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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1904436

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1904436

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1904436
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET CAMUS-GARDAREIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires enregistrés le 7 avril 2019, le 2 décembre 2019, le 22 avril 2020, le 8 avril 2021, le 22 avril 2021, le 29 septembre 2022, le 1er décembre 2022, le 25 janvier 2023 et un mémoire récapitulatif produit à la demande du tribunal le 15 mai 2023, le syndicat des copropriétaires (SDC) de la résidence le Verger, représenté par Me Lalanne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

à titre principal :

1°) d'enjoindre à la commune de Montigny-lès-Cormeilles de procéder aux travaux de réparation des désordres affectant le mur de soutènement de la rue de Bellevue surplombant sa propriété, ouvrage public, ainsi qu'à l'entretien de cette voie publique, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de condamner la commune de Montigny-lès-Cormeilles et la SMACL (société mutuelle d'assurance des collectivités locales) Assurances à lui verser la somme de 26 722,60 euros en réparation des préjudices résultant des désordres affectant ce mur de soutènement bordant la résidence le Verger;

à titre subsidiaire :

3°) d'ordonner, avant-dire droit, une nouvelle expertise ;

en tout état de cause :

4°) de rejeter les conclusions reconventionnelles formulées par la commune de Montigny-lès-Cormeilles et la SMACL Assurances;

5°) de condamner la commune de Montigny-lès-Cormeilles et la SMACL Assurances aux entiers dépens, et notamment de mettre à leur charge les frais d'expertise d'un montant de 16 629,73 euros ;

6°) de mettre à la charge de la commune de Montigny-lès-Cormeilles et de la SMACL Assurances une somme de 13 euros en application des articles R. 723-26-1 à R. 723-26-3 du code de la sécurité sociale ;

7°) de mettre à la charge de la commune de Montigny-lès-Cormeilles et de la SMACL Assurances une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le mur bordant la résidence Le Verger le long de la rue de Bellevue dans la commune de Montigny-lès-Cormeilles est un mur de soutènement, accessoire de la voirie, constituant par conséquent un ouvrage public appartenant à la commune, par rapport auquel le requérant a la qualité de tiers ;

- ce mur est affecté de désordres multiples et évolutifs tels qu'une inclinaison de la partie basse de sa portion supérieure vers la rue, la formation d'un gonflement (ventre) horizontal sur la partie supérieure en direction de la propriété, une érosion de ses joints et des chutes de pierres ;

- la responsabilité de la commune dans la survenance de ces désordres est susceptible d'être engagée du fait du caractère inadapté de l'ouvrage, inapte à soutenir la voirie, d'un défaut d'entretien de l'ouvrage et d'un défaut de conception de la chaussée ne présentant pas de dispositif d'évacuation des eaux de ruissellement et présentant une tranchée mal compactée entrainant des infiltrations d'eau à l'origine de pressions horizontales hydrostatiques de la rue de Bellevue vers le mur ;

- le rapport d'expertise remis par M. B est entaché d'irrégularité en raison des multiples insuffisances qu'il présente dès lors que :

. l'expert n'a pas suffisamment poursuivi ses investigations relatives aux travaux de voirie conduits sur la chaussée ni tenu compte de ces travaux ; il a refusé de répondre à certaines questions et demandes des représentants du SDC résidence Le Verger ; le rapport d'expertise comporte des calculs erronés en se fondant sur une épaisseur du mur de quarante centimètres, ce qui est inexact ; l'expert n'a pas conduit d'investigations sur la nature du sol ;

. son affirmation selon laquelle les travaux réalisés en 2012 sur le parking de la résidence le Verger seraient à l'origine des désordres affectant le mur bordant cette résidence, dès lors qu'un décaissement de soixante-quinze centimètres aurait été réalisé à cette occasion et aurait abaissé d'autant le niveau du sol côté résidence et ainsi accentué les contraintes sur le mur, est erronée, ces travaux n'ayant pas donné lieu à un tel décaissement ;

- l'évolution des désordres affectant le mur depuis le dépôt du rapport de l'expert judiciaire est de nature à infirmer les conclusions de ce rapport dès lors que la poussée s'exerce en partie supérieure du mur tandis que le pied de l'ouvrage n'a pas subi de déformation ;

- le SDC a été de ce fait contraint de renforcer le mur par l'implantation d'étais sur sa propriété et a subi un préjudice financier d'un montant de 13 762,60 euros ainsi qu'un préjudice de jouissance d'un montant de 12 960 euros à parfaire ;

- des travaux de réparation du mur n'empiétant pas sur la propriété sont requis et devront être effectués selon les préconisations du devis de l'entreprise Fayolle, et non selon celles de l'expert judiciaire qui conduiraient à un empiétement supplémentaire sur sa propriété.

Par des mémoires en défense et un mémoire récapitulatif en défense, enregistrés le 3 mars 2020, le 13 avril 2021, le 7 juillet 2022, le 9 septembre 2022, le 15 septembre 2022, le 20 septembre 2022, le 4 janvier 2023 et le 7 avril 2023, la commune de Montigny-lès-Cormeilles et la SMACL Assurances, représentées par Me Gorand, concluent :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Véolia Eau - Compagnie générale des eaux (CGE) à la garantir contre toute condamnation pouvant être prononcée à leur encontre ;

3°) à titre reconventionnel, si le mur litigieux devait être qualifié d'ouvrage public, à la condamnation du SDC résidence Le Verger à lui verser une somme de 102 862,20 euros en réparation des préjudices causés par les travaux conduits par ce syndicat en 2012 ;

4°) à la mise à la charge du SDC résidence Le Verger des frais d'expertise d'un montant de 16 629,73 euros ;

5°) à la mise à la charge du SDC résidence Le Verger d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- les conclusions à fin d'injonction de réaliser les travaux sur le mur en litige sont irrecevables dès lors qu'elles sont formulées à titre principal ;

- les conclusions à fin d'indemnisation sont également irrecevables ;

- la commune n'a pas d'obligation d'entretien du mur litigieux qui n'est pas un ouvrage public mais est propriété du SDC résidence Le Verger dès lors qu'il n'a pas été conçu pour soutenir la voirie mais avait pour seule fonction, avant les travaux entrepris en 2012 par le SDC résidence Le Verger sur sa propriété pour la construction d'un parking, d'être la clôture de la résidence ;

- en tout état de cause, les désordres affectant ce mur ont été intégralement causés par les travaux réalisés par le SDC Résidence Le Verger sur sa propriété en 2012 pour la construction d'un parking, ce qui est de nature à exonérer la commune de toute responsabilité dans l'hypothèse où le mur serait qualifié d'ouvrage public ;

- les expertises produites par le requérant ne sauraient être prises en considération dès lors qu'elles n'ont pas été réalisées dans le respect du contradictoire ;

- il n'est pas établi que l'état du mur s'est dégradé depuis l'été 2019 ;

- il n'est pas établi de lien de causalité entre l'utilisation de la rue et les travaux effectués sous la chaussée et les désordres affectant le mur litigieux ;

- les mesures de protection prises par la commune en bordure de la rue de Bellevue ne sont que des manifestations de l'exercice par le maire de son pouvoir de police et ne sont pas de nature à démontrer que les grilles en surplomb du mur litigieux participent de la sécurisation du domaine public ;

- le SDC résidence Le Verger ne justifie pas des montants des préjudices qu'il invoque ;;

- le SDC résidence Le Verger n'établit pas la nécessité d'une contre-expertise, les opérations d'expertise de M. B ayant été réalisées dans le respect du contradictoire ;

- si le mur litigieux devait être qualifié d'ouvrage public, la responsabilité du SDC résidence Le Verger devrait être engagée en raison des dommages causés à cet ouvrage par les travaux réalisés sur sa propriété en 2012 ;

- la commune a subi en raison de ce fait un préjudice financier d'un montant de 102 862,20 euros correspondant aux travaux de reprise de ce mur ;

- à titre subsidiaire, si les désordres ont été causés par les travaux réalisés sur le réseau d'eau, la société Veolia Eau - Compagnie générale des eaux (CGE), gestionnaire en régie du service public de production et de distribution d'eau potable doit la garantir contre toute condamnation prononcée à son encontre en raison de sa responsabilité dans la survenance du dommage.

Par des mémoires enregistrés le 5 août 2020, le 28 avril 2021 et le 6 février 2023, la société Veolia Eau - Compagnie générale des eaux, représentée par Me Eskinazi, doit être regardée comme concluant :

1°) au rejet des conclusions dirigées à son encontre par la commune de Montigny-lès-Cormeilles et la SMACL Assurances;

2°) à la mise à la charge de la commune de Montigny-lès-Cormeilles d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions d'appel en garantie formulées à son encontre par la commune de Montigny-lès-Cormeilles et la SMACL Assurances sont irrecevables dès lors qu'elle n'est pas gestionnaire du réseau communal de collecte des eaux de cette commune ;

- à titre subsidiaire, les désordres en litige n'ont pas été causés par le fonctionnement du réseau d'eaux pluviales mais par des vices affectant la chaussée ne pouvant engager la responsabilité que de la seule commune ou par les travaux réalisés par le SDC résidence Le Verger de nature à engager sa propre responsabilité ;

- le SDC résidence Le Verger n'établit pas la nécessité d'une contre-expertise.

Par ordonnance du 3 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2023.

Par un courrier du 21 juillet 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de la commune de Montigny-lès-Cormeilles tendant à la condamnation du requérant à la somme de 102 862,20 euros dès lors qu'elle a le pouvoir d'émettre un titre exécutoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le rapport d'expertise enregistré le 28 juin 2018 ;

- les ordonnances n°1702050 du 31 août 2017 par laquelle le tribunal administratif de Cergy Pontoise a ordonné une expertise en vue de décrire les désordres affectant le mur mitoyen du parking de la résidence Le Verger située 9 rue de Bellevue à Montigny-Lès-Cormeilles (95370), surplombé par la voie publique et n°1711343 du 19 mars 2018 par laquelle les opérations d'expertise ont été étendues à la société Veolia Eau-CGE ;

- l'ordonnance n°1910120 du 12 juillet 2022 par laquelle le tribunal administratif de Montreuil a réformé l'ordonnance nos 1702050-1711343 du 11 janvier 2019 par laquelle le tribunal administratif de Cergy Pontoise a taxé les frais et honoraires d'expertise à un montant de 16 629,73 euros toutes taxes comprises et a mis ces frais à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence le Verger, et mis ces frais pour moitié (8 314,865 euros) à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence le Verger et pour moitié (8 314,865 euros) à la charge de la commune de Montigny-lès-Cormeilles.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;

- les conclusions de M. Goupillier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lalanne, représentant la SDC Le Verger, et de Me Di Patrizio, représentant la société Veolia Eau-CGE.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat des copropriétaires (SDC) de la résidence le Verger, sise au 9, rue de Bellevue à Montigny-lès-Cormeilles (95) a constaté, en juin 2016, des déformations importantes affectant le mur de soutènement de la rue de Bellevue mitoyen de sa propriété, avec l'apparition d'un " ventre " horizontal, de ruissèlements d'eau et de dégâts affectant les joints en pierre. Une première expertise amiable réalisée en 2016 par des experts désignés par le syndicat SDC résidence le Verger a conclu à un défaut d'entretien et à la vétusté du mur. Le SDC résidence Le Verger a fait procéder à l'étaiement du mur en août 2016, à la demande de son assureur, afin d'en prévenir l'effondrement. Une nouvelle expertise amiable réalisée en 2017 avait conclu à l'existence d'une poussée hydrostatique du sol situé sous la chaussée vers le mur, apparue en raison de travaux effectués sur la voirie et favorisant les infiltrations d'eau. Dans ce contexte, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par le SDC résidence Le Verger, a ordonné, le 31 août 2017, une expertise en vue de décrire les désordres et d'en déterminer l'origine, étendue à la société Véolia - CGE par une ordonnance du 19 mars 2018. L'expert, M. B, a remis son rapport le 28 juin 2018. Par un courrier recommandé en date du 21 janvier 2019 notifié le 25 janvier 2019, resté sans réponse, le SDC résidence Le Verger a demandé à la commune de Montigny-lès-Cormeilles de procéder aux travaux de reprise du mur de soutènement mitoyen du parking de la résidence et de l'indemniser du préjudice financier subi par lui du fait des désordres affectant ce mur. Par la présente requête, le SDC résidence Le Verger demande au tribunal d'enjoindre à la commune de Montigny-lès-Cormeilles et à son assureur, la SMACL Assurances, de faire réaliser les travaux demandés et de la condamner à lui verser la somme de 26 722,60 euros en réparation des préjudices résultant pour lui des désordres affectant le mur litigieux.

Sur la responsabilité :

2. D'une part, en l'absence de titre en attribuant la propriété aux propriétaires des parcelles en bordure desquelles il est édifié ou à des tiers, un mur destiné à soutenir une voie publique, qui passe en surplomb d'un terrain privé, constitue l'accessoire de la voie publique et présente le caractère d'un ouvrage public, alors même qu'il serait implanté dans sa totalité sur le terrain privé.

3. D'autre part, le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.

4. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise et de l'acte d'acquisition de la Résidence Le Verger versé à l'instance, que si le mur litigieux bordant la résidence est situé sur la parcelle de la copropriété privée, aucun titre n'en attribue la propriété aux copropriétaires de la résidence. Il en résulte également que ce mur a pour fonction le soutènement de la rue de Bellevue, l'expert estimant notamment qu'" il est évident que l'objectif de ce mur réside dans le soutènement des terres de la chaussée ". Si la commune de Montigny-lès-Cormeilles soutient que ce mur n'avait pas une telle fonction de soutènement de la voirie avant les travaux effectués par le SDC résidence Le Verger en 2012, il résulte toutefois de photographies anciennes du mur versées à l'instance, notamment celle prise en 1981, que cette fonction est antérieure à 2012. En tout état de cause, dès lors qu'aucun titre n'attribue la propriété du mur litigieux aux copropriétaires de la résidence Le Verger et que ce mur est désormais destiné à soutenir la voie publique, il constitue un accessoire de celle-ci et présente ainsi le caractère d'un ouvrage public.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment des conclusions expertales que les copropriétaires de la résidence Le Verger ont effectué des travaux de reprofilage du parking de la propriété en 2012 qui ont nécessité la réalisation d'une excavation d'une profondeur de 75 centimètres engendrant un déchaussement du mur de soutènement et un décaissement définitif. A la suite de ces travaux, une différence de niveau entre la chaussée et le parking de la résidence s'établissait donc à 55 centimètres en raison d'un remblayage de 20 centimètres, dont il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'il ait été en capacité de contribuer au soutènement. L'expert souligne que ces travaux " imposaient des précautions et des constats préventifs, qui n'ont pas été effectués ni démontrés ". Si celui-ci relève par ailleurs que l'absence de gestion de l'écoulement des eaux de pluie " ni derrière le mur (absence de drainage, et de barbacanes pour la canalisation des eaux enterrées), ni en surface de chaussée (absence de cunette et de trottoir de protection en bord de mur) () contribue à la fragilisation et aux dégradations du mur ", il conclut néanmoins que ses calculs montrent que " sans l'augmentation de la différence de niveau, le mur en maçonnerie offrait une résistance suffisante qui se corrobore avec l'épreuve du temps démontrée ", et qu'" en produisant l'augmentation de la différence de niveau par abaissement du sol côté butée, la fonction de soutènement du mur a été sensiblement dégradée, impliquant un défaut de résistance". Le SDC résidence Le Verger soutient, quant à lui, s'appuyant sur des expertises privées dont il n'est pas démontré qu'elles ont été réalisées dans le respect du contradictoire, que la déstabilisation du mur de soutènement, et les dommages qui en ont résulté, sont intervenus du fait de poussées hydrostatiques en provenance du sol sous la chaussée qui se gorgerait d'eau lors d'épisodes de fortes précipitations, en raison notamment de la présence de fissures dans la chaussée et de son affaissement. L'expert judiciaire n'a toutefois pas retenu cette interprétation, calculs à l'appui, arguant notamment que des épisodes temporaires de précipitation n'auraient pu causer ces dommages en l'absence de la différence de niveau évoquée. M. B conclut ainsi au terme de son expertise que les désordres affectant le mur de soutènement ont été intégralement causés par le décaissement du sol réalisé lors des travaux de reprofilage du parking de la résidence Le Verger que le SDC a fait réaliser en 2012. Dans ces conditions, les désordres affectant le mur litigieux doivent être regardés comme ayant été causés par ces travaux, commandités et financés par le SDC de cette résidence. Par suite, la faute de la victime est, dans les circonstances de l'espèce, de nature à exonérer la commune de toute responsabilité.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du SDC résidence Le Verger tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Montigny-lès-Cormeilles d'exécuter les travaux de réparation du mur et à ce qu'il soit indemnisé du fait des désordres affectant ce mur doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'ordonner une contre-expertise.

Sur la régularité de l'expertise :

7. Le respect du caractère contradictoire de l'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

8. En premier lieu, le SDC résidence Le Verger fait valoir que l'expert judiciaire, M. B n'a pas suffisamment tenu compte des éléments relatifs aux travaux de voirie exécutés par la commune sur la chaussée de la rue de Bellevue, qui seraient selon lui à l'origine du dommage, qu'il a refusé de répondre à certaines questions et demandes de ses représentants, et que ses investigations quant à ces travaux et leurs conséquences sont en définitive insuffisantes. Il doit dès lors être regardé comme soutenant que l'expertise n'a pas été réalisée dans le respect du contradictoire. Il résulte toutefois de l'instruction que, dans son dire n°2 adressé à l'expert, la commune de Montigny-lès-Cormeilles a produit les arrêtés relatifs aux travaux réalisés rue de Bellevue suite à la demande de l'expert ayant requis un " historique des travaux effectués durant les 10 dernières années sur le tronçon de route jouxtant le mur ". Ainsi, l'expert a effectivement mené des investigations sur les travaux de voirie effectués sur le tronçon concerné. Pour autant, il a conclu, d'abord que l'hypothèse d'une fuite active d'eau devait être écartée, en s'appuyant notamment sur les relevés d'humidité effectués puis, ainsi qu'il a été dit au point 5, calculs à l'appui, que les infiltrations d'eau susceptibles de se produire dans le sol lors d'épisodes de précipitation ne pouvaient être à l'origine du dommage. En tout état de cause, le SDC résidence Le Verger ne saurait, pour remettre en cause la régularité de l'expertise, se prévaloir de l'absence de transmission par la commune de documents à l'expert. Il n'établit ni même n'allègue, à cet égard, que ces documents ne lui auraient pas été communiqués.

9. En second lieu, le SDC résidence Le Verger soutient que l'affirmation de l'expert selon laquelle les travaux réalisés en 2012 sur le parking de la résidence le Verger auraient conduit à un abaissement du niveau du sol côté résidence de 75 centimètres, abaissant d'autant le niveau du sol au droit du mur et accentuant les contraintes sur celui-ci, est erronée dès lors que ces travaux ont seulement donné lieu à un décaissement de 20 centimètres. Il résulte toutefois de l'instruction que pour mesurer le déchaussement effectué lors des travaux, l'expert s'est appuyé sur la hauteur de l'enduit (gobetis) récemment appliqué sur le mur, qui peut être distingué visuellement de l'enduit ancien, sur la partie supérieure du mur. Il a mesuré ainsi une profondeur de 55 centimètres, confirmant un déchaussement de 75 centimètres et un remblai de 20 centimètres, soit un décaissement final de 55 centimètres, ainsi qu'il a été dit au point 5. Les éléments produits par le SDC résidence Le Verger, à savoir un descriptif peu précis des travaux effectués évoquant un " décaissement sans évacuation y compris remblai " sans préciser la profondeur du décaissement, et un montage photographique peu éloquent, ne sont pas de nature à mettre en doute l'appréciation faite par l'expert de la profondeur du déchaussement du mur occasionné par les travaux de 2012. Au surplus, les documents et rapports d'expertise privés versés à l'instance, tels que les notes de M. A des 24 novembre 2016, 9 octobre 2019 et 10 novembre 2020, l'analyse faite par la société Equad en 2017 et la note de calcul de la société INGEROP du 6 novembre 2018, s'ils émettent d'autres hypothèses sur l'origine des désordres, n'abordent pas la question de la profondeur du décaissement et ne remettent ainsi pas en cause cette constatation de l'expert. Enfin, si le SDC résidence Le Verger soutient que l'expert a refusé d'examiner un regard de canalisation qui aurait pu remettre en cause son appréciation de la profondeur de déchaussement, cette circonstance, qui n'est pas démontrée, n'est pas de nature à mettre en doute le caractère contradictoire de l'expertise et l'analyse de l'expert.

10. Dans ces conditions, le SDC résidence Le Verger n'est pas fondé à soutenir que le rapport d'expertise de M. B méconnaît le principe du contradictoire ou est entaché d'insuffisances telles qu'il devrait être écarté dans le cadre du présent litige.

Sur les conclusions reconventionnelles de la commune :

11. La commune de Montigny-lès-Cormeilles, qui dispose de la faculté d'émettre un titre exécutoire pour obtenir le recouvrement d'une somme d'argent, n'est pas recevable à demander la condamnation du SDC résidence Le Verger à lui verser la somme de 102 862,20 euros. Ses conclusions présentées à ce titre doivent par suite être rejetées.

Sur les appels en garantie :

12. Dès lors que les conclusions indemnitaires dirigées contre la commune de Montigny-lès-Cormeilles et la SMACL Assurances sont rejetées, les conclusions qu'elles formulent à fin d'appel en garantie ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif à la charge du SDC résidence Le Verger.

Sur les frais liés au litige

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

16. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montigny-lès-Cormeilles et de la SMACL, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande le SDC résidence Le Verger au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du SDC résidence Le Verger le versement à la commune de Montigny-lès-Cormeilles et à la SMACL Assurances de la somme de 2 000 euros, en application des dispositions précitées.

DECIDE :

Article 1 : La requête du SDC résidence Le Verger est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles et d'appel en garantie de la commune de Montigny-lès-Cormeilles et de la SMACL Assurances sont rejetées.

Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 16 629,73 euros sont mis à la charge du SDC résidence Le Verger.

Article 4 : Le SDC résidence Le Verger versera à la commune de Montigny-lès-Cormeilles et à la SMACL Assurances une somme globale de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la résidence le Verger, à la commune de Montigny-lès-Cormeilles, à la SMACL assurances et à la Veolia Eau - compagnie générale des eaux.

Une copie de ce jugement sera adressée au syndicat des eaux d'Île-de-France (SEDIF).

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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