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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1910928

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1910928

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1910928
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET OYAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 septembre 2019 et

16 février 2021, la société Vap La Défense, représentée par Me Guillot-Tantay, demande au tribunal de condamner l'établissement public Paris La Défense à lui verser la somme de

635 654 euros en réparation des préjudices que lui a causés la réalisation des travaux de rénovation du l'escalier Kowaslki à La Défense.

Elle soutient que :

- les travaux de rénovation de l'escalier Kowalski qui ont eu lieu de janvier 2017 à mai 2018 ont eu un impact important sur l'exploitation de son restaurant, situé à proximité immédiate de cet ouvrage, en particulier lors des périodes de présence de la grue devant son établissement ;

- la responsabilité du maître d'ouvrage est engagée sans faute pour les dommages de travaux publics causés à un tiers dès lors que ces dommages présentent un caractère grave et spécial ;

- son restaurant a subi des gênes en lien avec ce chantier, caractérisées par une moindre visibilité, des difficultés d'accès, des fermetures anticipées les soirs d'utilisation de la grue ; ces nuisances ont été aggravées par les changements intempestifs du calendrier des travaux ;

- le chantier a causé un préjudice financier d'un montant estimé par l'expert à la somme de 547 510 euros, ainsi qu'un préjudice d'image qu'elle évalue à la somme 50 000 euros ; cette situation l'a forcée à dépenser un montant de 38 144 euros pour défendre ses intérêts, notamment par la réalisation d'une expertise judiciaire.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 juillet 2020 et 27 septembre 2022, l'établissement public Paris La Défense, représenté par Me de la Brosse conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation de la société Vap La Défense soit ramenée à de plus justes proportions ;

3°) en tout état de cause, à ce que la somme de 9 000 euros soit mise à la charge de la société Vap La Défense sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le tribunal ne saurait se fonder sur les conclusions du rapport d'expertise qui s'appuie sur des données qui ne sont pas justifiées ;

- les riverains des voies publiques sont tenus de supporter, sans contrepartie, les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général ;

- le lien de causalité entre les pertes de chiffre d'affaires avancées par la société requérante et les travaux n'est pas établi ;

- le préjudice allégué ne revêt pas un caractère anormal et spécial ;

- si le tribunal venait à reconnaître un préjudice anormal et spécial, il ne pourrait prendre en compte que les courtes périodes de fermeture du restaurant à partir de 21 heures les jours de présence de la grue, écarter les pertes liées au chiffre d'affaires réalisé sur la terrasse et pondérer les pertes retenues avec celles liées la baisse globale de fréquentation du centre commercial ainsi qu'à l'implantation d'un autre restaurant Vapiano à 400 mètres de celui exploité par la requérante ;

- la requérante n'apporte aucune preuve de l'existence d'un préjudice d'atteinte à son image.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°1706169 du 24 juillet 2019 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B.

Vu le code de justice administrative.

Par ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

2 novembre 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Goupillier, rapporteur public,

- les observations de Me Liet-Veau, substituant Me Guillot-Tantay, représentant la société Vap La Défense,

- et les observations de Me Qureschi, substituant Me de la Brosse, représentant l'établissement public Paris La Défense.

Considérant ce qui suit :

1. La société Vap La Défense exploite un restaurant sous l'enseigne Vapiano, situé sur le parvis de La Défense au niveau 4 du centre commercial Les Quatre temps, à proximité de l'escalier Kowalski. Le 20 décembre 2016, l'établissement public de gestion des quartiers d'affaires de la défense (DEFACTO), aux droits de laquelle vient l'établissement public Paris La Défense, a procédé à des travaux de rénovation de cet escalier, impliquant notamment la mise en place d'une grue de grande envergure pendant certains jours des mois de janvier 2017 à mai 2018. Par ordonnance du 27 novembre 2017, le tribunal a désigné M. B en qualité d'expert afin qu'il évalue l'éventuel impact de ces travaux sur l'évolution du chiffre d'affaires de la société Vap La Défense. Celui-ci a rendu son rapport le 30 janvier 2019. Par un courrier reçu le 28 mai 2018, la société Vap La Défense a demandé à l'Etablissement Public Paris La Défense le versement de la somme de

635 654 euros en réparation des pertes d'exploitation, du préjudice d'atteinte à son image et des frais d'expertise en lien, selon elle, avec les travaux de l'escalier Kowalski. L'établissement public Paris La Défense a gardé le silence sur cette demande. Par la présente requête, la société Vap La Défense demande réparation de ces préjudices résultant, selon elle, de la réalisation des travaux à proximité de son établissement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.

3. La société requérante, qui est tiers aux travaux réalisés sur l'escalier Kowalski et qui, en cette qualité, peut rechercher la responsabilité sans faute de l'établissement public Paris La Défense, soutient, d'une part, que, durant ce chantier, son restaurant a souffert d'une moindre visibilité, de difficultés occasionnelles d'accès, de difficultés organisationnelles liées aux changements intempestifs des dates d'implantation de la grue et, d'autre part, que ces multiples nuisances sont à l'origine d'une diminution de son chiffre d'affaires au titre des exercices 2017 et 2018 ainsi que d'un préjudice d'atteinte à son image.

En ce qui concerne l'accès au restaurant de la société requérante :

4. La société Vap La Défense soutient que le chantier, en particulier la présence d'une grue, a généré des difficultés d'accès à son restaurant, impliquant des fermetures anticipées de celui-ci. A cet égard, il résulte de l'instruction qu'une grue mobile d'une capacité de portance de 250 tonnes a été installée place du Dôme afin d'extraire les soixante-treize colonnes jardinières de l'escalier Kowalski pour les rénover. Il est constant que cette grue a été installée devant l'entrée du restaurant Vapiano exploité par la société requérante du 16 au 26 janvier, du 26 avril au 17 mai 2017, du

10 au 21 juillet et du 20 novembre au 2 décembre 2017, soit pendant 58 jours. Toutefois, hormis la neutralisation de la circulation piétonne induite par le fonctionnement de la grue, imposant la fermeture anticipée de trois à quatre heures du restaurant à ces dates, l'accès à ce dernier n'a jamais été fermé aux piétons et il est resté ouvert pendant toute la durée des travaux. La circonstance que certaines dates prévisionnelles de présence de la grue n'ont pas été respectées induisant des changements de planning des employés du restaurant est sans incidence sur le caractère accessible de celui-ci. En conséquence, il ne résulte pas des éléments versés aux débats que l'accès au restaurant exploité par société Vap La Défense aurait été rendu impossible ou exceptionnellement difficile pendant la durée du chantier.

En ce qui concerne la visibilité du restaurant de la société requérante :

5. La société Vap La Défense soutient que la présence de la grue pendant les périodes énumérées au point précédent, ainsi que l'installation de palissades autour de la zone de chantier pendant toute la période des travaux, ont induit une perte de visibilité du restaurant, laissant croire à ses potentiels clients que celui-ci était fermé. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du procès-verbal de constat d'huissier réalisé le 14 mai 2017 à la demande du défendeur, que l'escalier d'accès à la place du Dôme comportait un panneau de plusieurs mètres indiquant " Vapiano Pasta Pizza Bar ouvert pendant les travaux ", accompagné d'une flèche directionnelle, que les palissades du chantier d'habillage de la grue étaient équipées d'un panneau similaire, de même que les fenêtres du restaurant, visibles depuis le parvis de la Défense. En conséquence, la société requérante ne saurait se prévaloir d'une perte de visibilité en lien avec les travaux de l'escalier Kowalski.

6. Il résulte de ce qui précède que les nuisances alléguées par la société requérante n'excèdent pas les sujétions normales imposées, sans contrepartie, dans un but d'intérêt général, aux riverains des voies publiques.

En ce qui concerne la baisse du chiffre d'affaires et le préjudice d'image allégués :

7. La société Vap La Défense soutient que la tenue du chantier de rénovation de l'escalier Kowalski de janvier 2017 à mai 2018 est à l'origine d'une baisse du chiffre d'affaires de son restaurant sur ces exercices et d'une atteinte à l'image de son établissement. Toutefois, dès lors qu'il résulte de ce qui a été exposé aux points 4 à 6 que l'opération de travaux litigieuse n'était pas à l'origine de nuisances ayant excédé, par leur ampleur, celles que les riverains des voies publiques sont tenus de supporter sans indemnité, ces préjudices, à les supposer même établis, ne sauraient donner lieu à réparation.

8. Il résulte de toutes ces constatations que la société Vap La Défense n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, avoir subi, du fait des travaux entrepris sur l'escalier Kowalski, un préjudice grave et spécial, les inconvénients résultant du déroulement du chantier n'ayant pas excédé, par leur ampleur, ceux que les riverains des voies publiques sont tenus de supporter sans indemnité. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de l'établissement public Paris La Défense et ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

9. La société Vap La Défense demande au tribunal la condamnation de l'établissement public Paris La Défense à lui verser la somme de 38 144 euros au titre des frais qu'elle a exposés pour défendre ses intérêts, en particulier dans le cadre de l'expertise judiciaire. Elle doit être regardée comme demandant de mettre à la charge de l'établissement public Paris La Défense cette somme au titre des frais de l'instance.

En ce qui concerne les dépens :

10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

11. Les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. B, d'un montant total de

22 956 euros, ont été liquidés, taxés et mis à la charge de la société Vap La Défense par une ordonnance n°1706169 de la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du

24 juillet 2019. Il y a lieu de mettre ce montant à la charge définitive de la société Vap La Défense et de rejeter ses conclusions tendant à ce que la somme soit mise à la charge de l'établissement public Paris La Défense.

En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Vap La Défense d'une somme de 1 500 euros à l'établissement public Paris La Défense, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

14. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public Paris La Défense, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Vap La Défense au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de société Vap La Défense est rejetée.

Article 2 : La société Vap La Défense versera la somme de 1 500 euros à l'établissement public Paris La Défense au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de l'établissement public Paris La Défense est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à société Vap La Défense et à l'établissement public Paris La Défense.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

signé

V. A

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1910928

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