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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1913483

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1913483

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1913483
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCASSEL

Texte intégral

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 8 juin 2022 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goupillier, rapporteur,

- et les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 18 mars 1950, a été prise en charge le 11 avril 2018 à l'hôpital Beaujon, établissement relevant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) où elle a fait l'objet, le lendemain, d'une cholangio-pancréatographie rétrograde endoscopique. Par un courrier du 16 avril 2018, Mme A a, d'une part, fait savoir à l'hôpital qu'une de ses incisives avait été endommagée pendant l'intervention du 12 avril 2018 et, d'autre part, demandé à être remboursée des frais restant à sa charge concernant la pose d'une prothèse dentaire en remplacement de sa dent cassée. Cette demande a été rejetée par l'AP-HP le 7 juin 2019. Mme A a saisi le tribunal qui, par un jugement du 11 janvier 2022, a ordonné la réalisation d'une expertise en vue de déterminer si des manquements avaient été commis dans la prise en charge de Mme A le 12 avril 2018 à l'hôpital Beaujon et, le cas échéant, d'évaluer les préjudices en découlant. L'expert a rendu son rapport le 20 mai 2022. Dans le dernier état de ses écritures, Mme A demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser la somme totale de 24 200 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, majorée des intérêts au taux légal.

Sur la responsabilité de l'AP-HP :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction et, en particulier, du rapport d'expertise du 20 mai 2022 du docteur B, d'une part, que Mme A a été hospitalisée dans le service d'hépatologie à l'hôpital Beaujon à Clichy à compter du 11 avril 2018 en raison de la survenance d'épisodes de vomissements et, d'autre part, que lors de la cholangiographie- pancréatographie rétrograde endoscopique dont elle a fait l'objet, le 12 avril 2018, une de ses incisives - sa dent n° 42 - a été endommagée lors de la phase d'extubation. Dans son rapport, le docteur B a estimé que le traumatisme dentaire dont avait été victime Mme A, résultant de la réalisation d'un geste d'extubation rapide compte tenu de la survenue chez l'intéressée de réflexes nauséeux, constituait une maladresse technique engageant la responsabilité de l'AP-HP. Si l'AP-HP conteste le sens des conclusions expertales et fait valoir qu'elle " estime pour sa part que les manœuvres d'intubation réalisées chez Mme A l'ont été conformément aux règles de l'art ", elle ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'AP-HP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité au sens du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que la dent n° 42 de Mme A avait été dévitalisée le 15 mars 2018 en raison de l'existence au niveau de celle-ci d'un foyer infectieux endo-paradontale et péri-radiculaire. L'expert a ainsi relevé que le dommage de Mme A résultait également, en partie, d'un état antérieur caractérisé par la fragilité de son incisive n° 42 et la diminution de sa tenue radiculaire. Le docteur B a dès lors indiqué : " on peut raisonnablement estimer une atténuation de 40 % sur l'évaluation financière du traumatisme dentaire ". Dans ces conditions, il y a lieu de condamner l'AP-HP à réparer, à hauteur de 60 %, les préjudices de Mme A résultant de l'endommagement de sa dent.

Sur l'évaluation et l'indemnisation des préjudices :

5. Il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme A au 14 mars 2020, date retenue par le docteur B dans son rapport et non contestée par les parties.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

6. Dans le cas où la réparation, fondée sur un pourcentage représentatif d'une perte de chance ou d'un partage de responsabilité, est partielle, la somme que doit réparer le tiers responsable au titre d'un poste de préjudice doit être attribuée par préférence à la victime.

7. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'endommagement de son incisive n° 42 lors de l'intervention du 12 avril 2018, Mme A a bénéficié de la pose, le 5 novembre 2018, d'un implant intra osseux intra buccal et, le 14 mars 2019, d'une couronne sus implantaire. Mme A produit à cet égard deux factures des 5 novembre 2018 et 12 juillet 2019 concernant la réalisation de ces deux opérations pour un montant total de 1 630 euros mais faisant état d'un reste à charge pour l'intéressée de 1 554,75 euros. En outre, Mme A soutient, sans être contredite, avoir bénéficié d'une indemnisation complémentaire de la part de sa mutuelle pour un montant de 350 euros. Dans ces conditions, compte tenu à la fois du partage de responsabilité mentionné au point 4 et du principe mentionné au point 6 de priorité d'indemnisation accordée à la victime, il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser la somme de 978 euros à Mme A en réparation des dépenses de santé restées à la charge de la requérante avant la consolidation de son état.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

8. En premier lieu, le déficit fonctionnel temporaire inclut, pour la période antérieure à la consolidation, la perte de qualité de vie et la privation de joies usuelles de la vie courante résultant de l'affection en litige. Il inclut ainsi le préjudice temporaire d'agrément éprouvé au cours de cette période, qui n'a pas à faire l'objet d'une indemnisation spécifique.

9. En l'espèce, Mme A demande que l'AP-HP soit condamnée à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire pour la période comprise entre la survenue de son dommage et la consolidation de son état de santé. Dans son rapport d'expertise, le docteur B a estimé que Mme A avait souffert d'un déficit fonctionnel temporaire de 20 % du 13 avril 2018 au 13 mai 2018 et d'un déficit fonctionnel temporaire de 10 % entre le 14 mai 2018 et le 14 mars 2020. Dans ces conditions, sur la base d'un montant journalier de 16,50 euros pour un déficit fonctionnel total et compte tenu du partage de responsabilité visé au point 4, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de Mme A indemnisable de la part de l'AP-HP, incluant son préjudice d'agrément pour la période considérée, en l'évaluant à la somme de 700 euros.

10. En deuxième lieu, Mme A demande que l'AP-HP soit condamnée à lui verser, d'une part, la somme de 3 000 euros au titre des souffrances qu'elle a endurées ainsi que, d'autre part, la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi. En l'espèce, le docteur B a évalué les souffrances endurées par Mme A à 1,5 sur une échelle de 0 à 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice tiré des souffrances physiques et psychiques endurées par Mme A, incluant le préjudice moral dont celle-ci fait état, en l'évaluant, dans les circonstances particulières de l'espèce, à la somme de 1 500 euros. Compte tenu du taux de partage de responsabilité de 60 %, il y a ainsi lieu de condamner l'AP-HP à verser la somme de 900 euros à Mme A.

11. En troisième lieu, l'expert a évalué le préjudice esthétique temporaire de Mme A à 2 sur une échelle de 0 à 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique de la requérante en l'évaluant à la somme de 1 800 euros. Compte tenu de partage de responsabilité mentionné au point 4, il y a dès lors lieu de condamner l'AP-HP à verser la somme de 1 080 euros à Mme A.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

12. Si Mme A demande le versement de la somme de 10 000 euros au titre de son préjudice d'agrément, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier la réalité de ce préjudice postérieurement à la consolidation de son état de santé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que l'AP-HP doit être condamnée à verser à Mme A la somme totale de 3 658 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les intérêts :

14. Mme A demande que les condamnations prononcées soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 8 juin 2018, date à laquelle il résulte de l'instruction que l'AP-HP a réceptionné la demande préalable de l'intéressée.

Sur les frais d'expertise :

15. Par une ordonnance du 8 juin 2022, le président du tribunal a liquidé et taxé les frais d'expertise du docteur B pour un montant de 2 400 euros et les a mis à la charge de Mme A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces dépens à la charge définitive de l'AP-HP.

Sur les frais d'instance :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'AP-HP est condamnée à verser la somme de 3 658 euros à Mme A, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 juin 2018.

Article 2 : L'AP-HP versera à Mme A une somme de 2 400 euros au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'AP-HP versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, à la Mutuelle Générale et à la caisse nationale de l'assurance maladie.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

et M. Goupillier, premier conseiller,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

C. GoupillierLa présidente,

signé

E. Coblence

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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