mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1907167 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GUILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 juin 2019, le 16 janvier 2020 et le 19 avril 2022, M. C A, représenté par Me Guillot, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge ou, à défaut, la réduction, des amendes qui lui ont été assignées au titre des années 2010 et 2011 sur le fondement du 3. du V de l'article 1754 du code général des impôts, en sa qualité de débiteur solidaire de la SARL Info Concept Editions ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 893 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le service ne pouvait régulièrement évaluer d'office les bases d'imposition de la SARL Info Concept Editions pour opposition à contrôle, dès lors que, bien qu'ayant considéré qu'il en était le gérant de fait, il n'a accompli aucune diligence à son égard et n'a pas mené de débat contradictoire avec lui ;
- la proposition de rectification du 5 juillet 2013, qui ne lui a été adressée que pour information, ne comportait aucune demande explicite de désignation des bénéficiaires des distributions ; par suite, l'administration ne pouvait établir l'amende prévue en cas de défaut de réponse par l'article 1759 du code général des impôts ;
- la décision d'appliquer cette amende n'est pas motivée ;
- les chiffres d'affaires des exercices 2010 et 2011, reconstitués à partir des encaissements portés sur le compte bancaire de la société, doivent être diminués du montant des chèques revenus impayés ; corrélativement, il y a lieu de réduire le montant du profit sur le Trésor au titre de l'insuffisance de TVA collectée ;
- pour l'exercice 2010, les documents produits permettent de justifier les
charges portées en déduction sur la déclaration de résultats souscrite, pour un
montant global de 576 994 € qui doit donc être substitué à l'évaluation forfaitaire de 455 507 euros retenue par le vérificateur ;
- le profit sur le Trésor afférent aux rappels de TVA
non admise en déduction ne correspond pas à un revenu distribué au sens des articles 109-1-1° et 110 du code général des impôts ;
- à la date de déclaration des résultats des exercices clos en 2010 et 2011, il n'était ni gérant de droit ni gérant de fait de la SARL Info Concept Editions, pas même en vertu des apparences, de sorte qu'il ne saurait être solidairement tenu au paiement des pénalités de distribution infligées à la société.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 octobre 2019 et 12 mars 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huon, président rapporteur,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par avis en date du 16 octobre 2012, la SARL Info Concept Editions, qui exploite une activité de placements d'encarts publicitaires et dont le gérant de droit était alors M. B, résident roumain, a fait l'objet d'une vérification générale de comptabilité de ses exercices 2010 et 2011, étendue en matière de TVA au 31 août 2012. Faute d'avoir pu rencontrer un représentant de la société, le vérificateur a dressé un procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal le 2 mars 2013 puis, aux termes d'une proposition de rectification du 5 juillet suivant, a évalué d'office ses bases d'imposition conformément à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales. Ce même document invitait la société à désigner les bénéficiaires des distributions révélées par les rectifications opérées. En l'absence de réponse, le service a, le 20 septembre 2013, mis à la charge de la SARL Info Concept Editions l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts, soit 317 903 € au titre de l'exercice clos en 2010 et 335 042 € au titre de l'exercice clos en 2011. Conformément aux dispositions du 3. du V. de l'article 1754 du code général des impôts et par un avis du 29 mars 2016, l'administration a appelé M. A, regardé comme gérant de fait de la société, en solidarité de paiement de ces sommes. Le requérant demande la décharge des amendes qui lui ont ainsi été réclamées.
2. Aux termes de l'article 1759 du code général des impôts : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées (). ". Aux termes de l'article 1754 du code général des impôts : " () V.- () 3. Les dirigeants sociaux mentionnés à l'article 62 et aux 1°, 2° et 3° du b de l'article 80 ter ainsi que les dirigeants de fait gestionnaires de la société à la date du versement ou, à défaut de connaissance de cette date, à la date de déclaration des résultats de l'exercice au cours duquel les versements ont eu lieu, sont solidairement responsables du paiement de l'amende prévue à l'article 1759 (). ".
3. Les dispositions citées au point précédent instaurent une pénalité fiscale sanctionnant le refus par une personne morale de révéler l'identité des bénéficiaires d'une distribution de revenus. Cette pénalité est distincte de l'impôt sur les sociétés et ne peut être regardée comme une pénalité correspondant à cet impôt. La personne sanctionnée par cette pénalité peut contester son principe, son montant et la procédure propre à la pénalité. En revanche, elle ne peut utilement se prévaloir de moyens relatifs à la procédure d'imposition ayant conduit à mettre à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. Il en va de même des dirigeants solidairement tenus au paiement de la pénalité.
Sur la régularité de la procédure d'évaluation d'office des bases imposables de la SARL info Concept Editions :
4. Si M. A soutient que le service ne pouvait régulièrement évaluer d'office les bases d'imposition de la SARL Info Concept à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, il résulte de ce qui vient d'être dit au point 3 que ce moyen est inopérant..
Sur la procédure d'établissement de l'amende :
5. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. ". Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable (). ".
6. D'une part, après avoir récapitulé les distributions dont les bénéficiaires étaient restés inconnus, la proposition de rectification du 5 juillet 2013 a rappelé, en substance, les dispositions de l'article 117 du code général des impôts en insistant explicitement tant sur le délai de réponse imparti à la société pour apporter des indications sur ces bénéficiaires que sur les conséquences d'un défaut de réponse ou d'une réponse évasive ou dilatoire. Ce faisant, l'administration a régulièrement accompli à l'égard de la société Info Concept Editions la formalité lui incombant en vertu de cet article. Est sans incidence à cet égard la circonstance que seule une copie de la proposition de rectification en cause ait été adressée à M. A, et ce, pour information et sans lui accorder, en propre, un délai de réponse.
7. D'autre part, aux termes de la réponse aux observations du contribuable du 20 septembre 2013, le vérificateur a indiqué que, faute d'avoir répondu à la demande de désignation des bénéficiaires des revenus distribués, la société était passible de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts, dont il a précisé le montant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette amende manque en fait.
Sur la qualité de dirigeant de fait de M A :
8. M. A soutient qu'à la date de déclaration des résultats des
exercices au cours desquels les versements ont eu lieu, il n'était plus gérant de droit de la SARL Info Concept Editions et qu'il n'en était pas gérant de fait. Toutefois, le service vérificateur a constaté, dans le cadre du contrôle précédent de la société, engagé par un
avis de vérification en date du 16 octobre 2010 que M. A s'est alors présenté comme le seul gérant, sans évoquer l'acte de cession de parts du 1er juillet 2010 au profit de M. B, résident roumain, devenu gérant et unique actionnaire de la société, qui ne sera d'ailleurs enregistré qu'un an plus tard, ni a fortiori un quelconque changement de gérance alors que celle-ci était censée être intervenue trois mois auparavant. L'intéressé, qui n'agissait pas en vertu d'un mandat du nouveau gérant mais qui, en revanche, a donné procuration à un tiers, a notamment signé toutes les pièces de procédure concernant le contrôle, qui s'est poursuivi sur une grande partie de l'année 2011. De plus, alors que M. B, gérant statutaire, n'a jamais disposé de la signature bancaire sur le compte de la société qui a pourtant continué à fonctionner normalement, il résulte d'un droit de communication exercé le 10 décembre 2012 auprès du CIC, détenteur des comptes de la société, que M. A bénéficiait toujours de la signature sociale. Compte tenu de ces circonstances, l'administration établit que, sous couvert d'un gérant de droit résidant en Roumanie qui ne disposait pas de la procuration bancaire et qui, du reste, a déclaré n'être gérant d'aucune société et ignorer les activités de la SARL Info Concept Editions, M. A a, de fait, postérieurement au 1er juillet 2010 et, à tout le moins jusqu'à la date de déclaration des résultats des exercices 2010 et 2011, continué à assumer la gestion de l'entreprise. C'est donc à bon droit que le service a considéré qu'il relevait de la solidarité de paiement instituée par les dispositions du 3. du V de l'article 1754 du code général des impôts.
Sur le quantum de l'amende :
9. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital (); ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application de l'article 109-1-1°, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés (). ".
10. Les résultats déclarés par la SARL Info Concept Editions ayant été rectifiés d'office, il appartient à M. A dès lors que celui-ci est, à bon droit, recherché en paiement en sa qualité de dirigeant de fait, d'apporter la preuve de l'exagération du bénéfice retenu par l'administration, sur la base duquel la pénalité fiscale en litige a été calculée.
11. En premier lieu, le vérificateur a arrêté d'office le chiffre d'affaires TTC de la SARL Info Concept Editions des exercices litigieux au montant des encaissements figurant sur ses deux comptes bancaires CIC, desquels il a déduit le montant de TVA collectée. Si M. A soutient qu'il n'a pas été tenu compte des chèques revenus impayés, ce moyen manque en fait, dès lors que les chèques présentés comme tels ne figurent pas dans le tableau, annexé à la proposition de rectification, portant détail des encaissements retenus par le service. Le requérant n'établit donc pas l'exagération des recettes ni, par voie de conséquence, de la TVA collectée, qui équivaut à un profit réalisé au détriment du Trésor devant être réintégré dans les résultats.
12. En deuxième lieu, faute d'avoir pu consulter les pièces justificatives de dépenses, le service a retenu, au titre des deux exercices en cause, un montant de charges égal à 70 % du montant des recettes, soit respectivement 455 507 € et 473 721 €. En se bornant à se prévaloir, pour l'exercice 2010, de la déclaration de résultats de la société faisant apparaître un montant de charges de 576 994 €, M. A qui ne produit ni les factures correspondantes ni même la moindre précision sur la nature des charges en cause, ne justifie pas de leur déductibilité, laquelle ne saurait se déduire de la seule circonstance qu'elles auraient été payées.
13. En troisième lieu, si l'administration a réintégré dans les bases de l'impôt sur les sociétés dû par la société Info Concept Editions au titre des années 2010 et 2011 des sommes s'élevant respectivement à 107 337 € pour 2010 et 118 580 € représentant le montant de la TVA non déductible à raison duquel la société a bénéficié de la déduction en cascade prévu par l'article L. 77 du livre des procédures fiscales, une telle réintégration, qui procède d'un mécanisme d'écritures se neutralisant, n'a pas donné lieu à distribution de revenus au sens des articles 109-1-1° et 110 du code général des impôts.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander que l'assiette des amendes contestées soit réduite à due concurrence des sommes mentionnées au point ci-dessus.
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'assiette des amendes qui ont été réclamées à M. A au titre des années 2010 et 2011 sur le fondement du 3. du V de l'article 1754 du code général des impôts est réduite, respectivement, des sommes de 107 337 € et 118 580 €.
Article 2 : M. A est partiellement déchargé desdites amendes en conséquence de la réduction d'assiette prononcée à l'article 1er.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
Mme Edert, vice-présidente,
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
L'assesseur le plus ancien,
signé
S. EDERT
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026