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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1914929

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1914929

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1914929
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantBOQUET NICLET-LAGEAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2019, M. A D, représenté par Me Niclet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il peut se prévaloir sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales d'une prise de position formelle adoptée par la direction départementale des finances publiques du Val-d'Oise, dans son courrier du 7 janvier 1993, sur le caractère d'avantages en nature imposables des concessions de logement accordées par nécessité absolue de service ;

- il peut également se prévaloir sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des réponses ministérielles n° 9554 à M. B, sénateur, publiée le 26 février 1971, n° 29354 à M. E, député, publiée le 30 juin 1980 et n° 55034 à M. F, député, publiée le 25 avril 2006, d'une réponse du Premier ministre publiée au Journal officiel des débats du Sénat du 28 août 1997, p. 2198 et d'une circulaire du ministre de la justice, référencée BOMJ n° 2015-05 du 29 mai 2015 - JUSF150701N ;

- la concession d'un logement pour nécessité absolue de service étant liée aux contraintes professionnelles de son bénéficiaire, la prise en charge de l'emprunt de sa maison par le biais du versement d'un loyer par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) doit être analysée comme la fourniture d'un avantage en nature et non comme étant générateur de revenus fonciers ;

- si le contrat de location le liant au SDIS et la concession de logement dont il est bénéficiaire constituent deux flux juridiques distincts, il n'existe qu'un flux économique constitué par un seul revenu lié à la concession de logement à titre gratuit par nécessité absolue de service.

Par un mémoire, enregistré le 27 mai 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Weiswald, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Sapeur-pompier professionnel dans le Val-d'Oise jusqu'à sa retraite en 2018, M. D a bénéficié de la mise en place par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de mesures permettant à son personnel de bénéficier de logements concédés à titre gratuit, occupés par nécessité de service, et, plus particulièrement, de l'une d'entre elles lui donnant possibilité d'accéder à la propriété dans le Val-d'Oise en se voyant octroyer une indemnité forfaitaire mensuelle équivalente au prix d'un loyer. A l'issue d'un contrôle sur pièces effectué par la brigade de contrôle sur pièces du Val-d'Oise, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification datée du 26 novembre 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2016. Après l'échec de son recours hiérarchique, sa réclamation du 28 juillet 2019 a également donné lieu à une décision de rejet en date du 26 septembre 2019. A l'appui de sa requête, M. D doit être regardé comme demandant la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate () ". Aux termes de l'article 14 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 15, sont compris dans la catégorie des revenus fonciers, lorsqu'ils ne sont pas inclus dans les bénéfices d'une entreprise industrielle, commerciale ou artisanale, d'une exploitation agricole ou d'une profession non commerciale : / 1° Les revenus des propriétés bâties () ". Aux termes de l'article aux termes de l'article 82 du même code : " Pour la détermination des bases d'imposition, il est tenu compte du montant net des traitements, indemnités et émoluments, salaires, pensions et rentes viagères, ainsi que de tous les avantages en argent ou en nature accordés aux intéressés en sus des traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères proprement dits () ".

3. Le requérant soutient que la concession d'un logement pour nécessité absolue de service étant liée aux contraintes professionnelles de son bénéficiaire, la prise en charge de l'emprunt de sa maison par le biais du versement d'un loyer par le SDIS ne peut être analysée comme étant générateur de revenus fonciers mais comme la fourniture d'un avantage en nature. Toutefois, il résulte de l'instruction que le dispositif dont a bénéficié M. D recouvrait deux opérations juridiques distinctes, la première consistant en la concession par nécessité absolue de service du bien immobilier dont il s'était rendu propriétaire par un arrêté du 6 novembre 1996 et la seconde consistant en la signature, le 12 novembre 1996 d'un contrat de bail, en qualité de bailleur, avec le SDIS pour la location de ce même bien moyennant le versement de loyers mensuels. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé, d'une part, que la mise à disposition du logement aux requérants par le SDIS assuré par l'arrêté annuel de concession constituait un avantage en nature devant être imposé à l'impôts sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires conformément aux dispositions précitées de l'article 82 du code général des impôts et, d'autre part, que les sommes versées au requérant dans le cadre du contrat de location conclu avec le SDIS constituaient, en application des dispositions de l'article 14 du même code, des revenus de propriété bâties imposables dans la catégorie des revenus fonciers selon le régime réel ou micro foncier. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 1er A du code général des impôts : " Il est établi un impôt annuel unique sur le revenu des personnes physiques désigné sous le nom d'impôt sur le revenu. Cet impôt frappe le revenu net global (). Ce revenu net global est constitué par le total des revenus nets des catégories suivants / - revenus fonciers ; () / traitements, salaires, indemnités, émoluments pensions et rentes viagères "

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les sommes perçues par M. D dans le cadre de son contrat de location sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers comme le prévoit les dispositions de l'article 14 du code général des impôts tandis que la concession de logement par nécessité absolue de service dont il bénéficie, qui donne lieu à une valorisation sur ces bulletins de paie, constitue un avantage en nature imposé à l'impôt sur les revenus dans la catégorie des traitements et salaires conformément aux dispositions de l'article 82 du code précité. Ainsi, l'intéressé perçoit deux revenus différents issus de deux relations juridiques distinctes et rémunérant des services différents. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que ce contrat de location et cette concession de logement ne donneraient lieu qu'à un seul flux économique et donc un seul revenu ne pouvant être imposé dans deux catégories différentes. Par suite, ce moyen de double imposition doit être écarté.

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

6. Aux termes de l'article 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ". Aux termes de l'article L. 80 B du même code : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi () ".

7. D'une part, M. D soutient que le courrier de la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise du 23 mai 2017 se prononçant sur le régime fiscal des sapeurs-pompiers du Val-d'Oise qui louent leur résidence principale au SDIS tout en occupant cette résidence constitue un changement de position de l'administration fiscale qui ne peut trouver à s'appliquer que pour l'avenir dès lors que, par un précédent courrier du 7 janvier 1993, le directeur des services fiscaux du Val-d'Oise avait formellement pris position sur ce point en estimant que les concessions de logement à titre gratuit octroyées au personnel du SDIS devaient être imposés dans la catégorie des avantages en nature. Toutefois, il résulte des termes du courrier du 7 janvier 1993 que si l'administration fiscale s'est prononcé sur les modalités d'évaluation d'un point de vue fiscal des avantages en nature liés à l'attribution d'un logement gratuit pour les sapeurs-pompiers du Val-d'Oise ainsi qu'à la fourniture gratuite de prestations accessoires à celui-ci, cette prise de position de l'administration fiscale ne concernait pas l'intégralité du dispositif dont a bénéficié M. D et qui comporte également le versement de loyers par le SDIS au sapeur-pompier propriétaire dans le cadre d'un contrat de location. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que ce courrier constituerait une prise de position formelle au sens des dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales faisant obstacle à ce que l'administration fiscale procède de manière rétroactive à des rehaussements d'imposition.

8. D'autre part, M. D n'est pas fondé à se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des réponses ministérielles n° 9554 à M. B, sénateur, publiée le 26 février 1971, n° 29354 à M. E, député, publiée le 30 juin 1980 et n° 55034 à M. F, député, publiée le 25 avril 2006 et d'une réponse du Premier ministre publiée au Journal officiel des débats du Sénat du 28 août 1997, p. 2198, qui ne donnent en tout état de cause pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle exposée précédemment. Enfin, à supposer que M. D entende se prévaloir de la circulaire du ministre de la justice référencée JUSF1510701N du 27 avril 2015 relative aux conditions et modalités d'attribution des logements de fonction dans les services déconcentrés de la protection judiciaire de la jeunesse, cette circulaire n'émane pas du ministre responsable de l'administration compétente pour établir l'imposition en litige. Dès lors, elle ne constitue pas une interprétation formelle de la loi fiscale dont le requérant pourrait se prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. C et M. G, premiers conseillers, assistés de Mme Magen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

J.-B. G

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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