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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1912070

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1912070

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1912070
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantD'ALBOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 septembre 2019 et 2 mars 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Val de Ruel, représentée par Me d'Alboy, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, des rappels de la taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2017 au 31 août 2017 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires retenue par l'administration fiscale est erronée ;

- l'administration fiscale n'a pas tenu compte du déficit reportable de l'exercice 2014 pour prononcer en cours d'instance le dégrèvement partiel et aurait dû prononcer un dégrèvement total ;

- elle n'a pas commis de manquement délibéré.

Par un mémoire en défense enregistré le10 mars 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val d'Oise conclut, d'une part, au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 44 461 euros prononcé en cours d'instance et, d'autre part, au rejet du surplus des conclusions de la requête.

A concurrence de ce surplus, elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Val de Ruel ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gillier, rapporteur,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Val de Ruel, qui exerce une activité de restauration à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, prolongée jusqu'au 31 août 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, selon la procédure de rectification contradictoire. La société demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été subséquemment assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 août 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 6 mars 2020, ainsi postérieure à l'introduction de la requête, la directrice départementale des finances publiques du Val d'Oise a prononcé le dégrèvement des cotisations d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la SARL Val de Ruel, au titre des exercices clos en 2015 et en 2016, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 22 587 euros. Il est par ailleurs constant que l'administration a également prononcé la décharge totale des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société au titre de la période du 1er janvier au 31 août 2017, en droits et pénalités, à concurrence de la somme de 21 874 euros. Les conclusions de la requête de la société relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions restant en litige :

S'agissant de la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Selon l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".

4. En application de ces dispositions, il appartient à la SARL Val de Ruel, régulièrement taxée d'office sur le fondement des dispositions du 2° et 3° de l'article L 66 et de l'article L.74 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve de l'exagération des impositions restant en litige.

S'agissant de la méthode de reconstitution des recettes au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 :

5. Il résulte de l'instruction qu'en prononçant les dégrèvements cités au point 2, l'administration a admis de limiter les montants de chiffre d'affaires et de bénéfices de la SARL Val de Ruel relative aux sommes proposées par cette dernière. Le moyen tiré du caractère erroné de la méthode de reconstitution des recettes est donc désormais sans portée utile.

S'agissant des déficits reportables :

6. Aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " I. () en cas de déficit subi pendant un exercice, ce déficit est considéré comme une charge de l'exercice suivant et déduit du bénéfice réalisé pendant ledit exercice. Si ce bénéfice n'est pas suffisant pour que la déduction puisse être intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté sur les exercices suivants (). ".

7. Pour l'application de ces dispositions, il appartient au contribuable de justifier de l'existence d'un déficit reportable et son montant. Il s'acquitte de cette obligation par la production d'une comptabilité régulière et probante ou, à défaut, par toute autre preuve extracomptable suffisamment probante.

8. La SARL Val de Ruel sollicite l'imputation sur les résultats des exercices clos en 2015 et 2016, d'un déficit reportable de 41 225 euros correspondant au déficit constaté à la clôture de l'exercice clos en 2014. Elle produit la liasse fiscale 2014 et un mémoire produit par l'administration fiscale dans un litige distinct au terme duquel il apparaît que la société a été déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle avait été assujettie au titre de l'exercice 2014 à la suite d'une remise en cause par le service de son déficit. Dans ces conditions, alors que l'administration fiscale ne fait valoir aucun élément en défense, la société Val de Ruel justifie de l'existence et du montant d'un déficit reportable de 41 225 euros dont elle est fondée à demander l'imputation sur les résultats des exercices contrôlés, ce qui a pour effet de leur faire perdre leur caractère bénéficiaire.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Val de Ruel est fondée à demander la décharge du surplus des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur le frais du litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge présentées par la SARL Val de Ruel à hauteur du dégrèvement de 44 461 euros prononcé en cours d'instance.

Article 2 : La SARL Val de Ruel est déchargée du surplus des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 3 : L'Etat versera à la SARL Val de Ruel la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Val de Ruel et au directeur départemental des finances du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Huon, président ;

- M. Gillier et M. A, premiers conseillers ;

assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

S. Gillier

Le président,

signé

C. Huon

La greffière,

signé

A. Tainsa

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1912070

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