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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1915264

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1915264

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1915264
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantGALLON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 novembre 2019 et le 10 mai 2022, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2019 par laquelle le maire de la commune de Courdimanche l'a licenciée de son emploi d'adjoint d'animation territorial ;

2°) de condamner la commune de Courdimanche à l'indemniser en lui versant dix mois de salaire.

Elle soutient que :

- la décision est entachée de plusieurs vices de procédures :

* elle n'a pas été convoquée par écrit à son entretien de licenciement ;

* il ne lui a pas été proposé d'être accompagnée pour cet entretien ;

* le rapport d'incident n'a pas retenu ses explications et n'a pas été soumis à sa signature ;

* elle n'a jamais été convoquée au centre de gestion pour évoquer sa situation ;

* elle n'a pas été mise à même de consulter son dossier administratif ;

* elle a été contrainte d'effectuer son préavis à son domicile, sans pouvoir venir travailler ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- ce licenciement illégal est fautif et lui a causé un préjudice dont elle demande réparation par le versement d'une somme correspondant à dix mois de salaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2020 et le 13 juin 2022, et une pièce, enregistrée le 18 mai 2022, la commune de Courdimanche, représentée par Me E, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute pour la requérante d'avoir formé une réclamation indemnitaire préalable et d'avoir chiffré ses prétentions ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2022.

Par un courrier du 17 mai 2022, Mme B a été invitée à régulariser sa requête, en application des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la décision du 26 octobre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Pontoise accordant à Mme B l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % ;

- le courrier en date du 14 février 2020, notifié électroniquement à Me Gallon, mettant celui-ci en demeure d'accomplir les diligences qui lui incombent et de produire un mémoire dans l'intérêt de Mme B dans le délai de trente jours ;

- le courrier du 11 avril 2022 par lequel Me Gallon a indiqué au tribunal ne plus être le conseil de Mme B ;

- le courrier en date du 17 mai 2022, notifié à Mme B le jour même, par lequel le tribunal l'a informée que le conseil désigné par le bureau d'aide juridictionnelle n'a pas produit d'écritures dans son intérêt, qu'elle a la possibilité de saisir le bâtonnier de l'ordre des avocats de Pontoise d'une demande de désignation d'un autre avocat, et que son affaire pourra être jugée en l'état à défaut de production, sous trente jours, des justificatifs prouvant les démarches qu'elle aura entreprises auprès dudit bâtonnier ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure ;

- les conclusions de M. Camguilhem, rapporteur public ;

- et les observations de M. E, représentant la commune de Courdimanche.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par contrat à durée déterminée à compter du 25 mars 2019, contrat renouvelé jusqu'au 31 août 2020 pour assurer les fonctions d'adjoint d'animation. A la suite d'un incident s'étant produit dans l'école où elle travaillait le 11 octobre 2019, le maire de Courdimanche a décidé de procéder à son licenciement à compter du 14 novembre 2019 par une décision du 14 octobre 2019. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article 42 du décret 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale alors en vigueur : " Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La convocation à l'entretien préalable est effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. / L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation. / L'agent peut se faire accompagner par la personne de son choix ".

3. Il ressort des pièces des dossiers qu'après un incident survenu avec une élève de l'école élémentaire où elle travaillait le 11 octobre 2019, Mme B a été avertie par la directrice du centre de loisir uniquement de manière verbale qu'elle était convoquée à un entretien trois jours plus tard, le lundi 14 octobre 2019, sans que cet entretien lui ait été présenté comme préalable à son licenciement. Par suite, la requérante, qui doit être regardée comme invoquant la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 42 du décret 15 février 1988, est fondée à soutenir que la décision est entachée d'un vice de procédure, qui l'a privé de plusieurs garanties au cours de la procédure de licenciement qu'elle a subie.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2019 par laquelle le maire de Courdimanche l'a licenciée.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative: " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ". Aux termes du 2ème alinéa de l'article R. 421-1 de ce code : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle (). ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () ".

6. Mme B demande à être indemnisée d'une somme équivalente à dix mois de salaire en raison de l'illégalité du licenciement qu'elle a subi. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait formé la réclamation préalable indemnitaire prévue par le 2ème alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Par suite, comme le fait valoir la commune de Courdimanche en défense, les conclusions de Mme B visant à la condamnation de la commune de Courdimanche sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Courdimanche demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 14 octobre 2019 du maire de Courdimanche ayant licencié Mme B est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Courdimanche présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Courdimanche.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme C et M. D, premiers conseillers,

Assistés de Mme Lefebvre, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. CLa présidente,

Signé

C. Van Muylder

La greffière,

Signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

Le greffier

No 1915264

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