de 184 055 euros au titre de l'année 2008. Mme C a sollicité, le 15 mai 2012, l'ouverture d'une procédure amiable en application de l'article 26 de la convention franco-britannique du 22 mai 1968. Par courrier du 17 juin 2014, Mme C a été informée d'un accord de principe entre les autorités fiscales française et britannique, permettant d'assurer l'élimination de la double imposition. En raison de difficultés rencontrées pour le chiffrage du bénéfice taxable en France, le dossier a été porté devant le médiateur des ministères économiques et financiers en date du 9 mars 2017. Une proposition de règlement d'ensemble, permettant l'élimination de la double imposition a été adressée le 7 juillet 2017, que Mme C a refusé le 6 septembre suivant, entraînant la clôture de la procédure amiable le 9 octobre 2018. Par courrier du 7 janvier 2019, le service a partiellement fait droit à la réclamation de Mme C en date du 9 mai 2012, en retenant au titre de la base imposable en France de son activité professionnelle le bénéfice résultant de la procédure amiable, de sorte qu'il a été laissé à la charge de Mme C et de M. A la somme de 511 802 euros. Par la présente requête, Mme C et M. A demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à hauteur de cette somme.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la territorialité de l'impôt :

2. En premier lieu, l'article 4 A du code général des impôts dispose que : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. / Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française. ". Pour l'interprétation de ces dispositions, l'article 4 B du même code dispose que : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques. /2. Sont également considérés comme ayant leur domicile fiscal en France les agents de l'Etat qui exercent leurs fonctions ou sont chargés de mission dans un pays étranger et qui ne sont pas soumis dans ce pays à un impôt personnel sur l'ensemble de leurs revenus. ". Enfin, l'article 4 bis du même code précise que : " Sont également passibles de l'impôt sur le revenu : 1° (Abrogé) ; 2° Les personnes de nationalité française ou étrangère, ayant ou non leur domicile fiscal en France, qui recueillent des bénéfices ou revenus dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions. ".

3. L'article 3 de la convention susvisée entre la France et le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord tendant à éviter les doubles impositions et à prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôts sur le revenu, signée le 22 mai 1968, modifiée, stipule que : " 1.() Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un Etat contractant " désigne toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, y est assujettie à l'impôt en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l'impôt dans cet Etat que pour les revenus de sources situées dans cet Etat. /2. Lorsque, selon la disposition du paragraphe 1, une personne physique est considérée comme résident de chacun des Etats contractants, le cas est résolu d'après les règles suivantes : a) Cette personne est considérée comme résident de l'Etat contractant où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent. Lorsqu'elle dispose d'un foyer d'habitation permanent dans chacun des Etats contractants, elle est considérée comme résident de l'Etat contractant avec lequel ses liens personnels et économiques sont les plus étroits (centre des intérêts vitaux) ; (). ".

4. Il se déduit de la combinaison de ces dispositions et stipulations que Mme C et M. A doivent être regardés comme des résidents de France s'il s'avère qu'ils y ont un foyer d'habitation permanent, lequel s'entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux sans qu'il soit tenu compte des séjours effectués temporairement ailleurs en fonction des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles. Il est rappelé de ce point de vue que le lieu du séjour principal d'un contribuable ne peut déterminer son domicile fiscal que dans l'hypothèse où il ne dispose pas de foyer.

5. Il résulte de l'instruction qu'au cours des années litigieuses, Mme C et M. A ont élu domicile avec leurs deux enfants dans un appartement dont Mme C était propriétaire à Neuilly-sur-Seine depuis l'année 2004, et que leurs enfants étaient scolarisés à Paris. Le foyer d'habitation permanent de Mme C et de M. A était donc bien fixé en France. Dans ces conditions, Mme C et M. A doivent être regardés comme habitant normalement en France où ils ont le centre de leurs intérêts familiaux. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a regardé Mme C et M. A comme ayant disposé au cours des années en litige d'un foyer permanent en France au sens du a. du 1 de l'article 4 B du code général des impôts comme de l'article 3 de la convention fiscale franco-britannique précitée. Mme C et M. A étaient, dès lors, en principe, passible, au titre de ces années, de l'impôt sur le revenu en France à raison de l'ensemble de leurs revenus, à moins qu'ils n'établissent, en l'espèce, que Mme C était en droit de se prévaloir de stipulations de la convention fiscale franco-britannique susvisée en disposant autrement.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention fiscale franco-britannique précitée dans sa rédaction alors en vigueur : " 1. Les bénéfices industriels et commerciaux d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices industriels et commerciaux de l'entreprise sont imposables dans l'autre Etat mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables audit établissement stable (). ". Le paragraphe 1 de l'article 4 de la même convention stipule : " Au sens de la présente convention, l'expression "'établissement stable'" désigne une installation fixe d'affaires où l'entreprise exerce tout ou partie de son activité ".

7. Les requérants contestent l'existence d'un établissement stable en France de l'activité de Mme C au sens des stipulations précitées de la convention fiscale franco-britannique.

8. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'activité principale de Mme C consiste à servir d'intermédiaire entre des acheteurs étrangers et des fabricants établis à Paris et qu'elle est rémunérée par une commission de 3 à 5% de la valeur des marchandises versée par l'acquéreur ou parfois par les deux contractants. Il résulte également de l'instruction que Mme C, qui a débuté son activité en 1986 à Londres, a conclu le 2 juin 2004 un contrat de location pour un appartement situé 16 rue Etienne Marcel à Paris (2ème), elle-même étant alors domiciliée à Neuilly-sur-Seine (92200). L'administration fiscale relève sans être sérieusement contestée que, durant la période litigieuse de 2004 à 2008, cet appartement servait de bureau pour l'activité de la requérante, qu'il était équipé en matériel informatique et mobilier, que Mme C y disposait de trois lignes téléphoniques et d'une ligne internet, qu'elle y recevait du courrier et qu'elle louait une place de parking à proximité. Elle fait également valoir que la requérante employait au sein de ce bureau une assistante, des stagiaires et avait recours aux services de trois autres personnes, rémunérés sous forme d'honoraires. Elle ajoute enfin que Mme C a ouvert deux comptes au sein d'une agence bancaire située dans le 10ème arrondissement, sur lesquels elle encaissait les commissions de ses clients français, et que les relevés bancaires de ces deux comptes lui parvenaient à son domicile, situé à Neuilly-sur-Seine. Ces éléments, qui ne sont pas utilement contestés par Mme C, qui se borne à indiquer qu'elle exerçait son activité principalement à Londres, permettent d'établir que le bureau dont elle disposait à Paris n'était pas une simple annexe à son siège londonien, mais permettait de réaliser des prestations de services de manière autonome en France pour des clients français dans le cadre d'opérations d'entremise. Ainsi, dès lors que Mme C a réalisé matériellement des prestations de services en France et qu'elle y disposait d'un bureau et des moyens matériels nécessaires pour exécuter lesdites prestations, elle doit être regardée, au sens et pour l'application de ces stipulations conventionnelles, comme exerçant son activité en France à partir d'une installation fixe d'affaires caractérisant un établissement stable.

9. Il résulte de ce qui précède que les requérants étaient, au titre des années en litige, soumis à l'impôt sur le revenu en France et que les revenus professionnels tirés par Mme C de son établissement stable sis en France y étaient imposables dans cet Etat.

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

10. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / () /2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; (). ". Aux termes de l'article 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. /Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : () 3° Si le contribuable ne s'est pas fait connaître d'un centre de formalités des entreprises ou du greffe du tribunal de commerce ; (). ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. S'agissant d'un contribuable qui fait valoir qu'il a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales dans un Etat autre que la France, la justification de l'erreur commise doit être appréciée en tenant compte tant du niveau d'imposition dans cet autre État que des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales des deux Etats.

11. En l'espèce, au titre de la période litigieuse, Mme C exerçait une activité d'intermédiaire consistant à mettre en relation des acheteurs étrangers et des fabricants établis à Paris, en contrepartie d'une rémunération sous forme d'une commission en pourcentage de la valeur des marchandises vendues, à la fois des fabricants installés à Paris et de leurs clients britanniques ou américains. Ainsi, qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, Mme C disposant d'un établissement stable en France, elle était tenue de déposer les déclarations de chiffre d'affaires correspondant à son activité et de la déclarer au centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce. Or, Mme C n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'elle était tenue de souscrire, ni fait connaître cette activité à un centre de formalité des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce.

12. Il résulte toutefois de l'instruction que l'administration a constaté, au cours des opérations de vérification, ayant donné lieu notamment à une demande d'assistance administrative internationale en application de l'article 26 de la convention franco-britannique conclue le 22 mai 1968 que Mme C avait satisfait à l'ensemble de ses obligations déclaratives et fiscales en Grande-Bretagne pour la période vérifiée, en déclarant son activité d'intermédiaire, en souscrivant les déclarations de résultats correspondantes et en s'acquittant de l'imposition due dans ce pays. Ainsi, il résulte de l'instruction, et notamment des formulaires SE - " Self Employment " que Mme C a déclaré des recettes brutes d'un montant de 202 555 livres sterling (294 312 euros) au titre de l'exercice 2005, de 168 727 livres sterling (250 475 euros) au titre de l'exercice 2006, de 160 850 livres sterling (219 061 euros) au titre de l'exercice 2007 et de 49 281 livres sterling (51 163 euros) au titre de l'exercice 2008, soit une somme totale de 581 413 livres sterling (815 011 euros) sur la période vérifiée. A cet égard, si les revenus ainsi déclarés ne correspondaient pas aux revenus reconstitués en France par le service sur la base des encaissements bancaires sur son compte bancaire anglais et ses deux comptes ouverts en France, il résulte toutefois de l'instruction que le montant des revenus déclarés correspondait bien à ses revenus mondiaux et que les bases d'imposition ainsi déclarés ne présentaient pas un écart significatif avec les revenus mondiaux reconstitués en France par le service pour l'ensemble des années concernées. Enfin, il n'est pas sérieusement contesté que Mme C, qui produit ses avis d'imposition, s'est acquittée, au titre de chacune des années en litige, d'un impôt sur ses revenus d'activité professionnels comparable au niveau d'imposition en France. Au vu de l'ensemble de ces circonstances, Mme C doit être regardée à tout le moins comme ayant pu nourrir un doute raisonnable quant au principe, et subsidiairement au quantum, de son imposition en France, sans contester le principe même de son assujettissement à l'impôt, et avoir commis une erreur de bonne foi justifiant son abstention déclarative. Il s'ensuit que le bénéfice retiré de son activité exercée depuis son établissement stable sis en France ne pouvait être évalué d'office sans que l'administration ne lui adresse, au préalable, une mise en demeure de s'acquitter de ses obligations déclaratives sous trente jours. Or, il est constant que cette formalité, qui constitue une garantie, n'a pas été accomplie par l'administration. La procédure est, par suite entachée d'une irrégularité substantielle fondant la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu établies d'office.

13. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme C et M. A sont fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2005 à 2008, ainsi que les pénalités correspondantes.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme C et M. A de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C et M. A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2005 à 2008, ainsi que les pénalités correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C et M. A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à M. A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

T. Bertoncini La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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