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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1910277

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1910277

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1910277
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSEBBAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2019, la SARL Les Lys, la SAS Paca, la SAS Les Doges, la SARL Proxima et Mme C A, représentés par Me Sebban, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Argenteuil à verser à la société Les Lys la somme de 49 240 euros, à la société Proxima la somme de 70 000 euros, à la société Paca la somme de 7 500 euros, à la société Les Doges la somme de 7 500 euros, à Mme A la somme de 40 000 euros, en réparation des préjudices subis du fait du retard dans la délivrance du certificat de permis de construire tacite sollicité le 10 octobre 2018 par la société Les Lys ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Argenteuil la somme de 12 000 euros à verser à la société Les Lys, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la commune d'Argenteuil a commis une faute en tardant à délivrer le certificat de permis de construire tacite sollicité par la société Les Lys ;

- elles ont subi du fait de l'inertie fautive de la commune :

o pour la société Les Lys, d'une part, des préjudices financiers correspondant aux honoraires de conseil de 12 000 euros engagés en pure perte en vue d'un compromis de cession de parts sociales, aux frais de comptabilité engagés, soit 5 280 euros, aux frais d'architectes et de bureaux d'études engagés, soit respectivement 1 800 et 3 600 euros, aux frais de clôture du chantier, soit 4 560 euros, aux frais liés aux diligences entreprises par son conseil pour délivrer le certificat de permis de construire et obtenir la réparation de ses préjudices, soit 10 000 euros et, d'autre part, un préjudice de réputation qui doit être évalué à la somme de 10 000 euros ;

o pour la SARL Proxima, en sa qualité d'associé de la société Les Lys et de marchand de biens immobiliers, d'une part, un manque à gagner et des frais exposés en vain qui lui ont causé un préjudice total de 50 000 euros ; ainsi qu'une atteinte à sa réputation de marchand de biens professionnel qui doit être évaluée à la somme de 20 000 euros ;

o pour les sociétés Paca, Les Doges, une atteinte à leur réputation qui doit être évaluée à la somme de 7 500 euros pour chacune d'entre elles ;

o pour Mme A, en sa qualité de gérante de la société Les Lys, du fait des frais de gestion et du temps de travail exposé en pure perte, des préjudices qui doivent être évalués à la somme de totale de 40 000 euros ;

- ces préjudices sont en lien direct et certain avec le retard rencontré dans la délivrance du certificat de permis de construire déposé le 10 juillet 2018, qui est la cause de non réalisation de la vente des parts sociales de la société Les Lys ; la circonstance que le permis de construire déposé le 10 juillet 2018 l'ait été sous un nouveau numéro est sans incidence sur la responsabilité de la commune ; la commune ne peut se prévaloir de la réalisation de la condition suspensive du compromis de vente, qui avait été stipulée dans l'intérêt exclusif du cessionnaire ; en tout état de cause, le délai de réalisation de la condition suspensive avait été implicitement prorogé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2020, la commune d'Argenteuil conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis solidairement à la charge des requérants la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune faute ; aucun délai n'est prescrit pour la délivrance d'un certificat de permis de construire tacite ; le délai mis pour délivrer le certificat sollicité, dont elle n'a pas refusé la délivrance, n'était pas excessif ;

- les préjudices allégués sont dépourvus de lien direct avec la faute alléguée ; ils trouvent leur source uniquement dans la résiliation du protocole de cession, qui ne comporte aucune clause suspensive liée à l'obtention du permis de construire ayant fait l'objet d'un accord tacite ; ce permis de construire ayant été accordé tacitement, aucune condition suspensive ne faisait obstacle à la cession des parts sociales ; le protocole de cession entre les sociétés requérantes a pour objet la cession de parts sociales et non la cession du terrain objet du permis de construire ;

- s'agissant de la société Les Lys : les honoraires d'avocat relèvent du seul champ d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; le montant des honoraires de conseil n'est pas justifié ; le préjudice de réputation allégué n'est pas établi et son quantum n'est pas justifié ;

- s'agissant des autres requérants : les sociétés supposément actionnaires de la société Les Lys ne justifient pas d'un préjudice personnel distinct ; leur qualité d'actionnaires n'est pas établie ; le préjudice de réputation allégué n'est pas établi et son quantum n'est pas justifié ; les préjudices liés au manque à gagner et aux frais exposés par la société Proxima ne sont pas justifiés ; la qualité de gérante de Mme A n'est pas établie, son préjudice n'est pas justifié ;

- les requérants ont commis une faute d'imprudence en laissant le premier permis de construire se périmer et en concluant dans un délai trop bref un protocole de résiliation du protocole de cession.

Par une ordonnance du 11 février 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 mars suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Probert, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Charpentier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Les Lys, propriétaire d'un terrain situé 34, rue Charles Lecoq, à Argenteuil, a obtenu par transfert un permis de construire n° 095 018 12 00124, initialement délivré à la SCI Gefran, pour la construction d'un immeuble d'habitation sur ce même terrain. Un protocole de cession des parts sociales de la société Les Lys a été conclu le 6 juin 2017 entre les sociétés Paca, Les Doges et Proxima, en leur qualité d'actionnaires, et la société GS Promotion, cessionnaire. Par un arrêté en date du 11 juillet 2019, le maire de la commune d'Argenteuil a constaté la péremption du permis de construire n°95 018 12 00124. La société Les Lys a, entretemps, déposé, le 10 juillet 2018, une nouvelle demande de permis de construire n°095 018 18 00078, relatif au projet immobilier situé 34, rue Charles Lecoq, qui est demeurée sans réponse de la commune d'Argenteuil. Cette société a demandé, le 23 novembre 2018, à la commune, par la voie de son conseil, de se voir délivrer un certificat de permis de construire tacite. Le 28 janvier 2019, les actionnaires de la société Les Lys ont conclu un protocole aux fins de résilier le protocole en vue de la cession de cette même société. Par un courrier du 16 mai 2019, les requérants ont formé, par la voie de leur conseil, une réclamation indemnitaire préalable, aux fins de se voir indemniser des préjudices causés par l'absence de délivrance du certificat sollicité. Le 27 mai 2019, la commune d'Argenteuil a délivré à la société Les Lys ce même certificat puis, par un courrier du 12 juin 2019, a rejeté la réclamation indemnitaire préalable des intéressés. Par la présente requête, les requérants demandent l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de la carence fautive de la commune d'Argenteuil, à savoir, pour la société Les Lys, la somme totale de 49 240 euros ; pour la société Proxima, la somme totale de 70 000 euros ; pour les sociétés Paca et Les Doges, la somme de 7 500 euros pour chacune d'entre elles et, enfin, pour Mme A, gérante de la société Les Lys, la somme de 40 000 euros.

Sur la responsabilité de la commune d'Argenteuil :

2. Les requérants, qui font état d'un retard de délivrance fautif, doivent être regardés comme se prévalant ainsi du délai excessif pris par la commune d'Argenteuil pour délivrer le certificat de délivrance de permis de construire tacite sollicité par la société Les Lys.

3. Il résulte clairement des stipulations du compromis de cession conclu le 6 juin 2017 entre les actionnaires de la société Les Lys et le cessionnaire que ce contrat était frappé de caducité et ses clauses de nul effet, faute pour l'ensemble des conditions suspensives de se réaliser au plus tard le 30 septembre 2017. La réalisation de la cession était notamment subordonnée à ce que le droit de construire un immeuble de 16 appartements, au titre du permis de construire n°095 018 12 00124 délivré le 14 mars 2013 et transféré à la société Les Lys, soit toujours en cours de validité.

4. Il ressort de l'arrêté de péremption du 11 juillet 2018 que, conformément à la réglementation applicable, le permis de construire initial a été délivré sous peine de péremption, faute pour les travaux d'être entrepris dans un délai de deux ans à compter de sa notification ou en cas d'interruption des travaux pour plus d'une année, la prorogation pour une année pouvant être demandée deux mois avant l'expiration du délai de validité. Ce même arrêté, dont les motifs ne sont pas critiqués par les requérants, indique que le bâtiment a été démoli au mois de juillet 2016 et que la situation est restée inchangée en septembre 2017, soit plus d'un an plus tard. Par suite, le permis de construire initial était périmé depuis août 2017 et il est d'ailleurs constant que la société Les Lys a estimé nécessaire de déposer un nouveau dossier de demande de permis de construire le 10 juillet 2018 sous le n°095 018 18 00078.

5. Il ressort clairement des stipulations du protocole de renonciation conclu entre les parties et du compromis de cession que le cessionnaire a entendu se prévaloir de la non-réalisation de la condition suspensive liée à l'obtention du permis de construire n°095 018 12 00124. Or, la non-réalisation de cette condition suspensive est liée exclusivement à la caducité de ce premier permis de construire. La circonstance que la société pétitionnaire ait déposé et obtenu ultérieurement un autre permis de construire et a fortiori le délai mis pour obtenir un certificat relatif à ce second permis sont sans incidence sur le droit du cessionnaire de se prévaloir de la caducité du contrat. En tout état de cause, l'obtention d'un certificat de permis de construire tacite n'était nullement une condition suspensive pour la réalisation de la cession initialement convenue par les requérants et, en outre, à la date de la signature de la convention de résiliation, le délai mis par la commune d'Argenteuil pour délivrer le certificat sollicité n'était nullement excessif. Par suite, la rupture des liens conventionnels entre les parties étant dépourvue de tout lien de causalité avec la faute alléguée, la responsabilité de la commune d'Argenteuil ne saurait être engagée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Argenteuil la somme que la société Les Lys demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. La commune d'Argenteuil ne justifiant pas avoir exposé des frais non compris dans les dépens, ses conclusions présentées sur ce même fondement doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête des sociétés Le Lys, Paca, Les Doges, Proxima et de Mme C A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Argenteuil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Les Lys et à la commune d'Argenteuil.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

M. Probert, premier conseiller,

Mme Garona, conseillère,

Assistés de Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

L. Probert

Le président,

signé

L. BuissonLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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