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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1906577

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1906577

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1906577
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET NATAF & PLANCHAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 24 mai 2019 et le 24 mai 2022, la SAS JLM Invest représentée par Me Planchat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités du rappel de taxe sur la valeur auquel la SCI Garges V a été assujettie au titre des années 2009 à 2011 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- sa réclamation est recevable, conformément à la décision du Conseil Constitutionnel du 31 juillet 2015, n°2015-479 QPC, la transmission universelle de patrimoine de la SCI Garges V au profit de la SAS JLM Invest, lui ouvrant droit de contester les impositions mises en recouvrement le 24 janvier 2014 au titre de la taxe sur la valeur ajoutée des années 2009 à 2011 et mises à sa charge par un nouvel avis de mise en recouvrement du 2 mai 2018 ;

- les redressements notifiés à la SCI Garges V ont été établis à la suite d'une procédure d'imposition irrégulièrement conduite compte tenu du caractère illicite de l'origine des documents exploités par l'administration fiscale qui ne saurait valablement s'en prévaloir ainsi qu'il ressort en particulier de la décision du conseil constitutionnel n° 2013-679 QPC du 4 décembre 2013 ;

- l'exigence d'un débat oral et contradictoire n'a pas été respecté dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société Garges V.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 15 novembre 2019 et le 25 mai 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de la tardiveté de la demande préalable introduite par la SAS JLM Invest qui s'est substituée à la SCI Garges V par la transmission universelle de patrimoine, laquelle n'a pas eu pour effet de rouvrir un nouveau délai de réclamation. La SAS JLM Invest ne peut pas se prévaloir des effets de la décision du Conseil Constitutionnel du 31 juillet 2015, n°2015-479 QPC, société GECOP relative à la responsabilité solidaire ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis à la charge de la SCI GARGES V, qui exerçait une activité de location de locaux commerciaux dans une zone franche urbaine, d'une part, au titre des années 2005 à 2007 et, d'autre part, au tire des années 2009 à 2011. Les impositions supplémentaires relatives à cette seconde période ont fait l'objet de deux propositions de rectifications des 20 décembre 2012 et 24 avril 2013 et ont été mises en recouvrement par un avis émis le 24 janvier 2014. Le 10 avril 2018, la SCI GARGES V a fait l'objet d'une transmission universelle de patrimoine au profit de la SAS JLM Invest. Le 2 mai 2018 un nouvel avis de mis en recouvrement a été adressé à la SAS JLM Invest pour procéder au recouvrement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui n'avaient pas été acquittés par la SCI GARGES V. Par une réclamation préalable du 13 juillet 2018, la SAS JLM Invest a contesté le bien-fondé de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge. En l'absence de décision expresse rejetant cette réclamation, elle doit être regardée comme ayant été rejetée implicitement. Par la présente requête, la SAS JLM Invest demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités du rappel de taxe sur la valeur auquel la SCI Garges V a été assujettie au titre des années 2009 à 2011.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et aux taxes annexes à ces impôts doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations. ". Aux termes de l'article L. 176 de ce livre : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. () ". Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 256 de ce livre, dans sa version applicable : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. () / L'avis de mise en recouvrement est individuel. () / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. " et selon l'article R. 256-1 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. / () ".

4. Enfin, aux termes de l'article 1844-5 du code civil : " () En cas de dissolution, celle-ci entraîne la transmission universelle du patrimoine de la société à l'associé unique, sans qu'il y ait lieu à liquidation. () ". Aux termes respectivement des articles L. 236-3 et L. 236-14 du code de commerce, d'une part, " I. La fusion ou la scission entraîne la dissolution sans liquidation des sociétés qui disparaissent et la transmission universelle de leur patrimoine aux sociétés bénéficiaires, dans l'état où il se trouve à la date de réalisation définitive de l'opération. () " et, d'autre part " La société absorbante est débitrice des créanciers non obligataires de la société absorbée au lieu et place de celle-ci, sans que cette substitution emporte novation à leur égard. () ".

5. Il est constant que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la SCI GARGES V a été assujettie au titre des années 2009 à 2011 ont fait l'objet de deux propositions de rectifications des 20 décembre 2012 et 24 avril 2013 qui ont donné lieu à des observations présentées les 18 février 2013, 21 mai 2013 et 21 juin 2013 auxquelles il a été répondu les 24 avril 2013 et 15 juillet 2013. Ces impositions ont été mises en recouvrement le 24 janvier 2014. Il résulte des dispositions citées aux points 2 et 3 ci-dessus que, pour être recevables, les réclamations préalables dirigées contre les impositions en litige devaient être présentées à l'administration fiscale au plus tard le 31 décembre 2016 s'agissant du délai prévu par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales et devaient être introduites au plus tard les 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016 au titre du délai spécial prévu par l'article R. 196-3 du même livre. La SAS JLM Invest, qui a absorbé la SCI GARGES V par transmission universelle de patrimoine le 10 avril 2018, est devenue la seule redevable légale des impositions régulièrement établies au nom de la SCI GARGES V et mises en recouvrement antérieurement à sa dissolution. L'avis de mise en recouvrement adressé le 2 mai 2018 à la SAS JLM Invest a eu pour seul objet de l'informer des obligations mises à sa charge du fait de cette transmission universelle de patrimoine dont l'administration s'est bornée à tirer les conséquences mais n'a pu avoir pour effet de rouvrir un nouveau délai de réclamation au bénéfice de la SAS JLM Invest, devenue débitrice principale et non, contrairement à ce qu'elle soutient, débitrice solidaire de la SCI GARGES V. La réclamation préalable introduite par la SAS JLM Invest le 13 juillet 2018 a ainsi été introduite hors délai. Par suite, les conclusions à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2009 à 2011 présentées par la SAS JLM Invest sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS JLM Invest n'est pas fondée à demander la décharge des impositions litigieuses. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS JLM Invest est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à la SAS JLM Invest et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, Mme A et M. B, premiers conseillers, assistés de Mme Chanson, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

R. Féral La greffière,

signé

A. Chanson

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1906577

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