mercredi 3 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1913824 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | RIFFAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 novembre 2019, le 11 septembre 2020et le 18 décembre 2020, M. et Mme A C, représentés par M. B, mandataire, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu qui leur ont été assignées au titre des années 2012 et 2013, assortie des intérêts moratoires ;
2°) d'accorder le sursis de paiement desdites impositions.
Ils soutiennent que :
- la proposition de rectification ne vise pas la base légale correcte, puisqu'elle mentionne à tort l'article 111-c du code général des impôts au lieu de l'article 109-1-1° ;
- l'administration aurait dû mettre en œuvre l'article 117 du code général des impôts et interroger la société sur l'identité des bénéficiaires de revenus distribués, comme le rappelle notamment la documentation administrative BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40 ;
- l'administration doit prouver le désinvestissement et l'appréhension des revenus distribués, comme le rappelle la documentation administrative BOI-RPPM-RCM-10-20-10 et ne pouvait appliquer la jurisprudence applicable au maître de l'affaire, dès lors que rien n'établit l'existence de flux financiers entre les comptes bancaires des requérants et ceux de la société, que rien ne prouve qu'ils auraient pu prélever ces sommes, ni qu'ils auraient bénéficié de la prise en charge par l'entreprise de dépenses personnelles ;
- les rehaussements qui leur ont été notifiés sont insuffisamment motivés, dès lors que l'administration ne justifie pas que le gérant a eu la mise à disposition effective des sommes concernées.
Par des mémoires en défense enregistrés le 11 mai 2020 et le 16 octobre 2020, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction du contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
- et les conclusions de M. B, mandataire de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. La société Bouboul Viande, dont M. C est associé-gérant, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013, à l'issue de laquelle des rappels de TVA, de CVAE et des rehaussements d'impôt sur les sociétés lui ont été notifiés. Le service a considéré que M. C, en tant que maître de l'affaire, avait bénéficié de revenus distribués par cette société à raison de minorations de ses recettes, lesquels ont été rapportés à son revenu imposable des années 2012 et 2013 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement de l'article 111-c du code général des impôts. M et Mme C ont contesté les impositions supplémentaires ainsi mises à leur charge au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux pour les années 2012 et 2013 par une réclamation du 29 janvier 2019. Cette réclamation, aux termes de laquelle le service a notamment substitué, comme fondement légal des rappels, l'article 109-1-1° du code général des impôts à l'article 111-c, a été rejetée le 5 septembre 2019. Par la requête susvisée, les requérants demandent la décharge de ces impositions, en droits et pénalités.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
En ce qui concerne la substitution de base légale
2. Pour procéder à l'imposition entre les mains des époux C des revenus distribués résultant des rappels et rehaussements notifiés à la société Bouboul Viande, l'administration fiscale a, dans un premier temps, dans sa proposition de rectification en date du 17 novembre 2015, fondé sa rectification sur les dispositions de l'article 111-c du code général des impôts.
3. Toutefois, l'administration est en droit, à tout moment de la procédure, de faire valoir, dans les limites des rectifications régulièrement notifiées, tout moyen nouveau de nature à démontrer le bien-fondé de l'imposition, à la condition qu'une telle substitution de base légale ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi.
4. L'administration, dans son courrier du 5 septembre 2019 rejetant la réclamation préalable des requérant, fait valoir que les impositions en litige trouvent également leur fondement légal dans les dispositions de l'article 109-1-1° du code général des impôts. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est d'ailleurs pas sérieusement allégué que M. et Mme C soient privés, du fait de cette substitution de base légale, d'une garantie de procédure. Par suite, l'administration était en droit de procéder à la substitution de base légale en cause.
En ce qui concerne la motivation de la proposition de rectification
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.
6. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 17 novembre 2015 adressée à M. et Mme C fait référence à la proposition de rectification adressée à la SARL Bouboul Viande le 12 octobre 2015, qui lui est annexée, et reprend les montants regardés comme distribués au titre de 2012 et de 2013. Elle indique par ailleurs que M. C a été regardé comme bénéficiaire des sommes considérées comme revenus distribués, dès lors qu'il était maître de l'affaire. Par suite, le moyen d'insuffisance de motivation de la proposition de rectification manque en fait, la circonstance que la substitution de base légale, intervenue ultérieurement, n'ait pas, par hypothèse, été mentionnée dès le stade de la proposition de rectification étant sans incidence à cet égard.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la loi fiscale
7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ;(). ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". En cas de refus des rehaussements par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve tant de l'existence et du montant des distributions que de leur appréhension par le contribuable. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, et doit être regardé comme le seul maître de l'affaire, est en conséquence présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes étant sans incidence à cet égard.
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les sommes regardées comme distribuées par la SARL Bouboul Viande sont constituées de recettes non déclarées par cette dernière et dont aucun élément ne permet d'établir ni même de supposer qu'elles auraient été mises en réserve ou incorporées au capital de la société. Ainsi, en vertu des dispositions de l'article 109 du code général des impôts, les bénéfices non déclarés en litige, qui n'ont pas été investis dans l'entreprise, sont présumés avoir le caractère de revenus distribués.
9. En deuxième lieu, les sommes imposées par le service vérificateur dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ont été déterminées à partir de la reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL Bouboul Viande, que M. et Mme C ne critiquent ni dans son principe ni dans ses modalités, pas plus qu'ils ne contestent le quantum des revenus réputés distribués.
10. En troisième lieu, pour estimer que M. C devait être regardé comme le bénéficiaire des minorations de recettes en tant que seul maître de l'affaire, le service vérificateur a relevé qu'il était gérant et associé à 80 % de la SARL Bouboul Viande, qu'il signait les déclarations fiscales, qu'il était l'unique titulaire de la signature bancaire sur l'ensemble des comptes de la société et était l'interlocuteur des fournisseurs et des clients. Les requérants ne contestent pas ces éléments, desquels il ressort que M. C était l'unique maître de l'affaire. Par suite, l'administration, qui n'était pas tenue de mettre en œuvre la procédure de l'article 117 du code général des impôts pour soumettre ces distributions à l'impôt sur le revenu dès lors qu'elle était en mesure de prouver l'identité des bénéficiaires de la distribution, doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'appréhension de l'ensemble des sommes en litige par le foyer fiscal de l'intéressé, sans qu'aient d'incidence à cet égard les circonstances, invoquées par les requérants, qu'ils n'auraient pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes, qu'aucun flux financier entre leurs comptes bancaires et ceux de la société n'aurait été mis en évidence et qu'aucune prise en charge de dépenses personnelles par l'entreprise n'aurait été établie.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale
11. M. et Mme C ne sont pas fondés à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40 ni de la doctrine administrative BOI-RPPM-RCM-10-20-10, qui ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
12. Il résulte de ce qui précède que l'administration a pu à bon droit, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, imposer M. et Mme C à l'impôt sur le revenu à raison des revenus distribués par la SARL Bouboul Viande. Les requérants ne sont donc pas fondés à demander la décharge des impositions correspondantes.
13. Enfin, le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent privées d'objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au sursis de paiement présentées par M. et Mme C.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A C et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère ;
Assistés de Mme Tainsa, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1913824
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026