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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1903964

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1903964

jeudi 30 juin 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1903964
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantADDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2019 et le 28 avril 2022, M. A C, représenté par Me Adda et Me Dalmasso, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée assignés à la société à responsabilité limitée (SARL) BRD au titre de l'exercice clos en 2017 et de la période correspondante, qui lui ont été réclamés en sa qualité de débiteur solidaire à concurrence de la somme de 423 565 euros, en droits et pénalités, par une mise en demeure du 21 novembre 20216 ;

2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement prévu par les dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la procédure de taxation d'office des résultats de la SARL BRD au titre de l'exercice clos en 2007 est irrégulière, dès lors que l'administration n'établit pas que l'intéressée a été régulièrement mise en demeure de souscrire sa déclaration de résultats, conformément aux dispositions du L. 68 du livre des procédures fiscales, ni davantage qu'elle a déposé sa déclaration tardivement ;

- la proposition de rectification notifiée 17 mars 2009 est insuffisamment motivée au regard des exigences posées par les articles L. 57 et L.76 du livre des procédures fiscales, cette insuffisance de motivation constituant une erreur substantielle au sens de l'article L. 80 CA du même livre ;

- les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la SARL BRD sont manifestement exagérées, le service ayant retenu un taux de charges de 57 % nettement inférieur à celui observé pour des entreprises similaires exerçant dans la même secteur d'activité ;

- les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée sont infondées, le service n'apportant pas la preuve de ce que les encaissements bancaires concernés constituent des produits professionnels soumis à la taxe ;

- les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée déductible sont exagérées, le service ayant retenu, sans réalisme économique, un montant de taxe déductible dérisoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dutertre, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) BRD, qui exerçait une activité de prestations de services dans le secteur du bâtiment à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale a notamment mis à sa charge, selon la procédure de taxation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, assorties de pénalités, au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2007 et de l'exercice correspondant. Par un jugement du 22 mars 2013 du tribunal de grande instance de Nanterre, M. C a été déclaré solidairement responsable, sur le fondement de l'article 1745 du code général des impôts, du paiement des droits regardés comme fraudés au titre de l'année fiscale 2007 par la SARL BRD, dont il était le dirigeant. A la suite de la clôture de la procédure de liquidation judiciaire de la société pour insuffisance d'actif, l'administration fiscale a mis à sa charge en sa qualité de débiteur solidaire, par une mise en demeure notifiée à cette fin le 21 novembre 2016, les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et rappels de taxe sur la valeur ajoutée assignés à la société BRD, pour un montant de 423 565 euros, en droits et pénalités. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de prononcer la décharge de son obligation de payer cette somme.

Sur la procédure d'imposition suivie à l'encontre de la SARL BRD :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ". Selon l'article L. 68 du même code : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ". En vertu de ces dispositions, la procédure de taxation d'office n'est applicable en matière d'impôt sur les sociétés que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure.

3. Si M. C soutient que l'administration fiscale n'établit pas que la SARL BRD a été mise en demeure de souscrire sa déclaration de résultats au titre de l'exercice 2007, il résulte toutefois de l'instruction, en particulier des copies de la mise en demeure n° 2116 datée du 8 septembre 2008, adressée à la société à son adresse non contestée à Issy-les-Moulineaux, et de l'avis de réception du pli la contenant, comportant notamment de manière suffisamment lisible la mention manuscrite " 2116 ", le nom de la société, la signature de son destinataire ainsi qu'un cachet de la poste du 10 septembre 2008 attestant du renvoi de l'avis au service à cette date, qu'une mise en demeure a été régulièrement notifiée à la société qui l'a réceptionnée, au plus tard, le 10 septembre 2008. A cet égard, le requérant ne saurait sérieusement faire état de ce que la signature figurant sur l'accusé de réception postal ne correspond pas à la sienne, telle qu'elle apparaît sur son titre de séjour, dès lors qu'il n'est pas justifié que la personne qui a signé l'accusé de réception du pli en litige n'avait pas qualité pour ce faire. En outre, en se bornant à se prévaloir de ce que l'administration fiscale n'apporte pas la preuve que la société a souscrit sa déclaration de résultats tardivement, et alors que le service a relevé, dans la proposition de rectification du 17 avril 2009, que la déclaration en cause n'a été déposée par la société que le 17 mars 2009 à l'occasion de la réunion de synthèse clôturant les opérations de contrôle sur cet exercice, M. C ne justifie pas, ainsi qu'il lui incombe, que la société aurait déposé cette déclaration dans le délai de trente jours suivant la réception de la mise en demeure. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a procédé à la taxation d'office de la SARL BRD à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2007, sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 66 et de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales. Par suite, M. C, qui a au demeurant été reconnu coupable d'avoir volontairement omis de procéder à la déclaration de résultats de l'exercice 2007 de la SARL BRD dans les délais requis par le tribunal de grande instance de Versailles, n'est pas fondé à soutenir que la procédure de taxation d'office des résultats de la société au titre de cet exercice serait irrégulière.

4. En second lieu, aux termes de l'article L.76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions (). ".

5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée le 17 avril 2009 à la SARL BRD mentionne les impôts et années d'imposition concernés et indique le montant, en base, des rehaussements envisagés ainsi que leur fondement légal. Elle précise en outre les motifs du recours à la procédure de taxation d'office, tant pour l'établissement des bénéfices imposables au titre de l'exercice clos en 2007 que pour la taxe sur la valeur ajoutée due au titre de la période correspondante, ainsi que les méthodes de détermination des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe notifiés. En particulier, le service a indiqué, concernant la détermination du résultat imposable, taxé d'office à partir de la comptabilité de l'entreprise malgré son caractère non probant, le montant des charges retenues et les motifs de rejet de certaines dépenses et précisé qu'il retiendrait, en l'absence de justificatifs et à titre de conciliation, un taux forfaitaire de 50 % pour les charges de main-d'œuvre au vu du taux applicable dans la profession. Contrairement à ce qu'allègue M. C, le service n'était pas tenu de préciser davantage l'origine et le mode de calcul de ce taux. En outre, si l'intéressé reproche au service de ne pas avoir suffisamment motivé les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, d'un montant de 8 756 euros, établis sur la base de la discordance entre la taxe collectée déclarée par la SARL BRD et le montant de ses encaissements bancaires, la notification du 17 avril 2009 précise les rehaussements du chiffre d'affaire taxable retenus et les modalités de calcul des rappels en litige. Ce document n'avait pas à détailler les comptes bancaires et encaissements en cause dès lors qu'il ressort de ses termes que le service s'est fondé sur les relevés de ses comptes bancaires produits par la société au cours des opérations de contrôle, pièces justificatives de sa comptabilité. Ainsi, le service a porté à la connaissance de la SARL tant les bases que les modalités de calcul des impositions mises à sa charge. Par suite, M. C, qui ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, seulement applicables en cas de recours à la procédure de rectification contradictoire, n'est pas fondé à soutenir que la notification des impositions en litige est insuffisamment motivée au regard des dispositions précitées de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, ni, en tout état de cause, que le service aurait commis erreur substantielle au sens de l'article L. 80 CA du même livre.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Selon l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. "

7. En application de ces dispositions, il appartient à M. C d'apporter la preuve de l'exagération des impositions en litige dès lors que la SARL BRD a été régulièrement taxée d'office sur le fondement des dispositions du 2° et 3° de l'article L 66 du livre des procédures fiscales, ainsi qu'il vient d'être dit.

En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu :

8. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. (). ".

9. Il résulte de l'instruction que le service a établi le résultat imposable de la SARL BRD au titre de l'exercice 2007 à partir de sa comptabilité, et qu'il a déterminé les charges déductibles au vu des pièces justificatives présentées, en retenant toutefois, en l'absence de justificatifs et à titre de conciliation, un taux forfaitaire de 50 % pour les charges de main-d'œuvre. M. C se prévaut de ce que les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés en litige sont manifestement exagérées, le service ayant retenu un taux de charges global de 57 % nettement inférieur à celui observé pour des entreprises similaires exerçant dans la même secteur d'activité. A cet égard, il fait état du taux de charges observé pour trois entreprises franciliennes du bâtiment, oscillant entre 92 % et 98 % au vu des données récapitulatives figurant sur le site société.com. Toutefois, en se bornant à invoquer ces termes de comparaison, au demeurant imprécis et peu significatifs, sans produire aucune pièce de nature à justifier du caractère déductible des dépenses rejetées par le service, M. C n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe, que le montant de charges retenu par le vérificateur serait sous-évalué et, par suite, que le montant du résultat imposable de la société en procédant serait exagéré.

En ce concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés :

10. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Selon l'article 271 du même code : " I - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est () Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 (). ".

11. En premier lieu, pour contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée résultant du rehaussement de la taxe collectée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2007, le requérant se borne à indiquer, sans précision, qu'il n'est pas établi que les encaissements bancaires retenus par le service pour déterminer le chiffre d'affaire taxable constituent bien des produits professionnels soumis à la taxe. Ce faisant, il n'apporte pas la preuve de l'exagération des rappels de taxe litigieux.

12. En second lieu, M. C se prévaut de ce que les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée déductible sont manifestement exagérées, le service ayant retenu, sans réalisme économique, un montant de taxe déductible dérisoire correspondant à 1,41 % du chiffre d'affaire de l'exercice. Toutefois, s'il demande l'admission, au titre de l'application mesurée de la loi fiscale, d'un taux de 15 %, il ne justifie pas par ce seul argumentaire du caractère excessif des rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés, fondés sur le caractère non déductible de la taxe ayant grevé les charges qui ne sont pas appuyées d'une facture établie au nom de la SARL BRD ou qui portent sur des dépenses ne répondant pas aux besoins de son exploitation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en décharge de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de sursis de paiement :

14. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de M. C tendant au sursis de paiement se trouvent privées d'objet.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme D et M. B, premiers conseillers,

Assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.

La rapporteure,

signé

S. DLa présidente,

signé

C. ORIOL

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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