vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1902554 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | AGOPIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 février 2019, Mme E D, représentée par Me Agopian, demande au tribunal de prononcer la décharge des pénalités pour manquement délibéré appliquées aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015.
Elle soutient que :
- l'omission de déclarer les revenus fonciers perçus au titre des années 2014 et 2015 pour des montants respectifs de 18 306 euros et 15 310 euros, résulte de ce qu'elle s'est bornée à recopier les déclarations antérieures établies par son père qui lui avait indiqué que le régime micro-foncier s'appliquait aux loyers perçus et a pensé que ces sommes étaient préinscrites dans les déclarations de revenus à la ligne " plus-value en report d'imposition " déjà renseignée et complétée initialement par son père probablement à tort ;
- l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve qui lui incombe du caractère délibéré de l'omission déclarative qu'elle a commise notamment au regard des énonciations de l'instruction fiscale du 19 février 2007, référencée 13 N-1-07, n°83 et du bulletin officiel des impôts référencé BOI-CF-INF-10-20-20, n°30 et n°40 ;
- la circonstance qu'elle soit médecin ne saurait exclure la commission d'une erreur dans la souscription d'une déclaration fiscale ;
- si elle a éventuellement commis un manquement délibéré, il ne paraît pas cohérent d'appliquer une pénalité pour un tel manquement au nom de son père qui reste redevable de l'impôt ;
- l'administration qui est tenue de procéder à un examen particulier des circonstances du manquement opposé à un contribuable, ne saurait lui opposer la notion de " notoriété publique " ;
- cette erreur ne peut être regardée comme démontrant un manquement délibéré et une intention d'éluder l'impôt, d'autant que l'impôt sur le revenu de son père établi au titre de l'année 2015 devait nécessairement venir au passif successoral de celui-ci et qu'elle n'avait aucun intérêt à minorer volontairement cet impôt, l'opération demeurant neutre sur le plan fiscal ;
- le manquement à ses obligations déclaratives révèle uniquement une méconnaissance des procédures administratives et des difficultés d'appréhension des déclarations fiscales et s'inscrit dans un contexte particulier qui précède ou suit de quelques mois le décès de son père, période au cours de laquelle elle s'est trouvée fragilisée psychologiquement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2019, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion de l'examen de la succession du père de Mme D, M. B D décédé au mois de décembre 2015, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales au titre des années 2014 et 2015 assorties d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré ont été mises à la charge de la succession, selon la procédure de rectification contradictoire. La réclamation préalable adressée par Mme D en sa qualité d'unique héritière a été rejetée par une décision du 28 décembre 2018. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal de prononcer la réduction des pénalités mises à sa charge, à hauteur de la somme de 5 788 euros.
Sur les conclusions à fin de réduction :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il incombe à l'administration d'apporter la preuve du bien-fondé de l'application de ces sanctions.
3. Il résulte de l'instruction que les rehaussements mis à la charge de la succession de M. B D résultent notamment de la réintégration dans la base imposable à l'impôt sur le revenu des sommes de 18 306 euros et de 15 310 euros correspondant aux revenus fonciers perçus par ce dernier au titre des années 2014 et 2015.
4. Les amendes et majorations qui tendent à réprimer le comportement des personnes qui ont méconnu leurs obligations fiscales doivent être considérées comme des sanctions ayant le caractère d'une punition Le principe selon lequel nul n'est punissable que de son propre fait leur est donc applicable. Si les dispositions du IV de l'article 1754 du code général des impôts prévoient qu'en cas de décès du contrevenant les amendes, majorations et intérêts dus par le défunt constituent une charge de la succession, elles ne prévoient la transmission des pénalités fiscales que lorsqu'elles sont dues par le défunt au jour du décès. Par suite, elles ne permettent pas que des amendes et majorations venant sanctionner le comportement du contrevenant fiscal soient prononcées directement à l'encontre des héritiers de ce contrevenant, sauf à ce que ces derniers soient auteurs des manquements affectant la déclaration à l'origine des rehaussements et des pénalités afférentes. En l'espèce, il ressort des propres déclarations de Mme D qu'elle a elle-même complété les déclarations fiscales de son père au titre des deux années en litige, la déclaration établie au titre de l'année 2015 étant au demeurant postérieure au décès de son père intervenu au mois de décembre 2015. Par suite, l'administration fiscale pouvait mettre à la charge de la succession du défunt les pénalités sanctionnant les manquements commis, selon elle, par sa seule héritière.
5. Pour appliquer la majoration de 40 % pour manquement délibéré à ces rehaussements, l'administration s'est fondée sur la circonstance que Mme D ne pouvait ignorer la mise à disposition des sommes versées mensuellement sur un compte joint qu'elle détenait avec son père comme le caractère imposable de ces sommes et a également retenu le montant significatif de ces revenus. Mme D soutient qu'elle s'est bornée à recopier les déclarations antérieures de son père qui lui avait indiqué que le régime micro-foncier s'appliquait aux loyers perçus de la location d'un bien immobilier dont il était propriétaire et a pensé que ces sommes étaient préinscrites dans les déclarations de revenus à la ligne " plus-value en report d'imposition " déjà renseignée et initialement complétée par son père probablement à tort. Elle fait valoir également une certaine méconnaissance des procédures administratives, les difficultés d'appréhension des déclarations fiscales et son état de fragilité psychologique dans les mois qui ont précédé ou suivi le décès de son père. Enfin, elle met en avant l'absence d'intérêt qu'elle aurait eu à minorer volontairement l'impôt qui entrait dans le passif successoral. Toutefois, ainsi que le soutient l'administration fiscale, d'une part, les revenus fonciers en litige ont été versés sur un compte joint et ont représenté 24,9 % des revenus imposés en 2014 et 20,7 % de ceux de l'année 2015, constituant ainsi une part significative de ces revenus et nécessairement perceptible. D'autre part, Mme D, qui se borne à faire valoir le caractère involontaire de ses omissions déclaratives pour les motifs ci-dessus énoncés, ne pouvait ignorer que les sommes perçues à raison de la location d'un bien immobilier, compte tenu de leur nature, constituaient une source de revenus imposables dont l'administration ne peut connaître par anticipation le montant et devaient nécessairement être déclarées par le contribuable dans la catégorie des revenus fonciers clairement spécifiée dans les déclarations de revenus qu'elle a complétées et non dans celle désignée à la ligne pré-remplie " plus-value en report d'imposition ", le montant renseigné à cette ligne de 15 513 euros ne correspondant d'ailleurs à aucun des montants des revenus fonciers perçus au titre des années 2014 et 2015. Enfin, la requérante ne démontre par aucune pièce que son état de santé aurait été à l'origine de ses omissions. Contrairement à ce que soutient Mme D, l'administration ne s'est pas bornée à lui opposer que, de notoriété publique, des revenus fonciers devaient être déclarés mais a démontré par les éléments qui viennent d'être énoncés et qu'elle a rappelés dans la proposition de rectification et après un examen particulier des faits de l'espèce, qu'elle ne pouvait ignorer ni le montant, ni la nature des sommes perçues et qui n'ont pas été déclarées. Au regard de ces éléments, et compte tenu du caractère répété des omissions ainsi commises, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de la requérante de minorer les revenus perçus au titre des années 2014 à 2015. Par suite, c'est à bon droit qu'elle a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles la succession de M. B D a été assujettie au titre de ces deux années d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
7. A supposer que Mme D ait entendu se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations de l'instruction référencée 13 N-1-07, n°83 reprise au bulletin officiel des impôts référencé BOI-CF-INF 10-20-20, paragraphes 30 et 40, celles-ci ne comportent toutefois aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application au point 5 du présent jugement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à les opposer à l'administration fiscale.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge, présentées par Mme D, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, Mme A et M. C, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
R. Féral
La greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1902554
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026